L'appli iPhone Sonisphere

Par Manu Le Barbu | le 06/07/2011 | Les autres articles sur le Métal

Sonisphere les poches
J'ai longtemps hésité sur le titre de cet article... Quand on est indigné, on a souvent des idées en pagaille. Cet article aurait pu porter un titre classique : « Sonisphere avoir », sexué : « Sonisphere faire les fesses », métallique : « Sonisphere... aïe ! » ou banlieusard : « Sonisphere ta mère... ». Mais ce sera « Sonisphere les poches », car la méthode des organisateurs me fait penser au voleur Orc cleptomane niveau 0 de mon petit frère qui cherche à barboter 3 ou 4 pièces dans la poche des passants... Enfin 4 dans le cas présents, 4 euros que les organisateurs de ce grand festival cherchent à vous faire dépenser pour une appli iPhone bien banale...
L'appli iPhone Sonisphere Mais en fait, ce qui m'agace le plus, ce ne sont pas les 4 euros, c'est la médiocrité de la démarche. Certes, les Sonispheres ne sont pas des associations Loi 1901 et leur succès est en partie lié au sens du business des organisateurs... Néanmoins, quand on veut me prendre de l'argent, j'aime bien que ce soit fait intelligemment. Et là, ça sent plutôt la bidouille à la va-vite. Genre le patron qui dit au Stagiaire : « tu la mets en ligne l'application pour les téléphones que les gens, ils l'achètent. Vends ça 4 € (ndlr : le kilo?) ». « Ouais mais on annonce ça comment ? ». « Ben débrouille toi, tu justifies le truc. Tu trouves deux promos, tu ajoutes qu'il y a des accès à du contenu exclusif, c'est à la mode, et roule ! ». « Ok patron ! ».

Lecteur assidu du « Marketing pour les nuls », je me dis que nos amis les organisateurs auraient pu procéder avec un peu de méthode. Je vais modestement essayer de les aider même si c'est un peu tard...

Etape 1 : étude de la concurrence.

Si je ne me trompe pas, quand on veut vendre un produit, on commence par une étude de marché, avec comme première étape une étude de la concurrence, de ses produits, de ses tarifs et de ses méthodes commerciales.

Donc, c'est parti pour l'étude de la concurrence, segment « Appli mobile de grands festivals Européens de musique Metal ». Simple, rapide et faisable sur le Web en 15 minutes chrono. C'est parti :

Appli iPhone Hellfest ? Gratuite
Appli iPhone Graspop ? Gratuite
Appli iPhone Wacken ? Gratuite
Appli iPhone Rock in Rio Lisbonne ? Gratuite
Appli iPhone Sonisphere Suisse ? Gratuite
Appli iPhone Rock am Ring ? Gratuite
Appli iPhone Download Festival (Donington) ? 0,79 €

On a la flemme de faire la pige des Applis Android et BlackBerry. On pense que les infos ci-dessus suffisent ;-)

Car, là, le Directeur Marketing moyen se dit que faire payer que ce que les concurrents offrent tous ou presque (ou vendent pour un prix très faible) c'est une mauvaise idée et passe à autre chose. Il passe à une idée plus productive, à un concept qui valorise son public, lui donne le sentiment d'être acteur de l'événement, de faire partie d'une grande famille... Enfin n'importe quel bullshit marketing de bas étage mais moins grossier.

Bon, les organisateurs ont décider de persévérer... On passe à la suite.


Etape 2 : étude de la cible

Objectif de cette étape : maîtriser sa cible, son troupeau de vaches à traire, pardon, je m'égare, ses clients...

Cette étape, on va la faire courte. Après calcul rapide sur base de l'étude sur les participants remis aux medias lors du Hellfest, on déduit très vite que l'on n'a pas une cible majoritairement constituée d'individus de Catégorie Socio Professionnelles Supérieures comme on dit dans le métier, bref, pas de riches, pas de Liliane Bettencourt à la pelle...

En bricolant avec ces stats publiques et largement diffusées du Hellfest, nos amis organisateurs du Sonisphere peuvent se rendre compte que la très large majorité de la cible n'a pas un kopeck pour les extras. Et les autres, les environ 1 % de participants du Hellfest qui ont fait une école de commerce ou qui sont chefs d'entreprise (à moins que ce ne soient les mêmes...), ou les 3 cadres sup et les 2 diplomés d'école d'ingénieur (à moins que ce ne soient encore les mêmes), c'est un peu dommage de les gaver avec une appli à 4 € alors que leur potentiel de dépense est très largement supérieur...

Fermez le ban. Projet poubelle.

Ben non...


Etape 3 : la conception du produit

Ben là, c'est simple, rapide et ça coûte pas cher. C'est peut être la seule chose qui a été bien faîte, l'appli est mutualisée au niveau Europe et pompée sur les applis gratuites des autres Fest. Elle reprend le contenu d'un site web international basique mais efficace (et gratuit...). Vous voyez les gars, quand vous vous donnez la peine, vous pouvez faire un truc bien ;-)


Etape 4 : la communication

On en revient au patron et à son stagiaire qui va bricoler un petit argu gentillet sur une page du site web... Attention descente aux enfers du marketing...

On commence par un titre accrocheur : « Economisez de l’argent avec l’appli 2011 officielle ». Alléchant mais terriblement décevant quand on connait la suite... Et quand on clique sur le lien de download et qu'on découvre le prix, on trouve superbe la lâcheté qui consiste à faire l'apologie d'un produit sans même mentionner son prix. Comment expliquer ça ? Euh, la honte ? Oui, peut être...

Passons à l'annonce de l'argu point par point. Là, c'est du lourd :

* Bons proposant des tarifs préférentiels...

Les fameux tee-shirts en promo mentionnés plus haut... Mouais, on demande à voir. Et on espère qu'il y aura plus de tee-shirts sur place que sur la page vers laquelle link le menu « Marchandise » (quel beau mot doux à mes oreilles, chéri, tu peux me le susurrer à nouveau ?). En effet, ce lien pointe vers une page au titre peu évocateur : « A Database Error Occurred ». Comme dit mon Directeur Technique préféré : « C'est pas gagné:-( ».



* Mise à jour fréquente des horaires de passage sur scène des artistes

Dois-je en déduire que les infos de la page Information du site (http://fr.sonispherefestivals.com/information/) vont être modifiées à la « one again » en cours de festival ? Ca rassure pas des masses... Surtout que non content de ne pas avoir l'appli, je n'ai toujours pas pris mon billet;-)


* Personnel itinérant pour vous assurer de ne pas rater les artistes que vous voulez voir.


Alors là, je ne comprends rien. Première constatation, le stagiaire est fâché avec l'orthographe. De plus, le moins qu'on puisse dire, c'est que cet avantage consommateur ne brille pas par son immense clarté... Enfin, intégrer des personnels itinérants (avec des « s » si ils sont plusieurs merci pour eux) dans une appli, c'est costaud. Je fonce voir mon Directeur Technique et je reviens... Non, ça doit être l'emplacement des personnels itinérants (toujours avec des « s ») qui est communiqué en temps réel. Là, c'est plus coton, ils auront chacun un GPS pour une géoloc permanente ?

* “Qui joue en ce moment?” Qui joue Quand, et où ?

Euh, c'est différent des mises à jour des horaires de passage sur scène des artistes ? Et c'est une question à laquelle le personnel itinérant hébergé par l'appli ne peut pas répondre ? Bon, ok.


* En direct : annonces, et interviews etc..

Euh, il me semblait qu'il y avait un site web pour ça... Site web d'ailleurs tout à fait consultable sur un smartphone type iPhone ou un modèle sous Android (testé sur un Samsung Galaxy SII sans soucis), celui-là même à qui on voudrait faire télécharger cette sympathique appli à 4 €...


* Galerie photo inédite et vidéos poir vous permettre de suivre l’ensemble de la tournée Sonisphère en Europe.

Déjà, des « videos poir », je me demande ce que c'est. Mais, il n'y a pas à dire, ça impressionne. Ensuite, vu le contenu présent sur le web et sur la Sonisphere TV, j'ai de gros doute sur l'inédit. Les contenus intégrés seraient exlusifs à l'appli et non diffusés ailleurs ? C'est à dire que de très belles videos seraient tournées par des équipes fournies et hautement qualifiées pour être jalousement réservées à des écrans de 4 pouces. Oui, bien sûr ;-)


* (NOUVEAU!) Suivez le festival en direct sur votre compte Facebook et Twitter


Celle-là, je l'adore ! Comment valoriser du gratuit dans un argumentaire commercial... Pour info, Facebook et Twitter sont gratuits pour les utilisateurs. Au passage, je souligne que Facebook a approché les 2 Milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2010 et vise une introduction en bourse valorisant la société à 100 Milliards de dollars... Preuve que l'on peut faire de l'argent en proposant un service gratuit aux internautes, mais c'est un autre débat;-)

* Sonisphère en direct sur Twitter !

Euh, il me semblait avoir lu ça à la ligne d'au dessus (avec Facebook en plus)... C'est ma grand mère qui est morte de la maladie d'Alzheimer... Pas moi. Enfin pas encore;-)


* Informations pratiques et diverses

Oui, ça mange pas de pain mais ça vaut pas tripette comme aurait dit mon grand père (pas le mari de celle qui a eu Alzheimer, l'autre... enfin, je vous raconterai un jour).



Bref, le marketing à l'orga du Sonisphere, c'est pas vraiment ça. Ca se la joue « je vais tout déchirer parce que je suis un king du marketing », mais derrière le rideau de fumée, c'est un peu le feu. D'un autre côté, « y'a pas de fumée sans feu » comme disait mon grand père (pas le même, le mari de la grand mère Alzheimer, ce coup-ci...).

Je vais conclure avec une analyse rapide du projet avec pour base le marketing des 4P : Produit, Place (distribution), Prix, Promotion (Communication).

Produit : bien pompé (pas de jeu de mots débile, merci) mais sans génie aucun
Place : ben les apps store. Y'avait pas de piège mais rien à faire non plus ;-)
Prix : une insulte au porte monnaie d'un Metalleux
Promotion : une insulte à son cerveau

On va dire que ce devoir marketing vaut 2/20 pour la qualité du pompage du produit. Circulez, y'a (vraiment) rien à voir.

Enfin si, y'a à voir : Metallica, Slipknot, Airbourne, Anthrax, Slayer, Megadeth, Mass Hysteria mais on en reparlera plus tard !



Manu le Barbu aka Bernard Carpette
    Dîtes nous si vous avez aimé cet article.