Joey Ramone - "Ya Know?"

Par Scred | le 12/05/2012 | Les autres articles sur le Rock

Grand Frère
Voilà dix ans, Joey Ramone tirait sa révérence dans une relative indifférence, le monde étant passé à autre chose. Au milieu du duel entre musiques électroniques et hip hop, quelle place pouvait bien occuper un vieux punk aux cheveux hirsutes et à la voix nasillarde ? Décidément, le monde a la mémoire courte…
Joey Ramone - "Ya Know?" Joey Ramone a toujours été et restera le grand frère idéal pour tout rocker qui se respecte, un symbole de tout ce qu’il faut être pour vivre cette musique au maximum et dans le même temps, un exemple à éviter de suivre si l’on a envie de rester sain de corps et d’esprit… Les conneries, Joey les a toutes faites à notre place, nous empêchant de tomber dedans tout en nous permettant d’en vivre le frisson par procuration. N’est-ce pas là la parfaite définition du frangin ?

La musique des Ramones a souvent fait l’objet de débats, entre fascination pour les uns et rejet absolu pour les autres, impossible de faire dans la demi-mesure. Pas mal de journalistes se sont longtemps pincé le nez en écoutant les premiers albums du gang new yorkais, ne trouvant plus les mots pour qualifier ce punk basique, primaire, qui n’avait pas encore d’équivalant à l’époque (les Sex Pistols mettraient tout le monde d’accord deux ans plus tard).

« One, Two, Three, Four », trois accords, des paroles souvent limitées à une ou deux phrases répétées en boucle, c’est de la musique ça ? Ben oui, c’en est. On appelle ça du rock ‘n roll. Il n’y a qu’à constater le nombre de tee shirts frappés du logo du groupe croisés chaque jour dans la rue pour se rendre à l’évidence, ces mecs ont une place à part dans le panthéon de notre musique fétiche, Joey le premier.

Or donc, « Ya Know ? » nous propose de retrouver une dernière fois notre lascar avant de dire au revoir pour de bon, et ce à quelques jours de ce qui aurait pu être son soixante et unième anniversaire. Produit par le frère de Joey Ramone, Mickey Leigh, cet album posthume n’a rien du raclage de tiroirs à but commercial comme on aurait pu le craindre. Composé de démos laissées derrière lui par Joey, cet album est en effet le fruit de huit années de travail acharné pour rendre à ces chansons un visage humain, très loin de la compilation bootleg grâce aux bons offices des producteurs Ed Stasium et Jean Beauvoir.

On retrouve Joey Ramone dans son univers de prédilection, un rock n’ roll simple et direct, inspiré des premiers balbutiements des années 50, avec la petite touche Ramone qui va bien à savoir une saturation franche, des morceaux courts et cette voix unique, à la voix douce, goguenarde, et profondément attachante. On ferme les yeux et la magie opère à nouveau, de « Rock ‘n Roll is the Answer » à « New York City » en passant par le tandem intelligemment enchaîné « What Did I Do To Deserve You »/ « Seven Days Of Gloom », on retrouve notre pote comme on l’avait quitté il y a (déjà) dix ans.

Au rayon des curiosités bienvenues, citons également « Waiting For That Railroad », une ballade folk d’autant plus poignante que l’on sent parfaitement la sincérité derrière la voix de Joey, une émotion non feinte qui donne un indice sur ce qu’aurait pu être la suite de sa carrière. Joey Ramone en crooner ? Et pourquoi pas ? « Make Me Tremble » en donne un autre exemple, derrière le clown se cachait un mec délicat, amoureux de mélodies simples.

Quelques vieux amis du chanteur ont également répondu à l’appel pour redonner des couleurs à quelques titres, comme Joan Jett sur « Party Line », une petite bluette 50’s répondant au rockabilly nerveux de « I Couldn’t Sleep » où figurent les mecs de Cheap Trick.

Au final, on ressort de cet album avec le sourire malgré la nostalgie et les regrets éternels qui accompagnent toujours l’évocation du bonhomme. Joey Ramone n’est plus mais le cadeau qu’il nous a fait perdurera… Bon anniversaire frangin !
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