Interview LoudBlast - Hellfest 2014

Par Finnlord | le 24/12/2014 | Les autres articles sur le Métal

C'est avec Hervé Coquerel, batteur de Loudblast depuis 1992, que nous avons eu un échange dense et instructif sur cette 9ème édition du Hellfest. Un personnage aussi sympathique que prolifique!
Interview LoudBlast - Hellfest 2014 Peux-tu te présenter, et nous dire quelle est ta place dans le groupe ?

Salut, c’est Hervé, batteur de Loudblast.


Burial Ground est sorti en avril dernier. Peux-tu nous raconter comment s’est passé l’enregistrement ?

L’enregistrement a été assez particulier dans le sens où l’album a été préparé en amont, et on a tous bossé pour cela différemment. Pour la première fois on peut dire que l’on a vraiment bossé en fait. L’album précédent soulignait l’arrivée de Drakhian et d’Alex, et l’on avait un peu lâché les rennes musicalement : comme cela faisait longtemps que l’on était dans Loudblast, on gérait peut-être un peu trop le groupe, ce qui peut expliquer qu’il s’était un peu arrêté après la reformation. Du coup, quand on a décidé de repartir il y a quelques années, en 2009, on s’est dit qu’il fallait ouvrir les vannes de la composition. Alors certes ce n’est pas évident quand cela fait vingt ans que tu fais partie d’un groupe, mais l’avantage est que Steph et moi étions tellement pris à cette période-là, qu’Alex et Drakhian ont vraiment pu attaquer la composition des riffs à deux, avant de se retrouver tous ensemble pour travailler. Voilà pourquoi je pense que cet album est différent, même si cela reste bien évidemment du Loudblast. Ils sont arrivés avec leurs idées, nous avec les nôtres, et on a tout fondu lors de sessions de répet’ de plusieurs semaines. Cet album est donc particulier pour nous car on a vraiment l’impression qu’il se passe quelque chose. En plus, lors de l’enregistrement ça a été difficile car nous n’avons été à aucun moment ensemble en studio : moi j’ai fait la batterie à Lille, Stéphane était avec moi une petite période, les basses ont été faites en Bretagne, les guitares ont été faites à Paris… même au mixage, pas une seule fois nous n’avons été tous les quatre. Mais finalement, vu le résultat, c’est peut-être une très bonne recette, bien qu’elle n’ait pas été calculée car c’était des problèmes d’emploi du temps de chacun. Bref, cet album on en est très fier, et puis il a visiblement séduit beaucoup de gens. Cela restera un album très particulier pour nous. En plus il est très sombre, bien que nous ne l’ayons pas spécialement cherché ; il l’est devenu au fur et à mesure des compositions. C’est toujours difficile d’expliquer ce genre de choses : comment tu fais un bébé toi ? Tu ne sais pas mais tu le fais quand même. Ben un album c’est comme un bébé en fait, même si on ne le fait pas de la même manière je vous rassure ! Et puis quand le bébé est là, ben tu dis « c’est un beau bébé ».


Après le dernier album vous étiez partis en tournée avec les gars de Benighted. Comment cela s’est-il passé ?

C’était énorme. Déjà, moi je ne connaissais pas vraiment les gars de Benighted ; je connaissais juste un peu Kevin. Ce fut avant toute chose une très belle rencontre humaine avec des mecs qui ont du cœur. C’est vrai, ce n’est pas évident de passer dix-sept jours dans un tour bus avec des mecs que tu ne connais pas ou peu : il y a la proximité, et le fait de devoir jouer tous les soirs devant leur public qui est un vrai public car ce n’est ni un petit groupe, ni un jeune groupe. Cette tournée était donc énorme, avec de bonnes surprises. On a eu dix-sept dates, dix-sept jours avec des jours de semaine… et pourtant on a fait un lundi à Poitiers avec 400 personnes ! C’était génial. Je pense que le plateau a très bien fonctionné. On a eu de très bons échos, et je pense que l’on refera quelque chose ensemble, c’est obligé.


Du coup dans le tour bus ça devait être un gros bordel organisé ?

Ah non… c’était un ENORME bordel ! Mais organisé t’as raison. De toute façon t’es obligé d’être organisé en tour bus sinon c’est un peu la merde. Après tu as les plus et tu as les moins : ceux qui se couchent tôt et ceux qui se couchent tard… mais ce n’est pas toujours ceux que l’on croit qui se couchent tard !


Maintenant que l’album est sorti : tournée de prévue ?

Déjà on clôture la première salve de tournées avec les festivals. Le mois prochain on est au festival de Dour en Belgique, qui est l’équivalent des Eurockéennes. On fait aussi le Motocultor qui va être cool, avec une super affiche cette année. Et puis notre tourneur est en train de bosser pour une tournée européenne à la rentrée ; on ne peut pas vous en dire plus, on a quelques pistes… mais je ne voudrai pas dire un truc qui ne va pas se passer. Bref, on est en bonne voie pour une belle tournée européenne à la rentrée, vers octobre/novembre. Là on en est à trente dates en France depuis le mois de février, et c’est difficile d’en faire plus sinon tu commences à retourner, voilà pourquoi on va partir sur l’étranger.


En plus cela fait un bail que vous n’étiez pas partis à l’étranger, mis à part dans des pays limitrophes ?

On a fait quelques temps forts : on a par exemple joué à Dubaï il y a un mois, c’était incroyable. On a fait la Réunion également, même si ce n’est pas l’étranger et que ça reste chez nous, c’est quand même à 12 000 km ce qui est très loin ! C’est vrai que faire une vraie tournée européenne ne nous est pas arrivé depuis la tournée avec Carcass en 1994… donc ça fait vingt ans.


Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce concert à Dubaï ?

Bien sur ! C’était incroyable. Déjà l’endroit : Dubaï je ne sais pas… c’est New York au milieu du désert. Il y fait très très chaud ; c’était la fin du printemps donc il y a un mois, et il faisait 42°C à l’ombre ! Avec un ciel bleu dans lequel tu sais qu’il n’y aura pas un nuage, jamais. Eddy me disait qu’un mois après cela tapait sur 50°C… toujours à l’ombre. C’est impossible ! On a joué dans un endroit incroyable : une espèce de centre d’attraction bizarre avec une discothèque au centre et une grande salle extérieure couverte, avec des ventilos partout. On s’attendait à ce qu’il n’y ait personne ; alors certes ce n’était pas énorme, ce n’était pas un gros festival, mais c’était quand même blindé. Super accueil avec un groupe indien, un groupe portugais, Loudblast, Nightmare qui sont ceux qui nous ont d’ailleurs invités à venir sur ce concert, et puis il y avait encore un autre groupe… je suis désolé pour eux je ne me souviens plus. C’était génial. On nous avait dit « Doubaï c’est les émirats, tu ne peux pas boire, tu ne peux pas faire la fête », mais c’est complètement faux en fait : tu ne peux pas faire la fête dehors, il n’y a pas d’alcool dans les restaus… mais les hôtels sont des lieux de perdition total ! Avant de partir le lendemain, on a fini dans un club qui s’appelle le Rock City, c’est le club metal de Dubaï, où des philippins faisaient des reprises de métal, du Megadeth, avec des danseuses… ça ne jouait pas très bien, mais c’était tellement surréaliste que c’était génial ! Et puis oui au concert super accueil : on a eu des gars du Koweït qui sont venus nous voir avec tous les disques, tous les albums. On leur a demandé où ils les avaient trouvé : sur internet. Incroyable. Sinon je crois que j’étais le seul blond aux cheveux longs parmi tout le public alors que l’on était peut-être mille dans la salle : des metalleux de Syrie, d’Egypte, des Emirats… génial. Avec Alex on a traversé Dubaï en bagnole avec un syrien qui s’était barré pour des raisons politiques, tout en écoutant du black metal. Ce pays est surréaliste. Incroyable. Très bonne expérience. A priori on nous invite pour y retourner l’année prochaine comme cela a tellement bien marché ; et puis si ce n’est pas l’année prochaine, ce sera celle d’après, mais on va y retourner c’est sur ! Vraiment trop bien.


Et sinon, Black Bomb A alors ?

Déjà il a des nouvelles , Arnaud qui était dans Black Bomb A sur l’album Speech of Freedom est de retour, et Shaun a quant à lui quitté Black Bomb A pour des raisons personnelles (donc aucun problème entre nous, c’est juste qu’il a décidé d’arrêter). Du coup, comme Arnaud est revenu c’est donc un retour sur la voix death. On répète à partir de la semaine prochaine, on enregistre l’album en octobre et il sort en février, avec une bonne tournée française avec une belle surprise pour mars environ. Un retour aux sources, ça va être cool. J’ai hâte car cela fait un an que je n’ai pas fait de concerts avec Black Bomb A. Loudblast ça me fait kiffer à mort, c’est ma vie… mais Black Bomb A j’ai besoin de ça, c’est un équilibre : je suis en manque de concert avec eux, ce n’est pas la même ambiance.


Du coup tu ne vas pas arrêté de tourner entre Loudblast jusqu’à la fin de l’année puis l’enchainement sur Black Bomb…

Cela fait des années que je fais ça et tant que j’y arrive ça va, tant que j’ai la santé tout va bien ! Mais c’est clair, je pense que l’année 2015 va être rugueuse, ça va être difficile. On espère le Hellfest pour Black Bomb l’année prochaine logiquement. On l’avait fait en 2012 c’était énorme : à 13h00 un vendredi, grand souvenir pour nous.


C’était sympa alors de passer dans l’émission de Stéphane ?

Oui ! Mais c’était particulier. Moi je ne suis pas habitué à la télé tout ça… c’est vrai que c’est compliqué, tu es toujours coupé, quand ils annoncent les clips tu arrêtes, tu es toujours interrompu. Mais c’était sympa de jouer en tous cas. Et puis c’était surtout sympa de voir Stéphane se faire interviewer dans sa propre émission ; il était super tendu, je l’avais rarement vu stressé comme ça. C’était bien. En fait on revenait juste de la tournée avec Benighted, on était encore dans le truc et c’était un bon souvenir. Je ne l’ai regardé qu’une seule fois l’émission ; je n’arrive pas encore à la regarder avec du recul et j’y vois plein de défaut, je me dis « putain t’as les yeux comme ça » (rire).


Cela fait un petit moment que Loudblast tourne…

Oui, tente ans l’année prochaine !


…justement, y a-t-il une grosse surprise pour les trente ans ?

On y bosse ! Je ne peux rien te dire car il n’y a rien de concret. En fait on s’est demandé ce que l’on pouvait faire, et on a écrit des trucs énormes, mais tellement énormes qu’ils ne pourront pas se faire. On est donc en train de bosser le truc. Après on ne sait pas : est-ce que ce sera un concert énorme ? une tournée ? Je pense qu’il y aura une galette spéciale qui va sortir avec des invités. Mais cela reste entre nous car on ne sait pas, c’est difficile. Trente ans pour nous c’est important, mais pour le publique ça l’est peut-être moins… Comme on ne sait pas, on ne veut pas se gaufrer et faire un truc bien. De toute façon il se passera quelque chose c’est sur. Après moi je n’y suis pas depuis trente ans, mais depuis vingt-deux, donc je fais partie des meubles quand même.


Justement comment est ton regard sur la scène metal française ? ça bouge pas mal ?

Cela bougeait quand même déjà pas mal dans les débuts. Après c’était moins international et moins connu certes. Mais on a toujours dit que la France avait de bons groupes. Il y en a même plein qui sont plus connus à l’étranger qu’en France ! La scène actuelle est géniale. Regarde les groupe qui ont vraiment marché au HellFest sont des groupes qui sont là depuis quinze ans minimum : Lofofora qui a vingt ans, Dagoba, Blacklodge. Le metal en France a toujours été au top, c’est juste la reconnaissance qui est difficile. Et ce d’autant plus quand il y a un arrêt dans le groupe ; après les maisons de disques n’ont pas toujours joué le jeu non plus. Mais quoi qu’il arrive la scène française existera toujours car il y a beaucoup de talents en France. La seule différence est que quand tu es Brésilien et que débarques, tu es exotique pour toute l’Europe ; mais quand tu es Français, tu n’es pas exotique, tu es Européen, voilà pourquoi des groupes français reconnus à l’international en viennent à bouder la France. Mais il ne faut quand même pas oublier ton pays, car c’est important.


Pour l’an prochain, y a-t-il des groupes avec lesquels vous auriez envie de jouer ?

Bien sur il y en a plein. Mais déjà, tournée européenne pour la rentrée et on a déjà quelques pistes pour ça. Après à partir de 2015, ça nous parait encore loin !


Sans divulguer… Pour cette tournée européenne, ce serait vous en tête d’affiche ?

Non ce ne serait pas nous. On a besoin d’avoir une locomotive, car si nous on y va, on va jouer dans des salles de 200-250 personnes. Or on a besoin de jouer dans des salles de 600.


Il y a donc plus de grosses salles à l’étranger ?

Ce ne sont pas des grosses salles. C’est juste que nous, si on joue à l’étranger, on nous fait jouer dans des petits lieux pour ne pas prendre de risque car cela coûte cher de faire venir des groupes. En revanche avec un groupe plus connu en locomotive tu as vraiment accès à des salles de concerts.


Du coup, ils sont chez qui maintenant Loudblast en booking ?

Rage Tour comme Black Bomb A. On est obligé d’avoir le même tourneur pour simplifier un peu. Et puis ils gèrent quand même pas mal de groupes français et de groupes étrangers maintenant. Du coup bosser avec eux c’est génial, c’est juste facile. Après forcément il y a des moments un peu plus compliqués : par exemple moi je suis un peu pris entre deux feux et par moment il y a des doublons, et je suis obligé de me faire remplacer dans l’un ou l’autre, mais c’est comme ça. Quand tu as deux groupes c’est un peu difficile, tu ne peux pas dire que tu en bloques un au profit de l’autre. L’avantage est que comme on s’est arrêté pendant un an avec Black Bomb A, j’ai pu faire beaucoup de choses avec Loudblast, et comme l’album marche bien, il se passe encore beaucoup plus de choses que prévu. Il va donc y avoir des concerts de Loudblast sans moi, des concerts de Black Bomb A sans moi . Ca m’emmerde à mort mais je n’ai pas le choix.


Tu ne fais donc plus que ça maintenant ?

Cela fait longtemps que je ne fais plus que ça. Ce n’est pas toujours facile, mais j’y arrive quand même.


Que dire quand on a deux groupes qui marchent aussi bien en France ?

C’est un bonheur ! Je pense que je suis un privilégier quand même.


Oui, tu es l’un des seuls qui a deux groupes qui marchent aussi bien sur le territoire.

Je ne sais pas mais… c’est cool ! C’est bien. Tous les ans je me dis allez je vais arrêter, car je vais bientôt avoir cinquante ans. Mais bon quand je vois Slayer, la pêche qu’ils avaient, et comment ils ont mis la rage… je me dis que finalement je vais continuer encore. Finalement quand je dis que je vais arrêter, c’est juste pour que l’on me dise de ne pas arrêter, pour qu’on me dise de continuer. J’ai besoin de motivation.


Question : le Bal des Enragés, il y a Stéphane dedans… et toi, ça ne te tente pas ?

Ben si, mais c’est compliqué. Ils ont plus besoin de chanteurs car il y a déjà pas mal de batteurs. La prochaine étant fin 2015, on verra ce qu’il se passera. Moi je suis sur les rangs, j’y ai fait quelques interventions, y ai joué quelques morceaux. Nico sait que je suis open, ça me branche c’est génial. Après on verra bien !


Interview par Finnlord et Simoff
Retranscription par Camille S.
En partenariat avec Throne of Thanatos

Photo
© P.Cremin - www.blackstage-photography.com

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