Iron Maiden - Somewhere back in Time Tour - Bercy 2008

Par Scred | le 15/09/2009 | Les autres articles sur le Métal

Death after live...
Les rêves se réalisent rarement, c'est tout leur intérêt et la source de leur beauté...
Iron Maiden - Somewhere back in Time Tour - Bercy 2008 Cependant, quand l'un d'entre eux vient à le faire, on a envie de le partager !

L'un de mes rêves était d'avoir pu vivre le "World Slavery Tour" d'Iron Maiden en 1985. Impossible pour plusieurs raisons, la première étant qu'à l'époque j'avais que neuf ans et la seconde que je ne connaissais même pas encore la musique de ces dieux du heavy metal... Heureusement pour les générations futures, cette tournée fût immortalisée sur un album cultissime, le fameux "Live After Death", qui allait changer la vie de pas mal de gens à travers le monde, ainsi que le concept même du disque enregistré en concert.

Au delà de ça, les concerts en général (et pas seulement ceux impliquant du hard rock) prirent un coup de vieux après cette tournée monumentale... Imaginez une momie de dix mètres de haut surgissant du fond de la scène, des effets pyrotechniques dantesques, un décor de scène reproduisant l'intérieur d'une pyramide égyptienne dans les moindres détails, autant dire qu'en sortant de là, tout le reste paraissait un peu fadasse ! Nous étions en 1985 ne l'oublions pas...

Donc voilà, ce "Live After Death" au son monstrueux existait pour nous rappeler, à nous qui étions trop jeunes pour l'avoir vécu, à quel point Iron Maiden avait placé la barre haut à l'époque et même si les tournées et les albums qui ont suivi étaient de qualité, rien n'égalait la perfection de ce disque et du spectacle dont il était le témoignage.

Or, mardi dernier, la Vierge de Fer nous a fait le plus beau cadeau que nous puissions rêver (on y revient). Ils nous ont refait le coup. Fort de plus d'une quinzaine d'albums au compteur, le choix des morceaux pour chaque concert devait devenir problématique, ils ont donc décidé de faire une tournée sur deux consacrée aux souvenirs... Il y a quelques années, ils ne jouaient que des chansons tirées de leurs trois premiers disques et cette année, le "Somewhere back in time Tour" se consacrait aux trois suivants, soit pile poil la période qui vit surgir de terre le fameux "Live After Death" sus-nommé !

Résultat, un voyage dans le temps au sens propre du terme et mon rêve qui s'est réalisé dans un Bercy surchauffé (et ce n'est pas une métaphore!)

Bercy qui s'est paré de ses plus beaux atours pour l'occasion, enfin son public surtout... Une marée noire de T-Shirts datant de toutes les époques avec pour point commun notre ami Eddie le zombie, emblème en putréfaction d'Iron Maiden depuis bientôt trente ans. Des jeunes, des moins jeunes et des franchement vieux arborant fièrement le monstre édenté dans toutes les postures imaginées par son dessinateur, l'immense Derek Riggs.

Et la scène...

Comme sur la pochette que j'avais dévorée des yeux pendant toutes ces années, les hiéroglyphes, les statues d'Anubis et l'oeil d'Horus étaient là, dans toute leur splendeur, les couleurs à peine délavées par le temps qui semblait s'être arrêté pour l'occasion.

La lumière s'éteint et retentit la voix familière de Winston Churchill qui nous exhorte, "we shall never surrender", intro mythique d'"Aces High" qui entame le show en nous propulsant 23 ans en arrière... Suivent "2 minutes to midnight" et le sublime "Revelations" dans le même ordre que sur l'album original et je sais plus où j'habite, et je m'en fout complètement...

C'est une impression vraiment étrange, comme de passer de l'autre côté du miroir. Bruce Dickinson, le chanteur à la voix héroïque nous cause en français qu'il parle (couramment) avec un accent délicieux pour introduire chaque chanson et les classiques défilent, "The Trooper" où il enfile une veste de soldat anglais du XVIIIème siècle, l'épique "Rime of the Ancient Mariner" dont les treize minutes semblent passer en moitié moins de temps, "The Number of the Beast" où un Satan de cinq mètres de haut surgit du sol dans un déluge de flammes, Rhâââ...

"Fear of the Dark"... Voilà une chanson anachronique au milieu de toutes les autres mais quelle importance? Elle symbolise avec l'album du même nom la renaissance du groupe dans les années 90 et est un peu le point de ralliement de toutes les générations présentes ce soir... Les choeurs de la foule emportent tout sur leur passage et le groupe y recharge ses batteries. A nous de leur donner la force de poursuivre ce rêve éveillé...J'imagine que les gens qui n'aiment pas (ou ne connaissent pas) le heavy metal se représentent ce genre de concert comme une débauche de violence catharsique où le public se tape dessus en beuglant des slogans païens...

Laissez moi vous dire que JAMAIS je n'ai assisté à un tel échange d'amour entre des musiciens et leur public de ma vie, et pourtant j'en ai fait des concerts. Aucune violence dans la salle, que de la passion réciproque, même si le refrain du morceau qui donna son nom au groupe est "Iron Maiden wants you for dead" ("Iron Maiden veut vous voir crevés")

Parlons-en de cette chanson, car au moment où retentissent ses premières notes, la momie de dix mètres dont nous parlions plus haut fait son apparition au dessus des musiciens, ses yeux crachant des étincelles, dominant de sa stature toute la salle qui est à genoux! Vingt trois ans qu'on l'attendait je vous dit et elle est là, nous narguant de ses yeux morts, des lambeaux de bandelettes dégoulinant de son corps décharné!

Le temps de reprendre son souffle et c'est déjà le rappel, consacré en majeure partie à l'album "Seventh Son of a Seventh Son", qui se trouve être le premier disque de métal que j'ai acheté à l'époque, avant Metallica, avant le Sab' ou AC/DC, avant tout le reste en fait puisque c'était la première cassette TOUT COURT que j'aie jamais achetée, nous étions en 1988...

Alors quand l'intro de "Moonchild" a rempli la salle, inutile de dire que j'avais la gorge bien serrée et qu'une myriade d'images a rempli ma tête déjà bien pleine de toutes celles de cette soirée inoubliable... "the Clairvoyant" enfonce le clou et nos héros nous achèvent avec "Hallowed Be Thy Name", l'un de leur morceaux fétiches avec lequel ils finissent leur concerts depuis quelques années.

C'est le signal, le rêve va devoir se terminer mais au moins j'aurai pu le vivre, ainsi que tous ceux qui étaient présents ce soir là... Nous sortons de la salle lentement, prêts à envahir le métro sous les yeux éberlués des gens qui se demandent d'où peut bien sortir cette horde monstrueuse parée de symboles démoniaques et effrayants... Ils ont la trouille, normal, mais s'ils nous regardaient d'un peu plus près, ils verraient dans nos yeux à tous une émotion difficile à décrire, entre la reconnaissance, la gratitude et un bonheur franc et simple.

Car ce soir Iron Maiden nous a offert bien plus que de la musique, ils nous ont offert notre jeunesse...
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