Joe Bonamassa - "Black Rock"

Par Scred | le 23/03/2010 | Les autres articles sur le Blues

Pierre Angulaire
Joe Bonamassa souffre d’un problème d’image...
Joe Bonamassa - "Black Rock" Trop de talent, trop jeune, trop lisse, il faut dire que lorsque l’on fait la première partie de BB King à onze ans et que quelques années plus tard on peut se permettre de partager la scène avec Eric Clapton d’égal à égal, ça fait des jaloux. Où sont passées les années de galères nécessaires à tout bluesman qui se respecte pour se tanner un peu le cuir ? A l’âge où Stevie Ray Vaughan jouait encore dans des bouges infâmes au fin fond du Texas, Joe Bonamassa se produisait déjà dans des stades...

C’est certainement ce que le jeune guitariste tente de nous dire avec le premier titre de « Black Rock », une reprise de Bobby Parker intitulée « Steal your heart away ». Il veut nous voler le coeur à la régulière, sans l’aide des glorieux parrains qui se sont déjà penchés sur son berceau ! Le choix de cette chanson n’a d’ailleurs rien d’anodin. Bobby Parker, guitariste américain peu connu du grand public est l’une des idoles de Jimmy Page qui lui avait offert une place sur le label de Led Zeppelin, Swan Songs. Et comme rien n’arrive par hasard dans la vie, le producteur de « Black Rock » n’est autre que Kevin « The Caveman » Shirley, collaborateur de Jimmy Page sur le dernier DVD de Led Zeppelin.

L’ombre du dirigeable plane donc sur ce disque à plus d’un titre. Il suffit d’écouter l’hommage à peine voilé à « Kashmir » de « Blue and Evil » ou les souvenirs de « Bron Y Aur Stomp » qu’évoque « Athens to Athens » pour s’en convaincre... Entre riffs monstrueux et incursions orientales, Joe Bonamassa (Bonham a ça ?) remet du fuel dans le Zeppelin sans jamais tomber dans le plagiat et le résultat est tout simplement époustouflant. (« Wandering Earth » bouscule « You Shook me » avec un bonheur non dissimulé)

Mais l’exploration de cet album réserve encore bien d’autres surprises, comme cette reprise de Leonard Cohen (« Bird on a wire ») complètement revisitée à l’aide d’une clarinette échappée d’un souk ou ce « Night Life » emprunté à Willie Nelson avec en invité de marque un BB King hilare qui ne boude pas son plaisir d’être là en compagnie de son poulain. Un poulain qui ne se prive pas d’envoyer des clins d’oeil appuyés au King sur le « Three times a fool » d’Otis Rush en faisant chanter sa guitare à la manière de la fameuse Lucille.

C’est d’ailleurs ce qui ressort le plus de ce « Black Rock », un Joe Bonamassa serein qui a décidé qu’il n’avait finalement plus grand chose à prouver à personne et qu’il pouvait se faire plaisir. Et tout naturellement, la technique hallucinante du jeune homme (dont on peut encore avoir un petit aperçu sur « Look over Yonders Wall ») a globalement cédé la place à un jeu plus épuré, privilégiant le feeling, le coeur plutôt que la tête. Voilà donc une pierre noire à mettre dans son jardin en bonne place !
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