Korn au Bataclan - 12/03/12

Par Scred | le 13/03/2012 | Les autres articles sur le Métal

Unpredictibles
La dernière fois que Korn a déposé ses bagages en France, c’était en compagnie d’Ozzy Osbourne, première partie de luxe à Bercy pour le magicien d’Ozz qui avait laissé les fans sur leur faim du fait de la courte durée du set et du parfum de sapin qui flottait autour de l’événement… Il n’y a pas si longtemps, le gang de Bakersfield remplissait sur son seul nom la salle parisienne et malgré la sortie toute fraiche d’un album rien moins qu’excellent (« Korn III : Remember Who You Are »), Korn se contentait de jouer les faire valoir…
Korn au Bataclan - 12/03/12 L’amertume de Munky était d’ailleurs palpable à l’époque… Lorsque nous lui avions demandé comment il envisageait l’avenir, il était resté évasif, presque résigné. Korn avait été immense mais les modes avaient évolué, point final. L’idée même de refaire une tournée en tête d’affiche lui semblait alors irréaliste, de peur de jouer devant des salles vides. Un comble, sans jeu de mot.

Car comble, le Bataclan l’est ce soir pour accueillir les bruyants américains ! Les t-shirts évoquant les tournées d’un passé encore proche sont au rendez-vous et ceux qui les portent n’ont manifestement jamais laissé la flamme s’éteindre, tout comme votre serviteur qui garde un souvenir impérissable de chaque concert auquel il a eu la chance d’assister, dans des enceintes bien plus vastes que ce Bataclan à taille humaine, comme un retour aux sources pour Korn qui a plus que jamais besoin de ressentir la présence de son public.

Première surprise de la soirée, c’est Jonathan Davis lui même sous le nom de JDevil qui assure la première partie d’une manière plus que déconcertante. Seul sur la scène où a été installée une table comportant une mixette et un MacBook, il se lance dans un mix Dub Step agrémenté de passages Drum n’ Bass, transformant le Bataclan en Free Party éphémère devant des fans médusés qui se demandent franchement ce qui est en train de leur arriver !

Que l’on aime ou pas le son produit par Jon Davis, on ne peut qu’être scotché par l’énergie déployée par le chanteur qui s’éclate sur scène, sorte de Peter Pan sautillant et torturé revu et corrigé par Tim Burton, qui parvient à emmener avec lui un public d’abord réticent qui finit par piger le truc comme en témoigne les réflexions glanées à l’issue de la performance : « Étonnant », « Pas mon truc mais ça passait », « T’as vu, j’ai dansé sur de la techno », etc.

Mais bon, c’est Korn que l’on est venu applaudir, un Korn nouveau aux influences électroniques qui a négocié un virage plus que serré avec son nouvel album, « The Path Of Totality », mêlant métal et Dub Step avec bonheur pour aboutir à un résultat qui a recueilli plus de louanges que de critiques, ce qui sur le papier était loin d’être gagné…

Prenant tout le monde à contre pied, c’est par des titres préhistoriques que Davis, Fieldy et Munky attaquent leur set, « Predictible », « Lies », « No Place To Hide » et « Helmet In The Bush », des titres rares issus des premiers albums du groupe qui retournent littéralement la foule qui se transforme illico en marée humaine incontrôlable. Jon Davis, enfin débarrassé de ses kilos en trop a rajeuni de vingt ans et il faut se pincer pour admettre que nous sommes en 2012, tant on a l’impression de redécouvrir Korn à ses débuts, des mecs enragés en train de révolutionner un genre alors à l’agonie…

Une fois les fans rassurés sur l’essentiel, le groupe enchaine avec les meilleurs titres du petit dernier, les géniaux « Narcissistic Cannibal » et « Chaos Lives In Everything », « Get Up » qui fait hurler la foule, « My Wall » et le très sombre « Way Too Far », des morceaux qui, malgré leur son inhabituel, tapent dans le mille grâce à une interprétation live virulente au possible.

Puis vient le moment d’égrener les hits, « Here To Stay », le tandem « Freak on A Leash »/ « Falling Away From Me » légèrement adaptés pour la scène avec des riffs un poil plus massifs qu’à l’ordinaire, et enfin le medley « Another Brick In The Wall », très beau moment d’anthologie qui voit Munky se lancer dans un solo aussi technique qu’inspiré sous le regard complice de l’ami Jon Davis assis au pied de la batterie qui vit le moment autant que son guitariste et l’applaudit à tout rompre, une belle preuve de complicité lorsqu’on sait que les solos sont souvent l’occasion pour le chanteur d’aller se rafraîchir backstage…

C’est d’ailleurs avec un sourire éclatant que ce dernier réinvestit la scène accompagné de sa fidèle cornemuse pour un « Shoots And Ladders » hystérique comme à la grande époque, conclu par le final de « One » histoire de bien épuiser tout le monde avant de se lancer dans la dernière ligne droite avec « Got The Life » qui verra le groupe finir en instrumental puisque l’intensité du moment a fait griller la console son ! Jon Davis, hilare, fait comme si de rien n’était et entraine ses compères dans un « Blind » chanté de bout en bout par les fans qui, de toutes façons, connaissent les paroles par cœur…

Combien à leur place auraient quitté la scène sans finir le show en pestant contre l’organisation ? Eux mêmes, il y a quelques années, peut être… Mais voilà, ce soir Korn est redevenu ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, un sacré bon groupe de potes qui prennent leur pied sur scène à jouer une musique brutale et vivante et qui donnent du plaisir à ceux qui la reçoivent. Carton plein messieurs, changez rien surtout.




Crédit Photo : Sébastien Paquet
    Dîtes nous si vous avez aimé cet article.