Interview Lex Koritni - 15/03/12

Par Scred | le 23/03/2012 | Les autres articles sur le Hard Rock

French Wallaby
Lorsque l’on écoute la musique de Koritni sans, comme votre serviteur, avoir la moindre idée du physique de son chanteur et maître d’œuvre puisqu’il a donné son propre nom au groupe, on ne peut qu’être surpris lorsqu’un grand gaillard bâti comme une baraque vous arrive dessus, tout sourire, une bière à la main et commence à vous entretenir de la beauté de Jarnac et du fait qu’il habite à une rue de la maison de François Mitterrand ! Autant pour les clichés, Lex Koritni ne rentre dans aucune case… Très détendu, il me parle de ses progrès en Français, dus en grande partie à l’influence de sa femme à qui l’on doit cet import australien, son plaisir d’être là et sans que l’on s’en rende compte, nous voilà en train de discuter de tout et de rien pendant dix minutes comme deux potes… Hé, mais c’est que j’ai des questions précises à poser moi et seulement une demi-heure pour le faire ! En avant…
Interview Lex Koritni - 15/03/12 Actumusic : « Welcome To The Crossroads » est votre troisième album studio, après « Lady Luck » (2007) et « Game Of Fools » (2009), pourquoi avoir choisi ce titre en particulier qui peut donner naissance à de nombreuses interprétations ?

Lex Koritni : A la base, c’est à cause du morceau « Down To The Crossroads » qui est pour moi l’un des meilleurs morceaux de l’album… Nous n’arrivions pas à nous décider entre les deux titres, « Welcome… » ou « Down… », du coup on a donné l’un à la chanson et l’autre à l’album !

A : Ah tiens ! Pour ma part, j’y avais vu une référence au fait que le troisième album d’un groupe est toujours charnière dans sa carrière, c’est un peu la croisée des chemins, soit on s’engage du bon côté, soit on se plante…

L.K : C’est une théorie intéressante, je n’y avais pas pensé ! (rires) On se reverra au moment du prochain album et tu me diras si j’ai choisi le bon chemin !

A : Et bien il y a de fortes chances puisque je trouve sincèrement que cet album est le meilleur que Koritni ait jamais enregistré et ce pour une raison simple, en plus du hard rock typiquement australien que vous pratiquez, il laisse transparaître de plus en plus d’influences blues… Vous allez continuer dans cette voie ?

L.K : Je ne peux pas vraiment te dire… J’ai toujours adoré le blues et la soul, ma façon de chanter a été fortement influencée par Little Richard, John Fogerty ou Wilson Pickett donc on parle vraiment de mes racines là. En tous cas, cet album est mon préféré parce que, pour une fois, nous avons pu y mettre toutes les chansons que nous voulions vraiment y voir figurer. Nous n’avons pas manqué de temps en studio, c’est le premier album que je produis qui est vraiment complet et j’en suis très fier ! Maintenant, je ne me suis pas assis avec ma guitare en me disant que j’allais écrire du blues, je ne fais jamais cela ! Les chansons viennent d’elles même… Peut être que le prochain album sonnera de cette façon, peut être que nous ferons du jazz industriel, qui sait ? (rires)

A : Heuuu… J’en doute fortement !

L.K : Scoubidoubap pidoubidou bop ! (rires)

A : L’un des titres les plus marquants sur l’album est, à mon sens, « TV’s Just A Medium », peux-tu nous parler un peu de cette chanson ?

L.K : C’est un commentaire sur la génération MTV, comment les mômes d’aujourd’hui passent leur temps à regarder de la merde à la télévision, et ce dans l’indifférence générale ! Du moment que la télé est allumée et que les parents ont la paix, tout le monde est content ! A la base, cela devait être un jeu de mot, « TV’s just a medium, it’s not rare or well done », comme un steak. (ndlr : intraduisible en français, Lex veut dire que rien n’est vraiment bon ni mauvais, tout est tiédasse) Le message est assez simple, éteint ta télévision, met la musique à fond et éclate toi ! Parce que, la plupart du temps, tu partages la musique avec d’autres gens, tu communiques… « Better Off Dead » a un peu la même logique, les gens qui utilisent Facebook ont l’impression de ne pas être seuls mais au final, tu es toujours seul face à ton écran, ce n’est pas de la vraie communication. C’est du graffiti intellectuel !

A : Vous êtes souvent associés à des groupes comme The Answer ou Airbourne, comme la nouvelle vague d’un hard rock classique, un vrai retour aux sources du genre… A quoi attribue-tu ce revival et quelle opinion as-tu de ces groupes ?

L.K : Ce sont de très bons potes dans les deux cas ! Nous avons tourné avec The Answer pendant une période et ce sont des mecs excellents, quant à Airbourne, ils sont juste fantastiques ! J’écoute leurs albums quand je fais du sport, c’est du bon, du solide « No Bullshit Music » ! En fait, je suis très ami avec Joel (O’Keeffe, chanteur d’Airbourne), on s’écrit souvent, on s’invite à nos concerts, c’est vraiment un mec génial… A côté de cela, je suis très heureux de voir que des jeunes mecs sont toujours motivés par l’envie de faire du rock n’ roll à l’ancienne. Mais les temps changent, c’est normal, il y a dix ans il se vendait plus de platines pour Dj’s que de guitares et aujourd’hui la tendance s’est inversée… Je pense que le déclin de la musique techno peut s’expliquer par le fait qu’elle était liée à une certaine culture de la drogue, et que ce temps est passé…

A : Parce que le rock n’est pas lié à la drogue ?

L.K : A l’alcool essentiellement, qui reste la drogue la mieux acceptée socialement, ce qui explique la longévité du truc…

A : Juste avant « Welcome To The Crossroads », vous aviez publié « No More Bets », une compilation de titres live et de reprises, dont une version hallucinante du « Thriller » de Michael Jackson… Est-ce que vous avez prévu d’inclure ce genre de surprises dans vos prochains concerts ?

L.K : Merci ! On jouait « Thriller » pendant la dernière tournée mais cette fois-ci, cela risque d’être plus compliqué… Luke, l’un de nos guitaristes, ne peut pas assurer la tournée et il sera remplacé par un autre guitariste, Manu Livertout, un shredder français absolument génial mais qui n’aura le temps d’apprendre et de répéter avec nos qu’une trentaine de titres… Du coup, on se concentre sur l’essentiel ! Mais nous allons essayer de faire évoluer la setlist pendant la tournée, pour éviter de rentrer dans la routine.

A : Cette année, vous jouez au Hellfest pour la seconde fois, comment vous préparez-vous pour assurer un concert devant 30 000 personnes ?

L.K : Comme pour jouer devant 300 personnes ! Mais le truc, c’est que je préfère jouer sur de grandes scènes, peut importe la taille du public… Je suis un mec assez grand et j’aime bouger sur scène, du coup lorsque nous jouons dans des clubs, les guitaristes sont toujours plus ou moins en danger ! (rires) Mais en même temps, rien ne remplace le contact avec le public dans une salle de taille réduite… C’est pour cela qu’AC/DC ou les Rolling Stones font toujours de petits concerts « secrets » dans ce genre d’endroit, on a besoin de se nourrir de l’énergie de ce genre de public.

A : Allez-vous assister au festival dans le public ? Quels groupes attendez-vous le plus ?

L.K : Sans hésiter, Guns n’ Roses ! Au risque de me faire incendier, je pense que l’âme de Guns n’ Roses est vraiment Axl Rose… Il s’en prend plein la tronche à cause de sa personnalité, du fait qu’il n’hésite pas à annuler des concerts parce qu’il ne peut plus chanter, mais je vais te dire, en tournée quand tu enchaînes vingt concerts d’affilée, il y a un moment où tu peux atteindre tes limites ! Je les ai vus à Paris la dernière fois qu’ils sont passés et j’ai pris une vraie claque ! Et puis il y aura aussi Megadeth, Sebastian Bach, Lynyrd Skynyrd, ça va être excellent…

A : Et puis il y aura aussi ce groupe au nom bizarre là, Koritni, il paraît qu’ils sont pas mal sur scène…

L.K : Oui, mais on dit que leur chanteur est un crétin ! (rires) J’aime beaucoup leur nouveau concept de scènes thématiques également, plus ciblées qu’auparavant. J’ai beaucoup d’amis qui viendront de toutes façons, on fera la fête pendant tout le festival !

A : Dernière question, que pensez-vous de la fermeture du site Megaupload ? Qu’elle est votre opinion sur le téléchargement, légal ou illégal, quel impact cela a-t-il sur votre carrière ?

L.K : C’est comme ça, les artistes gagnent moins d’argent sur leurs ventes de disques qu’avant, tant pis, on y peut rien… En même temps, nous avons des moyens de promotion incroyables grâce à internet, on ne peut pas tout avoir ! Je trouve d’ailleurs que l’idée du gouvernement français de taxer les supports vierges est vraiment excellente ! Qui a besoin de six TB de disque dur mis à part les professionnels de la musique ou de l’image ? Je te garantis que la plupart des gens qui possèdent une telle capacité de stockage s’en servent pour de la musique illégale ou des films !

A : Toi-même, télécharges-tu des albums légalement ?

L.K : Très rarement, je trouve que le son des téléchargements manque cruellement de dynamiques, les basses sont molles, et puis je préfère avoir le CD, la pochette, la totale quoi, je suis un peu vieux jeu ! C’est tout de même mieux pour écouter sur une bonne chaine Hi Fi dans ton salon !
    Dîtes nous si vous avez aimé cet article.