Interview Sabaton - Hellfest 2014

Par Manu Le Barbu | le 08/12/2014 | Les autres articles sur le Métal

Alors que Sabaton revient nous voir à Paris mercredi 14 janvier, revenons sur la vie du groupe avec cette interview de Joakim Brodén de Sabaton réalisée juste avant le concert du Hellfest en juin dernier. Une bonne occasion de constater que le monsieur n'est pas un amateur et qu'il connait aussi bien le Metal que l'Histoire, thématique récurrente des paroles des chansons du groupe...
Interview Sabaton - Hellfest 2014 Joakim : Désolé d'arriver si tard (ndlr : Sabaton est arrivé à Clisson avec plus de 5 heures de retard), nous avons été retardé près de Paris et sur l'autoroute...

Actumusic : Pas de soucis, l'important, c'est de se voir. Attaquons direct et parlons de Heroes... Après l'histoire de la Suède, vous vous intéressez aux Heros de la Seconde Guerre Mondiale. Comment vous est venue cette idée ?

Joakim : En fait, c'est une idée assez ancienne, qui doit dater de 2009, quand on travaillait sur Coat of Arms (ndlr : album dédié à la Seconde Guerre Mondiale). Nous avons écrit une chanson sur un sniper finlandias appelé Simo Häyhä (White Death). Nous avons beaucoup aimé écrire cette chanson. Je pense qu'il y a plus d'émotion quand on personnalise une chanson en parlant d'un individu précis, ou d'un petit groupe, de sa vie et de ses exploits plutot que quand on parle d'une situation en général sans rien de concret. Il faut que les gens qui écoutent une chanson puisse imaginer ce qui s'est passé. C'est plus facile d'imaginer une situation, de comprendre une action, quand on la décrit en se focalisant sur quelqu'un de précis. C'est un peu ce que l'on a fait avec l'album Carolus Rex, qui se focalise aussi sur des individus, même si ce sont principalement des gens connus. Pour la petite histoire, on a imaginé Heroes avant de faire Carolus Rex.

Actumusic : d'après ce que j'ai lu, les fans ont suggéré des heros. Combien de suggestions avez vous reçu et comment avez vous choisi ?

Joakim : on a reçu beaucoup de suggestions des fans. Le choix a été très très dur. On a sélectionné les plus intéressants et puis, en fait, on a laissé la musique décider. Disons qu'on s'est retrouvé dans les situation où tu as 10 chansons avec une mélodie et 30 ou 40 héros, tu cherches quelles histoires, quel destin d'un héros fonctionne avec une de tes mélodies. Tu testes énormément de combinaisons, d'idées... Et après de longues réflexions, tu avances sur les paroles pour chaque couple mélodie/héros... Ce processus a demandé beaucoup de temps et d'énergie mais c'était vraiment intéressant. Au final 40% ou 50% des chansons de l'album sont inspirées par les fans.

Actumusic : avez vous essayé d'équilibrer les héros entre les différentes nationalités ?

Joakim : au début, on a essayé mais c'était impossible. On a plus cherché à associer des bonnes mélodies et des belles histoires qui fonctionnaient ensemble pour faire de bonnes chansons qui correspondent aux émotions que nous voulons faire passer. Et au final, le seul pays qui a 2 héros sur l'album, c'est l'Allemagne. Ca a l'air un peu hallucinant et même si il y avait aussi des bons gars en Allemagne, ce n'est pas vraiment ce qu'on attend d'un album qui traite de la seconde guerre mondiale et qui s'appelle « Heroes ». Mais c'est ainsi. Un choix basé aussi sur le feeling et l'émotion.

Actumusic : si je ne m'abuse, pas de héros suédois...

Joakim : Non, non, c'est exact. C'est difficile à trouver. Quelques suédois ont aidé les finlandais au début de la guerre... Il y a aussi Raoul Wallenberg qui a joué un rôle important dans le sauvetage de milliers de juifs, notamment en Hongrie, à Budapest, notamment en leur donnant des passeports suédois. Mais il n'a jamais participé à une bataille. De même, on a pensé à Oskar Schindler, mais il n'a pas non plus participé à des batailles. Donc, on a décidé de se limiter aux militaires, aux héros qui ont combattu ou au moins participé à des batailles, comme cet australien qui était médecin et n'a pas combattu mais a été présent sur des théâtres d'opérations militaires.

Actumusic : Dans Carolus Rex, il y avait une reprise (d'Amon Amarth), dans l'édition classique de Heroes, il n'y en a pas. Pourquoi ?

Joakim : si, il y a des reprises, mais seulement dans les éditions spéciales. Nous avons fait une reprise de For Whom the Bell Tolls de Metallica, Out of control by Battle Beast...

Actumusic : vous avez fait une cover de Battle Beast ? Etonnant, car le groupe est peu connu...

Joakim : On se moque de savoir si un groupe est connu ou pas. Quand on aime une chanson et qu'on a envie de faire une reprise, on le fait. Donc tu as une reprise de Metallica et après tu as une reprise de Battle Beast. Mais si la musique est bonne, on s'en moque ! Ce n'est pas très commun, je te le concède, mais au lieu de faire des reprises de vieux titres, on peut aussi s'intéresser à ce qui se fait de bien en ce moment. Dans le cas de For Whom the Bell Tolls, nous avons aussi fait cette reprise car il y a un aspect militaire.

Actumusic : espérons que ça aide Battle Beast à se faire connaître. Tu as aussi beaucoup aidé Van Canto en participant à leur reprise de Primo Victoria.

Joakim : oui, si on peut aider des groupes sympas et qui font quelque chose que l'on aime, c'est tant mieux !

Actumusic : comment intégrez vous les titres de Heroes dans votre set list ?

Joakim : on a intégré To Hell and Back et aussi Soldier of 3 Armies ou Resist and Bite. Far from the Fame également. On a pas encore décidé quels titres allaient intégrer définitivement la set list de la tournée. On évalue les réactions de fans. On fait des tests avec les différents titres. Pour l'instant, on a une set list pour les festivals et ensuite, on va définir la set list de la tournée. On fait aussi des modifications en fonction du pays où on joue. Les fans aiment bien entendre des chansons liées à leur pays, leur histoire, donc on s'adapte.

Actumusic : il semble que vos fans aiment entendre des chansons en suédois, même hors de Suède... Par contre, pas de chanson en suédois sur Heroes.

Joakim : Oui ! Nos fans aiment les chansons en suédois. C'est parfois étrange, mais ça nous fait plaisir. Sur le dernier album, pas de titre composé en suédois. En fait, on a décidé de ne chanter en suédois que quand la chanson a un lien avec la Suède. Or comme on le disait tout à l'heure, il n'y a pas de chanson parlant d'un héros suédois sur Heroes. Cela serait bizarre de chanter une chanson sur la guerre entre l'Allemagne nazie et la Russie soviétique en suédois. Il n'y a vraiment pas de logique derrière ça.

Actumusic : vous revenez en France en novembre...

Joakim : Oui, on revient avec Tyr et Korpiklaani. Ca nous garantit des bonnes soirées (ndlr : plus exactement, Joakim parlait de "party" avec un grand sourire, ça va être festif !) ! Ces groupes sont très éloignés de notre style mais c'est ça qui est enrichissant. On va dire que Korpiklaani fait le pont entre Sabaton et Tyr... Pour l'instant, on a un bon accueil des fans. Pour Eluveitie, les réactions avaient été mitigées mais pour cette nouvelle tournée, les réactions sont très positives.

Actumusic : quand aura lieu la prochaine "Sabaton Cruise" ?

Joakim : probablement en novembre. Cela sera encore entre Stockholm et la Finlande pendant 24 heures.

Actumusic : une question que l'on pose à tous les musiciens suédois : comment expliques tu le succès des groupes de votre pays ?

Joakim : je ne sais pas... Je ne vois pas de raison majeure qui explique ce succès. Par contre, j'en vois plein de petites. D'abord, notre musique a des racines fortes et une identité suédoise. Quand j'entends un groupe, de Metal notamment, je peux te dire "ces mecs sont suédois". Il y a une identité, un label suédois avec une homogéniété ou quelque chose qui fait le lien entre les groupes quelque soit le style. D'ailleurs, ce n'est pas que pour le Metal. Si un suédois écrit une chanson pour Britney Spears, je peux te le dire ! Il y a des mélodies que l'on reconnait. Ca vient de notre folk music. Abba, c'est pareil. Ensuite, dans une logique plus économique, il y a le fait qu'en tant que jeune musicien, le gouvernement te sponsorise. Tu peux aller à un cours de musique une fois par semaine gratuitement. Tu peux aussi pendant la première année emprunter une guitare gratuitement. Ok, au bout d'un an, soit tu la rends, soit tu l'achètes mais c'est quand même un bon début. Et si l'achètes, c'est à un prix très bas. Pareil, pour les studios de répétition, tu as des salles financiées par l'Etat auxquelles tu as accès pour des prix très très bas. Et ces salles sont livrées avec micro, amplis, batterie... Tu amène tes guitares et c'est parti. Et il me semble que tu peux faire 2 répétitions par semaine. Bref, les gouvernement aide vraiment les musiciens. Il est vrai aussi qu'il y a très peu de gens vraiment pauvres en Suède. Les instruments sont bons marchés. Pour 150 €, tu as une guitare acceptable. Et en Suède, la plupart des gens peuvent offrir une guitare de ce type à leur enfant. En synthèse, disons que notre héritage musical et notre situation économique nous permettent d'avoir une bonne place sur la scène Metal internationale.

Actumusic : Hail of Bullets est parfois surnommé le "Sabaton du Death Metal", qu'en penses tu ?

Joakim : c'est plutôt sympa quand ton nom est utilisé pour qualifier autre chose. Ca veut dire que tu es identifé fortement à un concept, une idée, un sujet et qu'on utilise ton nom pour faire passer cette idée. Hail of Bullets, je ne les connais pas bien. J'ai juste entendu un ou deux titres. Les lyrics ont l'air d'être dans un style que je pourrais aimer mais musicalement, c'est trop dur pour moi ! Il y a déjà assez de groupes qui parlent de tuer le dragon, sauter le princesse et boire de la bière, donc c'est cool que ce type de groupe se développe. Du Death Metal et le thème de la Seconde Guerre Mondiale, ça me paraît un couple parfait... ça donne dans le "brutal warfare" (sic).

Actumusic : que penses tu du Hellfest ?

Joakim : on vient d'arriver, donc difficle à dire pour cette édition. On est venu il y a quelques années et on avait aimé. Et tous les ans, on voit la liste des groupes sur les affiches dans les magazines et on se dit : "il faut qu'on y soit !". Donc c'est cool, on y a est mais pas pour longtemps... Dès demain, on part pour la Norvège, au Tons of Rock. Et ce qui est génial, c'est que le festival se passe à Fredrikshald, là où Charles XII de Suède (ndlr : le fameux Carolus Rex de l'avant dernier album de Sabaton) est mort. Le lieu du festival est très proche de la citadelle qu'il assiégeait et du lieu de sa mort. Bref, un super endroit pour un concert de Sabaton !

Actumusic : Merci Joakim et bon show !

Joakim : merci à vous et bon concert !


Photo
Sabaton - Sonisphere France 2013
© P.Cremin - www.blackstage-photography.com

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