John Lennon - "Lennonyc"

Par Scred | le 15/03/2011 | Les autres articles sur le Rock

Big Apple
Pour le grand public, la carrière de John Lennon après la séparation des Beatles se résume en un mot, « Imagine ». De son escapade américaine, on ne retient pas grand chose, une vague impression de dispersion d’un talent incroyable entre expérimentations artistiques et militantisme politique… Rien n’est plus injuste et c’est ce que Michael Epstein (rien à voir avec Brian, même si la coïncidence est troublante) s’attache à démontrer dans ce documentaire définitif sur le périple d’un immigrant pas comme les autres.
John Lennon - "Lennonyc" John Lennon et Yoko Ono débarquent à New York en 1971 avec dans le cœur un besoin urgent de liberté, tant matériel que musical. Traqués par les fans et les journalistes en Angleterre, ils espèrent trouver à New York une paix qui deviendra bien vite leur cri de ralliement. C’est le point de départ du film, cette romance dans la romance pour un John Lennon très vite happé par la ville et ses fantômes, artistes divers (Andy Warhol en tête), activistes (Abbie Hoffman, Jerry Rubin) entre autres originaux qui constituent la population de Greenwich Village à cette époque.

Il comprend bien vite que les Beatles étaient à la fois un formidable incubateur pour sa créativité mais également une prison, avec pour murs l’Angleterre, de Liverpool à Londres. A New York, même s’il n’est pas anonyme, il peut enfin marcher tranquillement dans la rue, vivre une vie presque normale et son travail s’en ressent. « Lennonyc » revient en détail sur l’enregistrement de l’album « Some time in New York City », sa rencontre avec le groupe Elephant’s Memory, l’enrôlement de Lennon dans la cause antimilitariste et le début des ennuis avec le FBI. Comme on disait à l’époque, « ce n’est pas parce que tu es paranoïaque que tu n’es pas suivi » et on découvre avec effarement, documents fédéraux à l’appui, la réalité de cette filature. Édifiant.

Reprenant l’ordre chronologique des évènements, le film nous propose des extraits de concerts, des interviews des musiciens et des plongées au cœur des sessions studios de l’ex-Beatle, autant de documents rares qui aident à comprendre en quoi cette période fût importante pour John Lennon et l’impact sur son œuvre. Tout y passe, son combat pour rester aux Etats-Unis, contre la volonté de l’administration Nixon qui cherche par tous les moyens à le mettre dehors, ses errances, et la raison du coup de pied aux fesses de Yoko qui l’envoie prendre des vacances à Los Angeles après l’enregistrement de « Mind Games ».

Période intéressante que ce voyage en Californie, mieux connu sous le nom de « Lost Week-End ». On y découvre un John Lennon en pleine chute libre, bourré nuit après nuit, criant le nom de Yoko au sommet de son ivresse mais également un homme qui reprend contact avec ses amis, Ringo et Paul qui partagent un moment avec lui dans sa villa Hollywoodienne. Voir ces images de John et Paul réunis, souriants, à quelque chose de rassurant. Les Beatles n’étaient plus mais la hache de guerre était enterrée, chose que peu de gens savent.

Enfin, nous retournons à New York en compagnie d’un John apaisé, libéré de ses excès et décidé à se remettre en selle après les désastreuses séances de l’album « Rock n’ Roll ». On apprend les circonstances des retrouvailles avec Yoko, dans les loges du Madison Square Garden après un concert d’Elton John où Lennon avait fait une apparition triomphale, l’anecdote étant racontée par Elton en personne. Dernière partie de la vie de John Lennon, la naissance de Sean, le bonheur enfin et « Double Fantasy ».

Neuf ans seulement se seront écoulés entre le début de l’aventure américaine de John Lennon et sa mort absurde (magnifiquement mise en scène par Epstein avec un plan sur les impacts de balles sur la porte du Dakota et une sirène d’ambulance), neuf années qui semblent en avoir duré le double tant cette période fût riche d’évolutions, de créativité et de péripéties. On ressort de ce film forcément ému, mais surtout convaincu que Lennon avait fait le bon choix, et que la séparation des Beatles n’avait rien d’une tragédie en fin de compte. Bénéficiant d’une réalisation sans tache, « Lennonyc » raconte John tel qu’en lui même, enfin, et aussi New York, l’autre grand amour de sa vie. Une belle histoire d’amour qui finit mal en somme, mais n’est-ce pas le cas de toutes ?
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