Interview Martin Mendez (Opeth) - Hellfest 2014

Par Scred | le 01/09/2014 | Les autres articles sur le Métal

Bass Reveries
Les poumons compressés par la chaleur régnant dans les boxes réservés aux journalistes, j’attends Martin Mendez, bassiste d’Opeth, qui est en retard… Les musiciens sont coincés sur la route apparemment. On se croirait à Woodstock ! Vont-ils les faire venir par hélicoptère ? Dire que j’attends cette rencontre avec impatience relève du secret de polichinelle… Trois ans après le sublime « Heritage » qui a démontré, outre le talent de composition de Mikael Akerfeldt, à quel point le groupe se contrefiche de ce que le reste du monde pense d’eux et des étiquettes apposées à Opeth, ils s’apprêtent à sortir « Pale Communion », suite logique ou nouveau changement de cap, nul ne le sait puisque personne n’a pu écouter l’objet ! Je nage donc dans l’inconnu alors qu’un mec pénètre dans mon box, désolé vieux mais j’attends un suédois d’origine uruguayenne à la chevelure digne d’un guerrier viking et… Attends c’est toi ? « J’ai coupé mes cheveux, je sais, ça choque un peu » me dit-il avec un sourire timide. Timide… Mot clé pour comprendre celui qui œuvre dans l’ombre de Mikael Akerfeldt depuis plus de quize ans. On va essayer de décoincer tout ça !
Interview Martin Mendez (Opeth) - Hellfest 2014 Actumusic : Parlons du nouvel album, « Pale Communion », le onzième album studio pour Opeth. Que peux-tu nous dire sur l’écriture, l’enregistrement, la production…

Martin Mendez : Nous l’avons enregistré au Pays de Galles, aux studios Rockfield. Juste pour te situer, c’est un vieux studio datant des années 70 où des groupes comme Queen et Black Sabbath ont enregistré, vraiment très cool. Ils ont réussi à survivre malgré le fait que tant de studios ont fermé leurs portes ces dernières années, c’est l’un des derniers encore opérationnels et c’était important pour nous d’avoir cette atmosphère, cette histoire… Nous avons bouclé l’enregistrement en deux semaines, ce qui est un record pour nous ! Le truc c’est que nous étions bien préparés, nous avions beaucoup répété avant d’entrer en studios…

A : Donc l’écriture des morceaux a eu lieu avant l’enregistrement ?

M.M : Oui, Mikael avait enregistré des démos dans son propre studio, chez lui, et nous avons commencé à travailler dessus environ un mois avant d’entrer en studio. Du coup, dès l’entrée en studio, nous étions prêts, ce qui est un énorme avantage pour un groupe comme Opeth.

A : Dans le documentaire présent sur les bonus de « Ghost Reveries », Mikael se plaignait de n’avoir jamais le temps d’écrire assez avant d’entrer en studio…

M.M : En effet ! Pendant très longtemps, nous terminions l’écriture des morceaux au moment de l’enregistrement, pour plein de raisons, les tournées, la pression autour du groupe… C’est beaucoup mieux maintenant, nous savons où nous voulons aller dès le départ.

A : Pourquoi la sortie de « Pale Communion » a-t-elle été retardée d’ailleurs ?

M.M : L’illustration de la pochette est arrivée en retard pour commencer, et puis nous voulions inclure deux chansons bonus qui finalement n’ont pas pu être prêtes à temps. Nous avons donc choisi deux titres inédits enregistrés en live pour les remplacer. Ce qui est vraiment bête parce que l’album en lui-même a été prêt relativement vite, c’est juste ces petits détails qui ont merdé ! (rires)

A : Beaucoup qualifient « Heritage », votre précédent album, d’album apaisé, tout comme l’a été « Damnation » en son temps… Et cependant, après « Damnation », vous avez sorti l’un des albums les plus agressifs de votre carrière ! Doit-on s’attendre au même scénario avec « Pale Communion » ?

M.M : Non, définitivement pas ! (rires) Mais notre nouvel album ne sonne pas comme « Heritage », c’est un son nouveau pour le groupe, plus complexe, même s’il reste orienté dans la même direction… On ne revient pas à « Watershed », aux vocaux propres au death métal, ce genre de choses.

A : En parlant de cela, durant la tournée « Heritage », vous aviez supprimé tous les morceaux death de votre répertoire et au regard de vos récentes setlists, il semblerait que ces chansons soient de retour… Est-ce un choix du groupe ou bien la pression des fans qui réclamaient ces titres vous a-t-elle influencés ?

M.M : Non, cela vient de nous. Quand nous avons sorti « Heritage », nous voulions quelque chose de différent, une ambiance particulière dans nos concerts. À l’époque de « Damnation », nous avions tenté une expérience avec cette tournée acoustique. Forts de cette expérience, avec « Heritage », nous savions ce que nous voulions, garder une certaine unité dans nos concerts, poser le décor si tu préfères. On connaissait les risques et on savait très bien que certains fans seraient déçus mais bon, on avait besoin de le faire à notre manière. Dans le cadre de concerts « normaux », c’est différent. On aime toujours jouer nos titres death ! (rires)

A : Avec Mikael, tu es désormais le membre le plus ancien d’Opeth. Quel regard portes-tu sur les changements de personnel au sein du groupe et qu’est-ce que cela a apporté au son d’Opeth ?

M.M : Du bien ! Pour jouer avec Opeth, tu dois être bon et je pense que les musiciens qui nous ont rejoint en cours de route ont tiré le groupe vers le haut, chacun apportant un élément nouveau avec comme point commun que le gars a du talent ! Mais au final, c’est toujours Mikael qui écrit les chansons, notre interprétation est là pour traduire son écriture et lui donner vie, ça a toujours été comme ça et ça le restera.

A : L’an prochain, ce sera le 20ème anniversaire de la sortie du premier album du groupe, « Orchid ». Avez-vous prévu de faire quelque chose de spécial pour cette occasion ?

M.M : Non, pas pour celui-là. Par contre, cela coïncide avec les 10 ans de « Ghost Reveries » et nous avons quelques idées autour de ça… Je ne peux pas en dire plus pour le moment, nous n’avons pas encore décidé mais il y aura quelque chose !

A : Nous sommes au Hellfest et vous connaissez bien ce festival pour y avoir joué de nombreuses fois… Quelques mots à dire sur son évolution ?

M.M : Pour cette année, je peux pas vraiment dire, je viens d’arriver ! (rires) Mais je suis très heureux de voir qu’il tient le coup, qu’il grandit, c’est l’un des plus grands festivals de métal en Europe et c’est important qu’il existe, que les gens viennent toujours nombreux pour voir ce genre de concerts et supportent les groupes. Je compare souvent les festivals de métal aux festivals pop, plus « mainstream »… Chez nous, c’est plus calme finalement ! Pas de bagarres, pas de problèmes parce que les gens sont vraiment là pour la musique je pense.

A : Dans le métal en général, on trouve de nombreux bassistes iconiques, plus que dans d’autres styles musicaux… Avais-tu un modèle quand tu as décidé de jouer de la basse ?

M.M : J’ai toujours été dans le métal mais pas seulement… Les premiers morceaux que j’ai appris à jouer étaient des Doors et j’adore de nombreux autres styles ! J’admire beaucoup Jaco Pastorius par exemple… Si je devais citer quelqu’un dans le monde du métal, je dirais Cliff Burton mais sincèrement, je n’ai jamais vraiment pensé à cela. Nous autres bassistes, nous ne sommes pas vraiment sur le devant de la scène ! Et quand c’est le cas, ce n’est pas vraiment pour nos qualités techniques ou la finesse de notre jeu, comme Lemmy ! (rires) C’est surtout de l’agressivité !

A : Pour terminer, j’ai une question que je pose toujours aux musiciens que je rencontre, préfères-tu que quelqu’un écoute ta musique gratuitement sur internet ou que cette personne ne l’écoute pas du tout ?

M.M : C’est une question difficile… Les temps changent, rien n’est comme avant et il faut savoir s’adapter. Certainement, l’internet est en train de détruire l’industrie de la musique. Les gens n’achètent plus de disques, les maisons de disques ferment les unes après les autres, il n’y a plus réellement d’argent à gagner et cela joue sur la découverte de nouveaux groupes. Les gens ne voient pas aussi loin cependant, ils veulent juste profiter de la musique gratuitement. Mais pour les groupes débutants qui n’ont pas les moyens de financer leur carrière, leur promotion, c’est devenu presque impossible d’y arriver.

A : Est-ce la raison pour laquelle vous accordez une attention toute particulière au packaging, aux bonus présents sur vos albums, documentaires, etc. ?

M.M : Oui, en partie… Les gens ne semblent plus se satisfaire que de la musique désormais, c’est triste. Et cela concerne surtout la nouvelle génération, ils ont grandi comme cela. Ils n’ont pas ce réflexe des fans plus vieux qui achetaient leur album, rentraient chez eux et l’écoutaient avec attention, ne faisaient que cela. Ils ne consommaient pas la musique, ils l’appréciaient vraiment. Aujourd’hui, c’est la merde ! Et je ne te parles même pas des tournées, du temps d’écriture des albums, des efforts fournis par les musiciens, tout cela est dévalorisé.
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