Johnny Cash "American VI: Ain't no grave"
Lorsqu’un artiste a plu à de nombreuses générations, il n’y a pas de raison que cela s’arrête. Le résultat, c’est que l’on se retrouve souvent avec des wagons de disques mal foutus sous prétexte de sortir quelque chose qui se vendra de toutes façons (dernier exemple en date avec le « This is it » de Michael Jackson qui aurait mérité mieux que trois pauvres chutes de studio). Du coup, on aura tendance à devenir un poil méfiant dès que l’on voit se profiler le bout du nez de ce qu’on pourra légitimement appeler un nouveau pillage de tombe...Et ça tombe bien, puisque le sixième volume des aventures de Johnny Cash au pays de Rick Rubin se nomme « Ain’t no grave » (« Pas de tombe »), histoire de se dédouaner de tout procès d’intention ? Pas le genre de la maison. Au delà de l’immense talent de producteur de Rick Rubin, l’homme aime sincèrement Cash, comme en témoigne le travail accompli sur les quatre premiers « American » qui représentait une sacrée prise de risque à l’époque. « Ain’t no grave » étant (seulement) le second album posthume de Johnny Cash, on peut en conclure que l’appat du gain n’est pas le seul propos de cet album...
Cette impression est d’ailleurs confirmée dès le titre d’ouverture (« Ain’t no grave »), un blues rappellant les chants des esclaves dans les champs de coton, renforcé par un discret banjo et rythmée par des chaines qui s’entrechoquent. La voix de Cash, détruite, âgée mais juste fait le reste... L’ambiance qui s’en dégage est fantastique, oppressante et d’une pureté sans limite, et on se dit qu’une telle chanson ne méritait pas d’être oubliée dans un carton.
D’autres morceaux se distinguent immédiatement, du country folk sombre de « Redemption Day » à cette version du classique « Satisfied Mind » où Johnny Cash retrouve un timbre plus famillier, en passant par le très beau « Last night I had the strangest dream » qui nous fait voyager à travers les époques vers une Amérique oubliée.
Le reste de l’album revisite la country traditionnelle si chère au cœur de l’homme en noir qui y aborde des thèmes religieux (« I Corinthians 15-55 »), tout comme des histoires d’errances (« Can’t help but wonder where I’m Bound ») et même sa propre condition (« I don’t hurt anymore ») avec pudeur et une infinie sensibilité propre à un homme qui a tout vu, tout vécu et qui se sent partir sans le moindre regret.
Les regrets, en l’occurrence, sont pour nous.
Eternels.
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