Interview Johannes Eckerström (Avatar) - Hard Rock Café - Paris

Par Finnlord | le 16/05/2014 | Les autres articles sur le Métal

Rencontre avec le frontman d'un des groupes les plus intéressants de la scène metal suédoise actuelle. Grimé sur scène, bien loin de l'univers de James Cameron, Johannes Eckerström clown sinistre à la voix riche et sombre est venu défendre le nouvel album de son groupe Avatar.
Interview Johannes Eckerström (Avatar) - Hard Rock Café - Paris Actumusic : L’album Hail the Apocalypse va bientôt sortir, peux-tu nous expliquer comment vous l’avez réalisé et produit ?

Johannes Eckerström: C’est le premier album que l’on a enregistré « live ». Ça a été une sacrée décision, nous avons été en Thaïlande pour l’enregistrer, ce qui surprend pas mal de gens : mais pourquoi allez là-bas alors que vous avez des producteurs et des studios reconnus en Suède ? Mais en faisant ce choix, nous aussi, nous avons eu un sacré producteur et un super son. On voulait aussi sortir d’Europe pour aller travailler avec Jay Ruston. Et nous voulions un son plus extrême… Il nous suivait, nous avait aidé par le passé, cela nous semblait un choix légitime. On voulait aussi se démarquer en ne faisant pas ce que d’autres groupes avaient fait et ne pas répéter ce que nous avions déjà fait. Changer de continent, changer de manière de faire, çà nous semblait être çà la bonne idée. Et nous avions vu le reportage de Dave Grohl sur le Sound City Studio, qui avait produit de nombreux grands artistes comme Fleetwood Mac enregistrant en prise live, en gardant l’énergie…Et on s’est dit : on peut faire çà nous aussi ! On n’était pas du tout préparé pour çà, et on l’a fait… en dix jours. On a essayé, au départ sans y croire, et ça s’est fait, comme les grands groupes du passé l’avaient fait à leur époque. Et çà, on l’a fait pour du nouveau metal estampillé 2014 avec la même énergie que les groupes d’il y a quelques décennies. Notre producteur étant parti en Thaïlande, on l’a tout simplement suivi et ce Karma Sound Studios… qui a reçu Placebo et bien d’autres, n’est pas recouvert de clichés « metal » pour l’instant, et on a aimé çà.


AM : Et vous avez rencontré des fans en Thaïlande ?

J : Wao, plus des amis que des fans. On a fait des beufs dans un bar thaïlandais, notre batteur a même repris Paranoïd de Black Sabbath avec un groupe local. On a pas encore de distribution la bas, nous sommes donc encore inconnus !


AM : Le mastering a été fait par Paul Logust, connu pour avoir réalisé entre autre les opus de Volbeat et Killswitch Engaged, est-ce une volonté pour conquérir les USA ?

J : Ouais pourquoi pas. Black Waltz, notre ancien album, avait été distribué aux Etats-Unis, et le retour avait été très positif. Et on pense qu’il y a une belle opportunité à saisir là-bas. Tu sais, en Europe, c’est un peu plus difficile d’avoir une économie viable sur ce seul territoire : il y a trop de hauts et de bas. On a donc envie d’y retourner pour jouer encore et encore, restant en mouvement, sur la route.


AM : Lors de votre dernier passage à Paris vous avez joué Vultures Fly, tiré du nouvel album, est ce que les fans t’ont offert le retour attendu ?

J : Oh oui ! C’est vraiment une chanson pour sauter partout et tout le temps. Ça fait un peu ressentir des hauts au cœur. On a essayé un autre titre lors de la tournée en Angleterre, et la, avant la sortie de l’album, on va jouer Hail The Apocalypse… pour voir un peu ! Mais il y a des règles à respecter quand tu joues des nouveaux titres. Tu dois pas en faire trop, car il ne faut pas que les gens s’ennuient à juste regarder et observer sans prendre part au concert. Et on essaie de garder une part de confidence, de surprise, autour du nouvel album.


AM : Sur ce nouvel album, on découvre le titre Puppet Show, composé avec une musique de cirque. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

J : C’est quelque chose qui nous est apparu simplement, ça nous a semblé vraiment drôle et quelque chose que l’on pouvait tourner dans un sens super sombre et mystérieux : à la fois du fun et sinistre… C’était aussi une opportunité de rejouer du trombone, après de nombreuses années.


AM : The Murderer contient de nombreux riffs de guitare très travaillés ainsi qu’un chant clair montant dans les aigus, quelle a été la source d’inspiration de ce titre ?

J : C’était compliqué. Premièrement, on voulait un chant pratiquement féminin au départ, mais c’est aussi une chanson qui renferme l’idée de faire peur aux enfants. On voulait un lien avec cette peur des enfants, car en suédois, cela renvoie au terme mördare, et pour les jeunes enfants allant à l’école, le matin, c’est quelque chose qui fait peur, qui fait référence à ce mystère, à cette noirceur. Et j’ai recherché ce côté effrayé de mon enfance en moi pour le ressortir à travers cette chanson. C’est un peu space de crier le mördare qui me faisait peur dans mon enfance et qui çà renvoie à la honte, au sentiment de culpabilité. C’est une sorte d’erreur d’enfant, de faille de ce que l’on est intrinsèquement… et de l’exprimer à travers cette chanson.


AM : Sur la pochette, tu es en train de diriger un navire, quelle en est ton interprétation ?

J : Cet album c’est « Hail The Apocalypse », littéralement, c’est diriger l’apocalypse. Cet album c’est la traversée, à travers les ténèbres… Il faut y faire face, faire avec, explorer, l’embrasser, c’est pourquoi je m’y dirige. Je me retrouve dans la tempête dans cet album, dans ce sinistre océan sans merci. Et c’est pourquoi la pochette en est un symbole, tentant de tenir le cap.

AM : C’est pourquoi tu as la lanterne…

J : Exactement. Les gars me laissent la tenir, j’ai de la chance d’avoir une équipe si incroyable ! (rires) C’est très suédois, çà ne les dérange pas du tout de me laisser ce rôle !


AM : En reprenant ce nouvel album dans son contexte historique, il est très différent des précédents albums…

J : Tu sais au départ, il s’inscrit plus dans la direction artistique du groupe, à la suite de Black Waltz. C’est surtout avec Black Waltz que nous avons pris un nouveau départ, vraiment puissant… On continue à développer ce concept, cette idée… Alors que dans les premiers, nous avions des idées, mais nous étions dans la lignée de ce qui se faisait en death metal suédois : Extreme Metal, Bloody Metal, Metal Technique… Après nos deux premiers albums, nous voulions changer de voie, pas devenir les plus extrêmes, on voulait rester les mêmes, garder notre identité… On s’est dirigé vers le rock’n’roll et vers la composition des décennies passées. Tu vois, quand se revoit suite au troisième album, l’album éponyme (NDLR : Avatar – 2009), il y a un problème, c’est que l’on écrivait beaucoup trop pour les autres, en fonction des attentes qu’avaient les autres de nous et pas pour nous. Il était super, mais on commençait à se diriger vers le mauvais endroit, pour gagner de l’attention, peut-être trop. Ca ne pouvait pas marcher. On arrivait à un moment où nous rentrions dans une crise profonde. Moi et John, on se tâtait à arrêter le groupe, on l’a fait d’ailleurs, pendant quinze minutes seulement. (rires) On s’est fait une réunion, on s’est assis calmement autour d’une table et on a analysé. Et ce riff, est ce qu’on devrait le jouer pour nous ou pour les autres. On s’est rendu compte qu’on prenait plus en compte les attentes extérieures que nos propres envies. On voulait voir la musique avec nos propres yeux. Le public attend que nous restions nous-mêmes. De la sincérité et de l’honnêteté vis-à-vis du public, c’est ce qui compte. On se lançait un réel défit personnel… Et les choses sont allées naturellement.


AM : Et ce maquillage que tu portes depuis Black Waltz, tu vas le garder maintenant ?

J : Oui ! Au départ, çà devait être que pour Black Waltz, et puis, tu sais, quand on l’a fait, je me suis rendu compte que çà donnait du sens. J’y ai pris goût… ainsi que le groupe, c’est quelque chose qui nous a permis de rendre la musique plus visuelle. Et c’est toujours apprécié ! Même quand tu ne connais pas un groupe, çà attire l’attention. Et on veut rendre çà différent, avec nos propres critères, mais pas pour rendre çà plus ou moins mainstream ou accessible. C’est devenu avant tout une part de moi, une part du groupe… Il n’ira nulle part.


AM : Ça a l’air de te réjouir de porter ce maquillage ?!

J : Carrément ! Ça peut paraître un peu prétentieux mais c’est quelque chose en moi qui a grandi, et qui a pris vie. C’est maintenant encré dans notre performance. Enfin, je ne viens pas encore en interview avec ce masque. Ca ne marcherait pas. Ce gars, ce n’est pas un bon gars à interviewer ! C’est difficile de le faire sortir, mais pour le show, pour la performance, il est vraiment excellent !


AM : Tu continues à diversifier ta façon de chanter sur le nouvel album. Comment tu choisis ton registre de voix ?

J : Je choisis toujours ce qui me semble approprié en fonction du moment. Si je veux du normal, chant presque commercial, je chante en voix claire. Il n’y a pas réellement de règle. Il y a des groupes où on te dit : si tu veux faire le méchant tu growles, si tu veux être gentil tu utilises la voix claire, pour que les filles viennent entre autre… Non, ce n’est pas dans notre façon de faire, on utilise les deux sans règle. C’est pourquoi des fois, ce sera en voix claire et parfois non. Ce sera ce que la chanson a besoin, ce que nous ressentirons dans l’écriture de cette dernière. Et surtout ce qui nous semblera le plus approprié dans la façon de nous exprimer.


AM : Et tes inspirations, pour les voix, quelles sont-elles ?

J : La plus grande source d’inspiration, c’est Devin Townsend. Je suis un gros gros fan. J’adore aussi Johan Hegg de Amon Amarth pour le growl puis le chanteur d’Immolation. Ce sont mes favoris car ils articulent, et dans le death metal, ils sont excellents. J’aime aussi les profondes voix sombres comme celle de Morbid Angel… Et enfin, je suis aussi vraiment fan d’Opeth, Akerfeldt est un sacré bon chanteur qui pourrait aussi bien faire du rock que du death metal et pourtant il est dans un univers prog rock. Ça marche toujours bien, il m’inspire beaucoup. J’aime bien aussi les chants de The Haunted… les cris sont tellement en dehors des clous !


AM : Et Mike Patton… ?

J : Oh, que oui ! Le bon. Il n’y a pas de règles, c’est ce que j’aime chez lui. Ce qui doit arriver doit arriver…


AM : Vous avez réalisé beaucoup de clips pour l’album précédent, la, le clip de Hail The Apocalypse est déjà en ligne, en préparez-vous d’autres ?

J : Les clips, c’est une part super importante de ce que l’on fait ! C’est beaucoup de travail et on essaie définitivement de garder le contrôle dessus. On a beaucoup d’idées et on travaille avec Johann Carlen depuis Black Waltz… et on est vraiment content de travailler avec lui, à la fois cool et attentionné par rapport à nos attentes. On voudrait toujours faire plus de vidéos, plus de projets avec lui, mais on est obligé de s’arrêter à chaque fois pour composer et enregistrer un nouvel album. On veut continuer à rendre visuelle notre musique.


AM : Sur le clip de Black Waltz, vous avez invité Hellzapoppin, un cirque…

J : C’est avec eux que tout l’aspect visuel a commencé. On avait d’autres idées avec Black Waltz, on voulait me mettre dans un lac en feu… mais photoshop c’est ennuyeux à la longue… Donc on voulait un vrai lac et y mettre un vrai feu. Mais il fallait un expert en feu… et ce dernier faisait partie de Hellzapoppin. Quand on a vu leur show, leurs trucs… on s’est dit que c’était eux que l’on voulait. On voulait aller dans cette direction, d’où notre collaboration!


AM : Et justement dans ce clip, certaines scènes sont aussi tournées à Götenburg, votre ville natale ?

J : Cette ville nous a offert pendant trente minutes un cadre incroyable pour notre clip. Bon et çà a été dur aussi de tourner tourner tourner encore et encore dans ce manège, dans un sens ou dans l’autre. Le reste de la nuit a été vraiment calme car j’en étais barbouillé.


AM : Après une tournée en première partie de Five Finger Death Punch et Avenged Sevenfold, vous revenez en tête d’affiche, quel est ton ressenti ?

J : C’est juste génial : on remercie beaucoup ces deux groupes de nous avoir emmenées avec eux, on a beaucoup appris, beaucoup vu… et ça donne de l’expérience. Et puis on a pu fouler des grandes salles, des espaces incroyables. Maintenant nous revenons dans des espaces plus confinés, des plus petites salles et villes, c’est vraiment cool aussi. C’est surtout intéressant d’emmener les gens dans notre imaginaire, de faire notre réel travail de musicien avec un public venu pour Avatar. Et on refera d’autres villes plus tard, vous verrez les dates seront bientôt annoncées.


AM : En allant sur le site d’Avatar (www.avatarmetal.com), celui-ci a été modifié depuis l’annonce de Hail the Apocalypse. En dehors des concerts d’une ou deux vidéos et du merch, il n’y a plus rien d’autre. Que préparez-vous à vos fans ?

J : Je ne sais pas… Non je rigole, on veut faire un super truc pour le site. Je peux juste vous conseiller de rester attentif à ce que l’on va vous proposer !


AM : Tu disais de Torn Apart, lors de la sortie de Black Waltz que cette chanson était « comme Rammstein qui aurait pris des drogues avec les Pink Floyd, tout en jouant avec des tronçonneuses ». Alors comment décrirais-tu avec tes propres mots les titres Bloody Angel ou Death of Sound ?

J : Hum hum… Death of Sound : c’est de la cocaïne psychédélique qui rencontrerait du death metal, avec du groove et un esprit bien lourd… une chanson de secoueurs de tête en fait comme du brutal death.
Bloody Angel, je ne sais pas, je vois des corps sanguinolents volant dans une forêt en plein hiver… C’est très visuel comme chanson non ? C’est l’image que j’avais en tête et qui m’a d’ailleurs permis d’écrire les paroles ! Je suis vraiment un « bad ass » quand je chante Bloody Angel, complètement fou.


AM : Petite question sur ta ville : Göteborg. Avatar est l’un des groupes de la nouvelle vague, mais de nombreux groupes de death metal mélodique viennent de cette ville (In Flames, Dark Tranquillity…), comment ressent on le fait de venir de cette même ville, avec ces grands groupes à côté ?

J : Quand j’étais jeune, c’était cool, on était fier, puis c’est devenu chiant… et maintenant c’est à nouveau super cool. Au départ, ils ont ouvert les portes à un nouveau style… on pouvait conquérir le monde comme nos aînés l’avaient fait… Cà inspirait. Puis après, c’est difficile pour les autres groupes de trouver leur place. Par exemple les groupes de Hardcore ont eu du mal à s’exporter… c’était ridicule. Maintenant que chacun fait avec son propre style, c’est facile de revenir et de voir à quel point c’est génial d’avoir tout ce potentiel au même endroit. On est fier. On a tourné avec Dark Tranquillity et avec In Flames par exemple pour notre deuxième album. On est toujours en relation, peut-être plus avec Dark Tranquillity qu’avec In Flames, car In Flames sont encore plus en tournée… On se voit parfois par hasard chez nous, on est resté de bons potes !


AM : Et pour finir, que peut on te souhaiter pour la suite ?

J : Bonne chance, je pense, pour ce nouvel album ! (rires) Et que les gens écoutent, s’ils écoutent, ils aimeront je pense ! Je veux sortir des cases, tourner plus, faire plus de choses avec Avatar… et continuer de contenter le public !


Propos recueillis par Finnlord et Blackstage

Photo
© P.Cremin - www.blackstage-photography.com
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