John Legend & The Roots - "Wake Up"
Soul Power
L’élection de Barack Obama fût un électrochoc pour le peuple américain, et à plus forte raison pour les artistes qui participèrent activement à sa campagne. Cela eût pour résultat une flopée d’albums tantôt extasiés de bonheur (le « Working on a dream » de Bruce Springsteen par exemple), tantôt bourrés d’une énergie contenue depuis trop d’années (« Backspacer » de Pearl Jam) mais il nous manquait encore un bon disque issu des principaux intéressés, les « soul brothers » qui regardèrent cette élection comme la fin officielle et définitive d’une ségrégation qu’ils avaient connu toute leur vie.
C’est chose faite avec « Wake Up », sorte de jam monstrueux entre le Marvin Gaye du nouveau millénaire, John Legend, et le groupe le plus excitant du paysage hip-hop américain, The Roots ! Le casting a de quoi faire saliver, surtout que le programme est à la hauteur des participants. « Wake Up » regroupe en effet une collection de reprises soul des années 60/70, volontairement piochées dans le catalogues des perles rares, des titres méconnus du grand public autant que pouvait l’être Obama deux ans avant son élection.Mais la confidentialité des chansons originales n’a pas été le seul critère de sélection appliqué par les musiciens. En effet, les thèmes abordés ne trompent pas, John Legend et The Roots veulent nous raconter une histoire, leur histoire et celle de leurs pères et grands-pères. Et cette histoire commence par le « Hard Times » de Curtis Mayfield histoire de planter le décor. Les temps sont durs et cependant « Black is beautiful », on retrouve ici tout l’esprit de la soul originelle fait de souffrance et de volonté de voir plus loin que la fatalité. Magique, tout simplement.
Autre message limpide, après un « Compared to what » funky et dense comme une coupe afro, le groupe lâche « Wake up everybody », l’un des hymnes de la campagne présidentielle, où la tradition se mêle à la modernité lorsque le rap des Roots télescope la voix suave de Melanie Fiona pour accoucher d’un petit chef d’œuvre d’espoir. Tout le monde debout, c’est l’heure…
L’heure pour toute une génération de relever la tête, « Our generation », la leur et la nôtre, du « Little Ghetto Boy » qui croyait son avenir bouché au reste de l’humanité (« Humanity », petite parenthèse reggae qui va bien). Quand on veut faire passer un message, autant éviter les métaphores et aller droit au but.
Après avoir rempli les cœurs de courage et d’espoir, « Wake Up » termine son tour d’horizon de la soul par un petit quart d’heure spirituel, du « Wholy Holy » de Marvin Gaye au « I can’t write left handed » de Bill Withers en passant par le sublime gospel « I wish I knew how it feels to be free », un truc à filer des jaunisses carabinées aux guignols du Ku Klux Klan qui doivent bien sentir que la partie est perdue. Pas trop tôt.
L’album se termine sur une note lumineuse, une composition de John Legend en personne intitulée « Shine » qui résume parfaitement l’esprit général de « Wake Up », à partir d’aujourd’hui plus d’excuses, il est temps pour tout un peuple de briller enfin sans entraves. N’oubliez jamais, aujourd’hui est le premier jour du reste de votre vie, alors debout !
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