Interview Matthias Jabs (Scorpions) - 20/03/10

Par Scred | le 04/05/2010 | Les autres articles sur le Hard Rock

Toujours jeunes
Comment sait-on qu’un hôtel de luxe abrite pour quelques jours un groupe de hard rock de renommée mondiale ? En regardant la population qui gravite autour du bar bien sûr !
Interview Matthias Jabs (Scorpions) - 20/03/10 Du cuir, des bottes de motard et des cheveux au vent, soit une partie du gratin de la critique rock parisienne qui s’était réunie en ce samedi après-midi pour poser quelques ultimes questions aux légendaires membres de Scorpions

Affluence oblige, me voici invité à partager mon interview du guitariste Matthias Jabs avec le fan-club français des Scorpions, Crasyscorps.com, ce qui tombe très bien puisque ces messieurs ont en tête des questions auxquelles je n’aurai pas forcément pensé ! A vous de profiter des réponses…

Matthias Jabs : Avant de commencer, laissez-moi prendre une bière !

Crazyscorps : Notre première question concerne la France… Nous avons remarqué que lors de vos apparitions à « Taratata », vous parliez très bien français. Quelle est votre relation avec notre pays et comment se fait-il que vous parliez si bien le français ?

M.J : En fait, j’ai appris le français à l’école, pendant plusieurs années et je le parlais assez bien mais « il me manque la pratique » (ndlr : en français dans le texte) Dans nos jeunes années vers 1979, lorsque nous venions en France, le public français ne parlais pas encore très bien anglais, ils n’aimaient pas beaucoup ça je pense… ça a bien changé depuis ! En tous cas, je me retrouvais obligé de parler français et j’adorais ça ! Et même lorsque je viens en vacances ou dans des périodes comme aujourd’hui, mon français revient au galop… Pour tout vous dire, à une époque, je parlais français mieux qu’anglais ! D’ailleurs, le rock business en France s’est beaucoup anglicisé ces derniers temps… Avant, tout le monde me parlait français !

Actumusic : « Sting in the tail » est un très bon album, rempli de futurs classiques sans aucun doute… Pouvez-vous me donner une seule bonne raison d’arrêter votre carrière maintenant ?

M.J : Il faut savoir que lorsque nous enregistrions « Sting in the Tail », nous ne savions pas encore que ce serait notre dernier album, rien sur cet album n’est là pour dire adieu, ni dans les paroles, ni dans la musique ! Lorsque nous avons fini l’enregistrement, nous avons fait écouter l’album aux gens de notre maison de disques en Allemagne, ainsi qu’à notre manager et c’est lui qui nous a dit « les gars, ce serait peut être un bon concept de finir votre longue et belle carrière sur une note de cette qualité. Vous avez un album puissant, et tout le monde est encore en bonne forme pour se lancer dans une tournée mondiale d’envergure ! Ainsi, les gens se souviendront toujours de vous comme des Scorpions qu’ils ont aimé…» Si l’album n’avait pas été aussi bon, cette décision aurait été plus difficile à prendre… Nous voulons tirer notre révérence avec dignité et classe.

A : C’est une belle preuve de maturité !

M.J : En effet ! Personne n’est plus très jeune dans ce groupe mais nous nous sentons encore jeunes ! Et puis il faut profiter de l’excitation que suscite la sortie de notre album qui vient de se classer numéro 1 sur iTunes en Allemagne le jour de sa sortie ! Cette tournée va nous faire faire le tour du monde deux fois et nous ne pensons pas encore à ce qui va se passer après… On a beaucoup d’expériences en tous genres mais pas celle d’arrêter !

CS : Peut-être allez-vous vous concentrer sur votre Guitar Shop ou entamer une carrière solo ?

M.J : Pas de plans pour l’instant ! Je m’efforce de ne pas y penser même si je reconnais que la question est légitime… Cela viendra naturellement au fur et à mesure que la date fatidique de la fin de la tournée approchera, pour moi comme pour les autres et c’est à ce moment là que nous pourrons prendre les bonnes décisions. La seule chose de sûre, c’est que je continuerai à faire de la musique !

A : Sur votre album, on trouve des chansons très rock et d’autres plus intimes comme « Sly », et je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que ces trois lettres formaient les initiales de « Still Loving You »…

M.J : Oui, c’est en fait une histoire vraie qui s’est déroulée ici même en France, en 1985 ou 1986 je ne sais plus… Un jeune couple est venu à l’un de nos concerts accompagné de leur petite fille d’un an à peine, qu’ils avaient baptisée « Sly » d’après « Still Loving You », une chanson qui avait apparemment déclenché un véritable « baby boom » ici à l’époque ! Et nous avons revu cette petite fille qui a aujourd’hui une vingtaine d’années lors de notre dernier concert à l’Olympia, avec ses parents ! Toute l’histoire de la chanson est inventée par contre, mais la fille existe bien.

CS : Cette année nous fêtons les 30 ans de la sortie de l’album « Animal Magnetism », qui est le premier album sur lequel figurent certaines de vos compositions. Que représente cet album pour vous ?

M.J : « Animal Magnetism » est un peu spécial pour moi en effet. Depuis que j’ai rejoint le groupe, le son de Scorpions a beaucoup évolué, cela avait commencé avec « Lovedrive »… Sur « Animal Magnetism » nous avions essayé d’affiner cela, et puis c’est un album que j’associe avec l’Amérique car au moment de l’écriture, nous faisions notre première tournée des USA pour la promotion de l’album « Lovedrive », en première partie d’AC/DC. La chanson « The Zoo » par exemple, parle de la 42ème rue à New-York, de notre découverte de ce pays incroyable, le plus grand marché du monde pour la musique. Et puis nous étions le premier groupe allemand à jouer au Madison Square Garden ! A titre personnel, j’étais le petit nouveau à l’époque et j’ai apprécié ce moment particulièrement car c’était également la première fois pour tous les autres membres du groupe qu’ils se rendaient aux USA, du coup nous partagions cette expérience à égalité… « Animal Magnetism » a vraiment lancé la carrière internationale de Scorpions.


A : « The best is yet to come » est une magnifique chanson de remerciement pour vos fans, pourtant vous venez de nous dire que vous ne saviez pas encore que « Sting in the Tail » serait votre dernier album au moment de l’enregistrer… Alors, destin ?

M.J : En fait, cette chanson existe depuis plusieurs années, elle aurait même dû figurer sur « Unbreakable » mais elle est arrivée trop tard pour que nous puissions l’enregistrer ! Par la suite, nous avons même failli utiliser ce morceau pour intituler l’album qui est devenu « Humanity 01 »… Cela avait un côté ironique pour un groupe vieux de plus de trente ans d’annoncer que le meilleur était encore à venir ! Au final, cette chanson n’a rien à voir avec un adieu ! Cependant, nous l’avons placée exprès à la fin de l’album, pour rester sur une note positive.

A : Vous allez être sur la route pendant près de deux ans et demi… Comment vous êtes-vous préparés pour ce marathon ?

M .J : Comme d’habitude ! Nous sommes tellement habitués à vivre Scorpions 24h/24 que ce n’est pas un problème… Nous avons un planning très serré, ne serait-ce que pour la promotion de l’album, nous faisons des aller-retours tout le temps, il va aussi falloir que je me rende à Francfort pour mon music shop, etc. Mais nous sommes vraiment habitués à cela… et on adore ! Mettez-nous dans un avion, on dort deux ou trois heures et ça repart !

A : C’est vrai que vous avez l’air en pleine forme !

M.J : Merci ! Il faut dire que faire une tournée, c’est un programme de fitness en soi. Être sur scène cinq jours par semaine, bouger partout dans le monde, ça maintient en forme ! Généralement, à la fin de la tournée, on se trouve mieux qu’au démarrage… Seuls les voyages sont un peu fatigants, je l’avoue.

CS : Vous avez composé de nombreuses chansons pour Scorpions, laquelle vous rend le plus fier ?

M.J : Je pense que des morceaux comme « Tease me, please me » ou « Deep and dark » sont très représentatifs de mon style, c’est ce genre de riffs que j’aime et sur lesquels je reviens encore et encore. J’aime aussi beaucoup « Money and fame » sur l’album « Crazy World », avec son côté Led Zeppelin… C’était la première fois que je composais un riff avec un slide et j’ai vraiment eu l’impression d’inventer quelque chose avec ce riff ! Je pourrai dire à mes petits enfants « regardez, grand-père a inventé ça ! ».

A : Y aura-t-il de la place pour des reprises dans votre setlist, comme le « In the Flesh » des Pink Floyd que vous aviez repris lors du concert de Berlin avec Roger Waters?

M.J : Non, je ne pense pas… Tu sais, nous avons un temps limité pour jouer. Nous devons caser les morceaux que le public veut entendre en priorité, une dizaine environ, puis des titres du dernier album, quatre ou cinq… Ce qui nous amène déjà à une quinzaine de chansons, sans compter les quelques version acoustiques. Du coup, il n’y aura pas la place pour autre chose !

CS : Beaucoup de films consacrés à des musiciens ou des groupes voient le jour en ce moment… Aimeriez-vous en voir un sur Scorpions et à qui pensez-vous pour jouer vote rôle ?

M.J : Pour jouer mon rôle ? George Clooney, sans hésiter ! Non, Johnny Depp ce serait mieux, il est musicien lui aussi… Mais à ce sujet, nous avons des centaines d’heures d’archives de film dont nous n’avons encore rien fait par manque de temps, alors un jour peut-être, nous pourrons sortir plusieurs DVD avec tout ça !

Interview réalisée par scRed avec l'équipe du site Crazyscorps.com
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