John Lennon - "Signature Box"

Par Scred | le 04/10/2010 | Les autres articles sur le Rock

Boîte à bijoux
J’en connais certains chez EMI qui doivent se frotter les mains… Un an après le succès planétaire des rééditions des Beatles voici que débarque « Signature », l’intégrale des albums studio de John Lennon, présentée sous forme de coffret luxueux et accompagnée d’une compilation intitulée « Gimme some truth » qui reprend les meilleurs titres de l’ex-Beatle augmentés d’inédits. Qui a dit « Jackpot » ?
John Lennon - "Signature Box" Curieusement, pas moi. En effet, il était plus que temps que l’œuvre de John Lennon soit disponible en CD avec un confort d’écoute à la hauteur de sa qualité, et c’est maintenant chose faite de la manière la plus satisfaisante qui soit grâce aux bons soins de Yoko Ono.

L’objet en lui-même vaut le détour, une boîte immaculée frappée du simple nom « Lennon » et discrètement signée par l’artiste. Dès l’ouverture du coffret un mot apparaît, « Yes », une réminiscence de la première rencontre entre John et Yoko, un tout petit mot qui en dit long sur la philosophie de vie et la musique du couple. Après la lecture des quelques mots d’introduction signés par Yoko, Julian et Sean (les deux fils de John), nous découvrons le précieux contenu de ce « Signature ».

Neuf albums pour un total de onze CD composent cette intégrale qui n’en est pas vraiment une puisque quelques disques manquent à l’appel, notamment la série des « Unfinished Music » dont le fameux « Two Virgins » à la pochette célèbre où l’on voyait John et Yoko posant dans le plus simple appareil. La raison en est simple, Yoko Ono ne voulait pas décourager le public en mélangeant des albums expérimentaux avec ceux plus classiques et plus accessibles qui firent le succès de Lennon en solo.

On retrouvera donc avec bonheur les albums « Plastic Ono Band », « Imagine », « Some time in New York City » (en version double avec le « Live Jam » enfin réédité), « Mind Games », « Walls and Bridges », « Rock n’ Roll », « Double Fantasy », « Milk and Honey » et une double compilation intitulée « Singles & Home Tapes » regroupant les titres comme « Instant Karma » ou encore « Give peace a chance » jamais parus sur album ainsi qu’une série de démos enregistrées à la maison par un John Lennon aussi brillant dans sa salle de bain qu’en studio.

Comme je vous le disais plus haut, le travail de remasterisation tient toutes ses promesses… Sur « Plastic Ono Band » ou « Imagine », des albums au son très épuré à des kilomètres des expérimentations des Beatles, la voix de Lennon est magnifiée, et le travail de production de Phil Spector est parfaitement respecté. « Working Class Hero » sonne comme jamais, donnant l’impression troublante que John a débarqué dans votre salon avec sa guitare sous le bras, « Imagine » vous transporte très haut dans les nuages et « Mother » fait frissonner de sincérité et d’émotion.

Mais c’est surtout sur les albums au son plus complexe que le travail des ingénieurs d’Apple fait merveille et permet de redécouvrir certains enregistrements trop souvent écrasés par la popularité des chansons citées plus haut… Ainsi, le sublime « Mind Games » retrouve une seconde jeunesse et des titres comme « Mind Games », « One Day (at a time) », « Bring on the Lucie (Freda People) » ou encore « Meat City » explosent littéralement dans leurs habits neufs.

Même chose pour les disques confidentiels que sont « Walls and Bridges » (« Whatever gets you through the night », « #9 Dream », « Steel and glass ») ou l’injustement sous-estimé « Some time in New York City », l’album le plus politique de Lennon où figurent « Woman is the nigger of the world », « Attica State » et « Luck of the Irish » qui ne peuvent laisser indifférents ceux qui prennent la peine de les mettre sur leur platine malgré le fait qu’aucun « hit » majeur n’y figure.

Au final, on apprend petit à petit à rentrer dans l’intimité de la création de John Lennon, à comprendre le fonctionnement du couple dans sa manière d’aborder la musique et on se surprend même à aimer les pourtant difficiles d’accès « Double Fantasy » et « Milk and honey », dernières œuvres à quatre main de John et Yoko, enregistrées pendant ce qui est certainement la période la plus heureuse de la vie du compositeur.

Alors que l’on s’apprête à refermer la boîte à bijoux, un large sourire sur le visage, une dernière surprise attire le regard, un petit tiroir discrètement placé tout en bas du coffret. A l’intérieur, dans un écrin blanc, se trouve un dessin de John Lennon intitulé « Family Tree », celui-là même qui a inspiré la pochette bucolique de l’album « Plastic Ono Band » où l’on voit le couple tendrement enlacé au pied d’un arbre.

Ce dessin, d’une simplicité enfantine, résume parfaitement l’œuvre de Lennon, la solidité de l’arbre qui défie le temps et l’amour entre deux êtres qui s’est transmis par la musique à des millions d’autres, créant ainsi une famille immense se moquant des frontières et des différences. Nous sommes tous des enfants de John Lennon et aujourd’hui plus qu’aucun autre jour, il nous manque.

« Well we all shine on, everyone » (John Lennon – “Instant Karma”- 1970)
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