Joe Bonamassa - "Dust Bowl"

Par Scred | le 17/03/2011 | Les autres articles sur le Blues

Tornade Bleue
J’aime quand la pochette d’un album raconte une histoire, surtout quand cette histoire se retrouve dans le contenu du disque… Dans le cas de « Dust Bowl », une tornade s’apprête à frapper avec violence une petite cabane perdue au milieu du désert, avalant par la même occasion un fermier, son fils et le chien, sous le regard menaçant d’une paire de vautours semblant sortir de la poussière soulevée par la tempête. Le nom de Joe Bonamassa s’étale au dessus de la scène, avec un graphisme dans le plus pur style seventies évoquant celui d’Aerosmith. Voilà, le décor est planté, vous pouvez lâcher les chevaux !
Joe Bonamassa - "Dust Bowl" Car il est un peu question de tout cela dans « Dust Bowl »… Du désert d’abord, des grandes étendues vides traversées par un train au rythme lent et inexorable parfaitement incarné par l’intro de « Slow Train » qui débouche sur un riff lourd et mécanique, Joe Bonamassa faisant hurler sa guitare pour couvrir le bruit de la locomotive. On entre directement dans le vif du sujet, du blues rock intense et brutal à forte tendance zeppelinienne qui vous colle au mur.

C’est encore le désert qui résonne dans la guitare lointaine qui enveloppe « Dust Bowl »… Le train est passé, laissant dans son sillage un nuage de poussière et un paquet de regrets pour celui qui reste en rade sur le bord de la voie ferrée. La musique de Joe Bonamassa se fait cinématographique et emmène l’auditeur au milieu du grand nulle part, entre Ennio Morricone et David Lynch… « Black Lung Heartache » nous parle également de solitude avec une guitare acoustique cajun qui explose en milliers de grains de poussière lorsque sa grande sœur électrique vient imposer un riff implacable digne de Deep Purple.

Après le désert, l’ouragan. Joe Bonamassa fait parler le bruit et la fureur sur cet album, que ce soit sur des blues lents classiques où les guitares flirtent avec le hard rock comme savait si bien le faire le regretté Gary Moore (« The Meaning of the Blues », « The Last Matador of Bayonne », « No love on the street ») ou sur des titres un peu plus énervés comme ce « Heartbreaker » où il reçoit l’appui vocal de son désormais complice Glenn Hugues, ou encore « You Better Watch Yourself », un blues texan jusqu’au bout des bottes où flotte le fantôme d’un certain Stevie Ray Vaughan.

Et puisque nous en sommes aux invités spéciaux, notons au passage le duo avec John Hiatt (« Tennesse Plates »), une road song enlevée et réjouissante ainsi que « Sweet Rowena », un blues on ne peut plus traditionnel enregistré avec Vince Gill qui sent bon le honky tonk enfumé. En parlant d’enregistrement, signalons au passage le travail toujours impeccable du « Caveman » Kevin Shirley qui confirme une fois de plus sa place de meilleur producteur rock du monde (c’est un avis subjectif, et je le partage). A quoi le voit-on ? On ne le voit pas, on l’entend…

Joe Bonamassa nous offre donc avec « Dust Bowl » un album brut et cohérent, du blues rock sans fioritures, moins éparpillé dans différents styles que « Black Rock », son précédent effort, qui restait malgré tout un excellent disque. Avec « Dust Bowl », on revient aux fondamentaux, sans pour autant tomber dans le classicisme absolu et ce en partie grâce aux solos étourdissants du guitariste et à sa voix, puissante et mélodieuse qui semble s’améliorer de disque en disque ! La vie est injuste parfois, je m’en vais de ce pas retourner méditer sur cette vérité dans le désert, en priant pour qu’un tornade ne me tombe pas sur le coin de la tronche…
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