Lana Del Rey - "Born To Die"

Par Scred | le 06/02/2012 | Les autres articles sur le Pop

Bouche Bée
Quelle étrange créature que cette Lana Del Rey… C’est d’ailleurs à dessein que j’emploie ce terme car un monde sépare la jeune Elizabeth Grant de son alter égale, autoproclamée reine de Coney Island, qui affiche une moue boudeuse sur la pochette de ce « Born To Die » qui risque bien de faire un maximum de bruit dans les semaines qui viennent.
Lana Del Rey - "Born To Die" Révélée par le biais d’internet grâce à un single quasi parfait, le déjà classique « Video Games » où Lana Del Rey imagine une rencontre au sommet entre Kate Bush et Enia sur une nappe de violons aériens à peine relevés par quelques notes de harpe, la chanteuse suscite immédiatement une curiosité comparable à celle qui accompagna les débuts d’une certaine Lady Gaga. Car si tout semble opposer les deux jeunes femmes musicalement parlant, on peut cependant leur trouver quelques points communs…

La volonté de créer un personnage atypique pour commencer. Lorsque Lizzy Grant décide de devenir Lana Del Rey, elle choisit le nom de sa nouvelle incarnation en hommage à Lana Turner, icône hollywoodienne glamour des années 50, et aux Chevrolet Del Ray. Et comme on perfectionne la carrosserie d’une voiture, elle se forge une image bien à elle, adoptant des tenues vestimentaires dignes d’une Peggy Sue échappée des jours heureux et se fait refaire la bouche qu’elle veut pulpeuse comme celle des pin ups ancrées dans la mémoire collective américaine.

Le résultat de cette métamorphose est au final assez déroutant. Lorsqu’on assiste à un concert de Lana Del Rey, on est obligatoirement partagé entre fascination et répulsion, car il sort de ces lèvres manifestement artificielles une musique si envoûtante, une voix si intense au timbre oscillant en permanence entre gravité et perversion juvénile, que l’on se retrouve emporté sans le vouloir par la grâce du moment alors que tout notre être crie au scandale. Sentiment étrange et parfaitement indescriptible.

Mais revenons à la musique. « Video Games » donc, single magique et imparable, nous l’avons déjà vu. Quid du reste de l’album ? Quinze titres, rien que ça. Trop pour un premier album, c’est couru d’avance… Ou pas. Lana Del Rey s’amuse avec délice à sauter du coq à l’âne, passant d’une lamentation sombre à l’instrumentation proche des meilleurs moments de Massive Attack (« Born To Die ») au récit vénéneux de la vie d’une petite amie de mauvais garçon, naviguant entre rap et trip hop (« Off To The Races »), un style qu’elle utilisera à nouveau sur « National Anthem », profession de foi assumée en période de crise de la finance.

C’est d’ailleurs l’une des marques de fabrique de Lana Del Rey, des textes acérés, rongés par l’acide, sur des mélodies légères qui ne tombent jamais dans le sucré (« Radio »), vampirisés par le timbre parfait de la belle qui se permet même de pousser la sensualité jusqu’à chanter en français (« Carmen »), le tout enveloppé par une production millimétrée qui révèle toute son ampleur lorsqu’on écoute l’album au casque.

Si l’on fait les comptes, Lana Del Rey est une somme de paradoxes, d’opposés qui se rencontrent sans se heurter, la modernité qui se glisse insidieusement dans le classicisme derrière un maquillage parfait (« Million Dollar Man ») pour nous offrir un premier album aussi étonnant qu’enthousiasmant. Nul doute que cette fille va faire parler d’elle, et pas plus tard que très vite !
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