Interview Mikkey Dee - 29/11/10

Par Scred | le 09/12/2010 | Les autres articles sur le Métal

Le Noël de Mikkey
Il fait sacrément froid lorsque je débarque dans les locaux d’EMI en vue d’interviewer Mikkey Dee, le « meilleur batteur du monde » dixit Lemmy, venu à Paris pour nous apporter la bonne parole, à savoir que « le monde nous appartient » (« The World is yours », titre du nouvel album de Motörhead). Tellement froid que l’on ressent le besoin de se serrer les uns les autres entre journalistes présents, d’autant plus que Mikkey se fait attendre…
Interview Mikkey Dee - 29/11/10 Pas grave, on a toujours des trucs à se raconter entre journaleux passionnés de musique bruyante, surtout lorsque miss Maggy May (les Acteurs de l’Ombre/Vacarm.net), Alan (Ondes de rock) et Alex K. (Guiness Rock Mag, l’opus rock de la Guiness Tavern) sont de la partie… C’est d’ailleurs Alex qui lance le premier débat, avec une phrase du genre « ça sert à quoi d’être fan de Korn en 2010 » ? Maggy, fan historique du groupe de Bakersfield, regrette amèrement le passé alors que je prends la défense de la bande de Jon Davis pour finir par embrayer sur mon sujet favori, l’injuste disparition des radars de Def Leppard, ce qui fait bien marrer l’assistance y compris Olivier Garnier, l’équivalant français de l’Agence Tous Risques des attachés de presse !
Et voilà enfin Mikkey qui, aux dernières nouvelles, se tapait un McDo afin de tenir le coup face au déluge de questions que nous nous apprêtons à déverser sur lui… On s’entasse dans la petite salle de presse d’EMI et c’est parti !

Mikkey commence par nous parler de la genèse de l’album, un album que le groupe « ne voulait pas vraiment faire au départ. » Il explique que « nous ne nous sentions pas prêts. Et puis notre manager nous a convaincu de commencer à nous y mettre, juste pour voir que ce qui se passerait. On s’est donc rendus à Los Angeles à l’exception de Phil (Campbell) qui a dû rester chez lui pour s’occuper de son père qui était sur le point de mourir. Et là, le truc est sorti tout seul ! Une semaine de plus et l’album était là, cela a été le disque le plus facile à écrire depuis que j’ai rejoint Motörhead ! C’est étonnant car on n’était pas du tout dans cet état d’esprit, on se disait qu’on allait composer un album de merde et finalement, on est très contents du résultat. Il est dans la continuité des trois autres disques enregistrés avec Cameron Webb, peut-être un peu plus rock n’ roll, retour aux sources. »

Il ajoute immédiatement que pour lui, « c’est déjà un vieil album puisque nous avons fini l’enregistrement en mai dernier ! S’il ne sort que maintenant, c’est à cause de problèmes liés à la maison de disques… Depuis nous sommes déjà repartis en tournée et nous avons fait le tour du monde au moins une fois ! Il y a des groupes qui mettent trois ans pour faire un album, puis ils font un break, la tournée est programmée l’année suivante, ce n’est pas notre cas ! On n’arrête jamais ! A peine une série de concert terminée, on rentre en studio pour enregistrer un album et on retourne sur la route presque immédiatement alors le temps n’a pas la même signification… »

Profitant d’un moment de silence, je me lance avec une question autour de Cameron Webb, le jeune producteur qui s’occupe d’eux depuis « Inferno », comment décrirait-il la relation du groupe avec lui ? « C’est notre manager qui nous l’a présenté. Je l’ai trouvé un peu jeune à l’époque (il l’est toujours d’ailleurs) mais il avait de bonnes idées. Cependant, ils en ont tous pas vrai ? Surtout les américains. Ils savent tous comment changer Motörhead… Au suivant ! (rires) Mais bon, j’ai dit à Lemmy que l’on pourrait lui donner une chance. Et j’ai prévenu Cameron, je lui ai dit qu’il y avait une seule règle à respecter pour y arriver avec nous, c’est de ne pas se laisser intimider. Lemmy allait le traiter de tous les noms, j’allais lui balancer des baguettes dans la figure et Phil allait le menacer avec sa guitare (rires), mais jamais tu ne dois changer ton état d’esprit, tu dois imposer tes idées. Si ce que tu entends est de la merde, il faut nous le dire ! Et il l’a fait ce petit con ! Il n’a jamais eu peur de nous, il s’est donné beaucoup de mal et le résultat était flagrant. Sur « Kiss of Death », c’était encore meilleur et ainsi de suite… Du coup, c’est aussi lui qui s’occupe de nos lives maintenant ! »

A propos de live, l’année 2011 sera également fertile en rebondissements puisque Mikkey nous annonce la sortie d’un DVD anniversaire (« Trente-six ans de carrière, c’est mieux que trente-cinq » !) ainsi que d’un coffret rempli de surprises qui viendra prendre la relève du « Stone Deaf Forever !» paru en 2002, soit il y a presque dix ans ! C’est le moment que choisit Maggy pour demander s’il y a quelque chose de prévu pour l’anniversaire des 65 ans de Lemmy… « On le balance dans le fleuve » plaisante Mikkey ! « Plus sérieusement, on ne pense pas aux chiffres… On m’en parle tout le temps pourtant, les 35 ans du groupe, le 20ème album, le 10ème depuis que j’en fait partie,etc. Je n’y pense pas, mais je comprends que les autres y pensent parce que moi-même j’y fais attention mais pour les autres groupes ! »

A la question sur la santé de Lemmy et l’avenir du groupe, Mikkey se veut rassurant… « Lemmy va aussi bien sinon mieux que d’habitude. Tant que les gens viennent au concert, achètent les albums et que nous avons encore l’envie de monter sur scène et que la santé va bien, nous ne nous arrêteront pas. » Ouf, on respire… Par contre, il charrie copieusement le pauvre journaliste qui lui suggère que la version acoustique de « Ace of Spades » qui figure dans une publicité pour une célèbre bière hollandaise pourrait donner naissance à une série de versions «unplugged » des grands titres de Motörhead. « Motörhead unplugged ? Pourquoi pas Motörhead « undrugged » ! On le faisait un peu avec « Whorehouse Blues » sur la précédente tournée mais c’est fini ça, c’est du passé, ça commençait à nous gonfler. En revanche, nous allons jouer le début de cette version d’ «Ace of Spades» sur scène puis enchaîner sur l’originale, ça changera un peu. »

Le même journaliste s’en prend d’ailleurs une autre derrière la tête lorsqu’il demande si les concerts dans de petites salles, plus proches du public, manquent à Mikkey. « Pas du tout ! Dans une petite salle, il fait 60°C sur scène, on ne peut pas caser notre équipement, le son explose et au final, on ne donne pas un bon concert… Cela devient de plus en plus dur aujourd’hui de trimballer notre matériel, c’est très cher. Un jour, j’ai demandé à Lemmy pourquoi nous ne louerions pas les amplis sur place comme tous les autres groupes histoire d’alléger un peu la note et il m’a répondu : « si on n’a pas notre matériel, si on ne sonne pas comme Motörhead doit sonner, à quoi bon y aller ? » Et il avait raison, on ne peut pas faire de compromis avec notre musique, notre son. »

Pas de compromis, voilà le Motörhead que l’on aime, sans langue de bois mais avec une langue de fer, bien pendue entre deux défenses de sanglier en acier trempé ! Vous savez ce qu’il vous reste à faire désormais, vous ruer sur le film « Lemmy » et l’album « The Wörld is yours » et attendre patiemment que le groupe le plus bruyant du monde vienne faire un tour à côté de chez vous histoire de vous prendre une bonne dose de décibels en fusion entre les oreilles… Je vous retrouve là-bas, vous me reconnaîtrez facilement, le mec avec un T-Shirt Motörhead !

Up the Motörheadbangers !
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