Interview Mikael Akerfeldt (Opeth) - Hellfest 19/06/11

Par Scred | le 07/09/2011 | Les autres articles sur le Métal

Dire que le désordre règne dans les coulisses du Hellfest en ce dernier jour de festival est peut être légèrement exagéré, il n’en reste pas moins que la tension (et la fatigue) se lisent assez clairement sur le visage de mon attachée de presse favorite lorsque je la croise quelques minutes avant l’heure qui m’avait été fixée pour rencontrer le leader d’Opeth, Mikael Akerfeldt… Le groupe est en retard, tout le monde est en retard et dans un flash, je revois le lapin blanc d’Alice au pays des merveilles pris dans les phares d’un tour bus en folie !
Interview Mikael Akerfeldt (Opeth) - Hellfest 19/06/11 Puisque c’est comme ça, direction les loges au lieu du traditionnel point presse, nous allons cuisiner les lascars à domicile, ce qui n’est pas pour me déplaire car je n’avais pas encore mis les pieds dans ce sanctuaire où peu de plumitifs dans mon genre sont admis, tranquillité des artistes oblige… Le bonhomme m’attend, une banane à la main et sur le visage, s’empresse de me proposer un café (pas du luxe vu l’état d’épuisement qui commence à me gagner) et s’installe pour écouter mes questions comme si j’étais le premier de la journée à venir le cuisiner. Pas de temps à perdre car ce dernier nous est compté, je branche le magnéto…

Actumusic : Vous étiez déjà venus jouer au Hellfest en 2008, qu’est-ce qui rend ce festival différent des autres ?

Mikael Akerfeldt : Il ressemble aux autres festivals pour être honnête, ce qui est une bonne chose car il est assez jeune ! La première fois que nous y sommes passés, c’était un petit festival et nous l’avons vu grandir… Aujourd’hui, c’est un événement comparable à Wacken et c’est un beau résultat.

A : Votre nouvel album s’appelle « Heritage », à quel héritage faites vous référence ?

M.A : Il s’agissait en fait de revenir aux musiques que nous écoutions plus jeunes, mais également des choses assez anciennes que nous avons redécouvert récemment. Et puis cela a également à voir avec ce que nous avons hérité de la culture musicale suédoise, notamment des éléments folk que l’on peut entendre sur certaines chansons. Le son de ce disque est plus proche de la terre, des racines. De plus, je ne crois pas pouvoir dire que la scène métal contemporaine m’ait jamais influencé, et surtout pas sur cet album. Il y a un vrai côté… vintage oui, on peut dire ça ! C’était donc le titre parfait pour ce genre de musique.

A : Le son d’ « Heritage » est très apaisé en comparaison de vos anciens albums en effet, et certainement le plus progressif de votre carrière…

M.A : Oui, c’est un peu le tournant de notre carrière (rires) (« Watershed » en anglais, qui était aussi le titre du précédent album d’Opeth, petite private joke).

A : Quel regard posez-vous sur l ‘évolution du son d’Opeth ?

M.A : Je ne sais pas trop… Notre premier album était le résultat du travail d’une bande de teenagers qui se découvraient en jouant ensemble, c’était du pur plaisir. Mais même pendant cette période, j’écoutais déjà la plupart des musiques qui ont influencé « Heritage », c’est comme si cet album était en préparation depuis mes dix neuf ans…

A : Et pourtant, il y a un monde entre le son des premiers albums d’Opeth et celui-ci…

M.A : C’est vrai ! Mais à l’époque, j’étais un jeune « metalhead » et nous avions une carrière potentielle qui s’ouvrait devant nous dans l’univers du métal extrême et donc nous nous sommes focalisés là-dessus pendant de nombreuses années. Mais l’envie de jouer un rock plus progressif a grandi en moi pendant tout ce temps également et j’ai eu de plus en plus le sentiment que mon attrait pour le métal contemporain était de moins en moins présent avec l’âge… En réalité, le genre de musique présent sur « Heritage » reflète la musique que j’écoute tous les jours désormais. Je ne dirais pas que cet album est un hommage au rock progressif cependant ou à tel groupe en particulier, car nous y avons mis beaucoup de choses tirées de notre expérience dans le métal extrême. Quand je l’écoute, honnêtement, je ne peux pas dire qu’il m’évoque tel ou tel autre groupe, c’est un son vraiment original, c’est l’héritage d’Opeth.

A : C’est réellement une nouvelle expérience pour l’auditeur, et à ce propos, craignez-vous la réaction de certains de vos fans qui s’attendraient à un son plus agressif ?

M.A : Pas vraiment, car l’aspect Death Metal de notre musique a commencé à évoluer depuis quelques années déjà, sur de nombreuses chansons présentes sur nos derniers albums…

A : Allez-vous jouer quelques extraits de l’album en live ce soir ?

M.A : Non, à cause de Youtube et de ce genre de choses ! (rires) Nous allons attendre la sortie de l’album en septembre et la tournée qui va suivre. Mais nous allons continuer à jouer sur scène des morceaux agressifs car ce genre de musique fait partie de notre histoire, les fans peuvent se rassurer ! Et puis, soyons clairs, si nous avons enregistré un album comme « Heritage », c’est que nous sommes convaincus que c’est le meilleur album que nous puissions faire à ce jour et je pense que le public qui aime notre musique accrochera. Si nous étions restés coincés dans un genre en particulier, le résultat ne nous aurait pas autant satisfait et de la même manière, le public l’aurait ressenti et aurait été déçu…

A : En même temps, peut-être que cela va ouvrir l’esprit de certains et vous amener de nouveaux fans ?

M.A : C’est exactement ce que j’espère ! Mais la chose la plus importante est que c’est vraiment le genre de musique que nous avons envie de faire aujourd’hui, c’est comme cela que nous voulons sonner, c’est comme cela que nous sommes heureux.

A : En parlant de fans, vous avez offert à votre public un très beau cadeau l’an dernier avec le live « Evolution XX », enregistré au Royal Albert Hall, qui comprenait une chanson de chacun de vos albums par ordre chronologique en plus de l’intégralité de l’album « Blackwater Park ». Comment avez-vous choisi ces titres ?

M.A : C’était à la fois difficile et facile ! Difficile car notre discographie est assez fournie et facile car nous y avons été à l’instinct, en prenant les titres que nous aimions particulièrement jouer sur scène ainsi que d’autres que nous savions que le public attendait comme « The Moor » par exemple… Et puis il y avait une part de symbole, « Forest of October » par exemple est la première chanson que nous avons écrite à l’époque, il était donc normal qu’elle ouvre le concert. Pour « Blackwater Park », c’est autre chose… C’est grâce à ce disque que nous sommes réellement devenus des professionnels, que nous avons pu partir en tournée, et que nous avons commencé à gagner notre vie grâce à la musique. Pour être honnête, je ne pense pas que ce soit notre meilleur album, mais c’était le bon moment pour nous lorsqu’il est sorti… Cela ne s’explique pas !
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