Interview Wes Orshoski et Greg Olliver (réalisateurs de "Lemmy")

Par Scred | le 07/12/2010 | Les autres articles sur le Métal

Lemmy tell you something
C’est dans le hall d’un grand hôtel parisien que je rencontre Wes Orshoski et Greg Olliver, les deux réalisateurs de « Lemmy ». L’un arbore fièrement un T-Shirt L.A Guns quand l’autre se la joue plus sobre, blouson de cuir et chemise sombre. On sent immédiatement lequel des deux a attiré l’autre dans cette aventure, une aventure qui a mobilisé leur vie pendant plusieurs années en compagnie de l’homme qui symbolise le « rock n’ roll way of life » pour beaucoup. Une fois les bières commandées, la discussion peut commencer, en toute simplicité…
Interview Wes Orshoski et Greg Olliver (réalisateurs de "Lemmy") Actumusic : Comment avez vous rencontré Lemmy ?

Wes Orshoski : La première fois que je l’ai croisé, j’étais encore un ado… Je suis né à Cleveland dans l’Ohio et à ce moment là, une station de radio locale avait organisé une sorte d’événement autour de la sortie d’un disque de Suicidal Tendencies, on pouvait rencontrer les musiciens tout en mangeant une pizza, c’était assez cool ! Or, à cette époque, Suicidal tournait avec Motörhead et du coup Lemmy, Wurtzel et Phil étaient passé dire bonjour… Je me suis donc jeté sur eux pour prendre une photo ! Malheureusement, Lemmy ne s’est pas arrêté, ce qui ne lui ressemble absolument pas mais bon, il avait une fille à chaque bras… Du coup, j’ai une photo avec la moitié de son visage ! Des années plus tard, j’ai eu l’occasion de l’interviewer pour un magazine et je lui ai rappelé l’anecdote, ça l’a bien fait marrer !

A : Vous étiez donc des grands fans de Motörhead avant même le début du tournage…

Greg Olliver : En fait, je ne connaissais que « Ace of Spades » ! Comme beaucoup de gens d’ailleurs… C’est Wes qui m’a initié. Mais maintenant je suis devenu accro !

A : Parmi toutes les grandes figures du rock encore actives aujourd’hui, pourquoi avoir choisi Lemmy ?

W.O : Parmi tous ces artistes qui ont émergé dans les années 70 ou 80, il y en a très peu qui vivent réellement le rock n’ roll au quotidien comme le vit Lemmy. A 64 ans, il ne s’est pas rangé ! Et puis il a un parcours tellement intéressant, depuis ses débuts dans des groupes « Mersey » dans les années 60, son passage au sein d’Hawkwind, un groupe psychédélique, sa rencontre avec Hendrix, jusqu’au fait qu’il est l’un des architectes du heavy métal, c’est vraiment un mec passionnant !

A : Combien de temps a duré le tournage ?

G.O : Trois ans et demi.

A : Vous a-t-il fallu longtemps pour gagner sa confiance ?

G.O : En fait, il a dû nous faire confiance dès le départ sinon le projet n’aurait pas vu le jour, mais c’est vrai que plus le temps passait, plus une relation personnelle et affective s’est créée entre nous. Il y a des moments où il en avait marre mais il était conscient que pour réaliser un bon film, il faut prendre le temps. Au fur et à mesure, il se souvenait de plus en plus d’anecdotes, d’histoires incroyables… Mais s’il est vrai qu’il avait parfois besoin d’un break, la même chose était valable pour nous !

W.O : Et il y a eu des hauts et des bas, on a eu des problèmes d’argent, on était crevés et puis d’un seul coup quelque chose de génial arrivait, un mail de fan, la rencontre avec Metallica, et ça nous redonnait confiance.

A : Est-ce que cela a été dur de le convaincre au départ ?

W.O : Pas vraiment mais je pense que cela est dû à notre approche. Le management de Motörhead nous avait prévenu que trois ou quatre réalisateurs lui avait proposé un projet de ce genre et qu’il avait refusé à chaque fois. Nous lui avons proposé de commencer à filmer pendant une courte période, puis de lui montrer le résultat et si cela ne lui plaisait pas, il pourrait garder les bandes et l’histoire se terminerait là. Et ça lui a plu ! Ce jour là, on a passé la soirée à boire des verres avec lui, comme des potes, c’était la première fois qu’on prenait un moment de détente avec lui et cela a fait avancer le projet à pas de géant !

A : C’est la clef avec Lemmy, si tu es capable de boire avec lui alors tout va bien !

W.O : En effet, mais c’est également le cas avec beaucoup de groupes de rock. Si tu veux pouvoir instaurer un vrai rapport de confiance avec ces mecs qui passent une bonne partie de leur vie sur la route, tu dois être capable de faire la fête avec eux et de les suivre !

A : Il y a beaucoup de musique dans votre film mais pas énormément d’images en live… N’aviez-vous pas peur de générer une sorte de frustration de la part du public ? Vous comptez vous rattraper avec les bonus du DVD ?

G.O : Ah oui ne t’inquiète pas, il y a des tonnes d’images live dans les bonus ! Environ 45 minutes de concert de Motörhead, une demi-heure de Metallica, des images de répétitions… Mais au final, notre film s’appelle « Lemmy » et pas « Motörhead », on voulait vraiment se concentrer sur le personnage, un être humain auquel les gens pourraient s’identifier d’une manière ou d’une autre. Je voulais que ma mère ou des gens qui ne sont pas fans de Motörhead puissent aller voir le film et y prendre du plaisir !

W.O : Je pense qu’il y a un bon équilibre en tous cas. Lorsque le groupe joue « Ace of Spades » ou « Damage Case » avec Metallica, on a laissé les chansons en entier, là où beaucoup d’autres auraient coupé la séquence au milieu. La raison est simple, c’est un film sur un musicien. Si on connaît Lemmy, c’est parce qu’il a passé sa vie à jouer de la musique ! Et puis la musique reste très présente, je crois qu’il y a une quarantaine de titres sur la bande originale du film…

A : La bande originale ?

W.O : Oh yeah ! Le DVD sort en décembre avec un tas de bonus et la bande originale suivra en début d’année. Et ce sera un double album…

A : Il y a beaucoup de moments cultes dans votre film, depuis la scène où Lemmy se fait offrir le coffret des Beatles en Mono par la patronne d’un magasin de disques jusqu’à celle où Lemmy tire au canon avec un tank pendant son temps libre ! Et puis il y a ce moment où il confesse devant son fils que ce dernier est la chose la plus précieuse qu’il possède au monde… Qu’est-ce qui se passe dans votre tête au moment où vous vivez cet instant très intime ?

G.O : C’était incroyable. On filmait Lemmy sur son canapé, j’essayais de le cadrer sans avoir son fils Paul à l’image et il nous a prit par surprise, y compris son fils ! On pensait qu’il allait nous parler d’une épée nazie ou d’une récompense lorsqu’on lui a demandé quel était son bien le plus précieux dans la pièce et boum ! En tous cas, cela montre bien qu’il est plus que l’image qu’il renvoie, c’est un mec sensible qui aime son fils tendrement.

W.O : C’était génial pour nous, je n’arrivais pas à croire qu’il avait accepté de s’ouvrir autant, de partager un moment pareil avec nous. Cela a ajouté beaucoup de cœur au film. Paul aussi a réussi à dire des choses qu’il n’avait jamais dites à son père en passant par nous… Quand Lemmy a vu le film pour la première fois, on voyait bien qu’il était à la fois gêné et très touché et je pense que notre film a aidé à rapprocher le père et le fils un peu plus et j’en suis très fier.

A : Le plus drôle c’est que cinq minutes après avoir fait cette déclaration à son fils, il lui raconte que sa mère ne l’intéressait que pour le sexe, et que s’il s’appelle Paul c’est parce qu’elle voulait coucher avec Paul McCartney ! Le pauvre est bon pour aller chez le psy après ça !

W.O : (rires) Tu m’étonnes ! Mais Lemmy est comme ça…

A : D’ailleurs, quand on y pense, Lemmy n’est pas particulièrement un bon exemple à suivre… Il boit beaucoup, il fume deux paquets de cigarettes par jour, il collectionne les femmes, il se drogue, il suspend des drapeaux nazis dans son salon… Comment arrive-t-il à être aussi cool même lorsqu’il traîne avec des paramilitaires qui gardent un tank dans leur garage ?

G.O : C’est parce que Lemmy a l’air cool qu’il soit revêtu d’un uniforme nazi ou qu’il porte une combinaison de surf ! C’est le Marlboro Man ! Ça ne s’explique pas… Et les gens le respectent pour cette liberté qu’il représente, il a toujours fait ce qu’il voulait sans se préoccuper de savoir si cela choquait ou pas. C’est ça, être cool !

W.O : Et puis Lemmy n’a rien d’un nazi, il aime juste leur look, ce qui en dit long sur sa capacité à se moquer du regard des autres.

G.O : De plus, Lemmy est un mec qui a voulu vivre son rêve jusqu’au bout. Il faut des couilles pour décider de faire en sorte qu’un rêve devienne une réalité et il l’a fait ! Cela aussi fait partie des choses qui le rendent incroyablement cool…

A : A la fin du film, on découvre un Lemmy fatigué, à la voix éteinte, et pour la première fois il semble vieux…

G.O : Oui, mais c’est un piège… Nous voulions le montrer à la fin d’une tournée, montrer à quel point ce qu’il fait est épuisant et malgré tout, lorsqu’il monte sur scène, il est toujours aussi féroce. C’est déjà fatiguant d’enchaîner une semaine de concerts alors imagine un mec qui fait cela depuis trente cinq ans ?

W.O : Nous l’avons revu quelques semaines plus tard, il s’était reposé, il avait maigri, et il était redevenu ce bon vieux Lemmy ! Increvable ce mec…
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