Interview Munky (Korn) - 14/06/10

Par Scred | le 12/07/2010 | Les autres articles sur le Métal

Munky Talks
Actumusic : Cela fait trois ans que votre dernier album « Untitled » est sorti, c’est l’un des plus grand laps de temps entre deux albums de votre carrière, qu’est-ce qui vous a pris autant de temps ?
Interview Munky (Korn) - 14/06/10 Munky : Nous avons eu un rythme de travail tellement intense pendant toutes ces années, je crois que le groupe avait besoin de faire une pause…


A : Des vacances en fait !


M : Exactement ! De plus, Jonathan (Davis, ndlr) était très impliqué dans sa tournée solo donc nous en avons profité pour rester un peu à la maison… De mon côté, j’ai pu enregistrer un album solo également.


A : Avec ton groupe « Fear and the nervous system » si j’ai bonne mémoire… Comment cela va-t-il sonner ?


M : Voyons… Disons que ce sera un son rock gothic industriel ! Très sombre en tous cas…


A : Cela semble difficile à définir !


M : C’est le problème lorsque l’on essaye de placer la musique dans certaines catégories. En plus,comme c’est mon projet, je n’ai pas vraiment le recul nécessaire pour trouver une définition précise du son de « Fear and the nervous system ». Disons que ce sera un disque de rock gothique avec une ambiance New Wave !


A : C’est amusant que tu parles de cette histoire de catégories car aux débuts de Korn, les journalistes avaient beaucoup de mal à mettre un nom sur votre musique, cela a fini par donner des trucs comme « emocore » ou « nu metal »…


M : Oui, ça craignait un peu d’ailleurs !


A : As-tu été surpris par cette difficulté à définir votre musique ?


M : Au départ, je trouvais cela assez flatteur et puis cela a fini par devenir frustrant. J’ai toujours considéré Korn comme un groupe de métal, un point c’est tout ! Quoi qu’on en dise, cela reste du métal pour moi…


A : Votre nouvel album qui sort le mois prochain se nomme « Korn III : Remember who you are »… A quoi correspond le « 3 » dans le titre ?


M : C’est très simple, c’est le troisième album que nous faisons avec Ross (Robinson, ndlr) à la production. Nous avons été séparé pendant si longtemps, c’était une manière de marquer le coup. Quant au titre « Remember who you are », il vient du fait que Ross nous a rappelé qui nous étions vraiment pendant le processus d’enregistrement de l’album, pourquoi nous faisions ce que nous faisions. Nous voulons envoyer un message d’espoir, essayer d’aider les gens qui traversent des périodes difficiles avec notre musique parce que c’est ce que la musique a fait pour nous. Jonathan et moi en parlions récemment, c’est assez effrayant de penser à ce que nous serions aujourd’hui si il n’y avait pas eu notre groupe, en prison, à l’hôpital ou peut être même morts !


A : C’est un sentiment partagé par beaucoup de vos fans qui disent la même chose à propos de l’influence de votre musique sur leur vie…


M : Oui… J’ai rencontré tellement de gens qui m’ont remercié pour ce que Korn a fait pour eux durant des périodes difficiles, j’en suis très flatté et fier car je pense que ces gens ont vraiment compris le message de nos chansons. C’est très gratifiant pour nous, cela prouve que ce que l’on fait a de l’importance, que cela sert à quelque chose. Si nous avons pu aider ne serait-ce qu’une seule personne par notre musique, cela signifie que nous faisons vraiment ce que nous devons faire. On en avait pas vraiment conscience avant, c’est Ross qui nous a montré la voie…


A : Qui a eu l’idée de rappeler Ross Robinson ?


M : En fait, nous sommes de bons amis depuis de nombreuses années et nous avions commencé à en parler comme ça, entre potes, en prenant des nouvelles… Et puis un jour, il m’a demandé le numéro de téléphone de Jonathan. Quelques heures plus tard, Jon me rappelait et là je me suis dit : « Merde ! Ross a dû lui prendre la tête et il m’appelle pour m’engueuler ! » alors qu’en fait il était tout excité ! Il avait parlé à Ross pendant deux heures et m’a demandé directement si ça me brancherait qu’il produise notre prochain album ! J’ai répondu « Fuck Yeah ! » sans hésitation ! C’était comme des retrouvailles avec un vieil ami, la flamme s’est rallumée immédiatement ! On en a parlé à notre management et comme nous n’avions plus de label à ce moment là, nous avons commencé à travailler sans pression, sur notre propre argent, en prenant notre temps. On l’a fait à l’ancienne, tous ensemble dans la même pièce, sans Pro Tools, sans Quicktracks, juste un magnétophone qui enregistrait nos répétitions et les morceaux qui prenaient forme naturellement.


A : Il semblerait que Ross ait mis beaucoup de pression sur votre nouveau batteur Ray (Luzier, ndlr)…


M : (rires) Ouais… Il lui a fait la misère ! Cela vient du fait que les membres originaux de Korn viennent de Bakersfield, tout comme Ross qui est né dans une petite ville juste à côté de Bakersfield. On a tous grandi dans cette ambiance de ville morte, pleins de frustration et de colère, et c’est quelque chose que Ross voulait faire comprendre à Ray, le lui faire partager. Pour devenir vraiment le nouveau batteur de Korn, Ray ne devait pas seulement jouer nos morceaux, il devait comprendre comment le groupe s’était formé, sur quelle base et pourquoi on en était là aujourd’hui. Ross a beaucoup chahuté Ray, il lui demandait chaque jour « pourquoi est-tu là ? », il le bombardait avec ses baguettes, etc. Tout ça pour arriver à faire sortir la vérité de lui, une vraie colère, afin qu’il comprenne bien l’essence d’un groupe comme Korn.


A : Donc aujourd’hui, Ray Luzier est un membre à part entière de Korn, pas juste un simple batteur provisoire ?


M : Absolument.


A : Tu t’es chargé de toutes les parties guitare du nouvel album, comme tu l’avais fait sur « See you on the other side » et « Untitled ». Cela ne te manque-t-il pas de travailler avec un autre guitariste comme tu le faisais avec Head ?


M : Sur « See you on the other side », j’ai un peu flippé, j’avais l’impression que cela allait être énormément de travail mais au final, comme j’adore être en studio, tout s’est bien passé. Et puis travailler avec Ross m’apporte beaucoup, comme il est également guitariste, c’est un peu comme si il y avait effectivement un deuxième guitariste avec moi sur « Remember who you are » ! Il fait vraiment partie du groupe, il s’implique autant que les autres membres, il est très présent, il m’apporte des idées de rythmiques, de mélodies, il y a une telle complicité que je me demande comment j’ai pu faire les deux albums précédents sans lui ! C’est bien de l’avoir avec nous car j’ai une confiance totale en lui, j’accorde beaucoup d’importance à ses opinions et j’ai un profond respect pour le mec, en tant que musicien mais aussi d’un point de vue personnel.


A : En fait, je te posais cette question parce que le guitariste Shane Gibson t’accompagne toujours pendant les tournées de Korn pour jouer les anciens morceaux qui nécessitent deux guitares… Avez-vous considéré à un moment qu’il pourrait intégrer officiellement le groupe ?


M : Non. Mais je vois où tu veux en venir… (Silence) Ok, honnêtement ? Personne ne remplacera jamais Brian (« Head » Welch, ndlr). Le jour où il sera prêt à revenir parmi nous, je veux dire VRAIMENT prêt, je lui dirai « bienvenue à bord, voilà ta place, on passe un coup de balai et on est reparti ! ». D’ici là, personne ne prendra cette place, ça n’arrivera pas.


A : Y aura-t-il un autre « Family Values Tour » ou bien en avez-vous fini avec ça ?


M : En fait, on pensait rassembler tous les participants originaux de cette tournée, Ice Cube, Rammstein, Limp Bizkit, Orgy et nous mêmes, et appeler la nouvelle tournée « Family Reunion Tour»…


A : Ce serait génial !


M : Oui, mais pour l’instant nous n’en sommes qu’au stade des discussions… Mais bon, au moins on en discute ! L’histoire n’est pas enterrée donc peut-être que dans un futur proche, cela se fera. Ce serait d’ailleurs un moment idéal pour Brian de s’embarquer à nouveau avec nous dans l’aventure, si il le veut…


A : Ce serait sympa de venir faire un tour en Europe à cette occasion…


M : Ah oui ! Je sais qu’il y a beaucoup de gens qui attendent notre venue mais c’est vraiment une histoire de logistique, de coûts… En même temps, je comprends parfaitement que lorsque l’on a envie de voir un groupe en live, on en a rien à foutre de ce que ça coûte de le faire venir ! C’est normal. Mais de notre côté, nous devons tenir compte de tout ça… Si on vient faire un concert et que finalement cela ne nous ramène que des dettes, ce n’est pas un bon business et on ne peut pas se le permettre…


A : De toutes façons, nous vous verrons en septembre prochain à Bercy en première partie d’Ozzy Osbourne. Quel genre de concert ce sera, combien de temps jouerez-vous, combien de titres ?


M : Ce sera un vrai concert d’une heure, pas une première partie vite expédiée… Je pense que nous pourrons caser entre douze et quinze chansons pendant le set.


A : Vous pourriez remplir Bercy à vous tout seul, vous y avez pensé ?


M : Peut-être pas, les temps changent… On y réfléchira suivant l’accueil du nouvel album, l’été prochain.


A : En tous cas, cet album va plaire aux fans je pense. Il y a beaucoup d’attentes de leur part…


M : Nous avons fait de notre mieux. C’est ce que nous nous sommes dit avec Ross à la fin de l’enregistrement, nous avons fait un album qui nous plait. Si ce n’était pas le cas, nous serions encore en train de travailler dessus, tu peux me croire ! Mais là, nous avions tous le sourire en écoutant le mix final et le sentiment d’avoir accompli quelque chose. C’est le plus important !


A : En effet… Merci beaucoup Munky, et à très bientôt en France !


M : Merci à toi. Je compte bien profiter de mon séjour à Paris pour écumer les musées, me cultiver un peu et surtout boire du bon vin et manger du fromage !
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