Interview Jens Ludwig (Edguy) - Hard Rock Café - Paris

Par Manu Le Barbu | le 11/05/2014 | Les autres articles sur le Métal

Pour la sortie du nouvel album d’Edguy "Space Police - Defender of the Crown", nous sommes allés à la rencontre de Jens Ludwig, cofondateur du groupe et guitariste du combo allemand. C'était au Hard Rock Café à Paris, il y a quelques semaines...
Interview Jens Ludwig (Edguy) - Hard Rock Café - Paris Actumusic : Bonjour Jens, content d’être à Paris ?
Jens : Oui, même si j’aimerais avoir plus de temps pour en profiter. Dans une heure, on prend un taxi et direction l’aéroport !

Actumusic : pour commencer, peux-tu te présenter à nos lecteurs qui ne te connaissent pas forcément tous et nous raconter rapidement ta longue histoire car même si tu es encore très jeune tu as créé Edguy tellement jeune qu’on ne t’imagine pas faisant autre chose ?
Jens : Pas de soucis. Donc Bonjour ! Je suis Jens, guitariste et co fondateur d’Edguy. J’ai démarré le groupe avec Tobias il y a bien longtemps. J’avais 14 ans, alors ça ne date pas d’hier ! Nous avons commencé en jouant les titres de nos groupes préférés : Scorpions, AC/DC, Kiss, ces groupes qui n’étaient pas vraiment populaires dans les 90’s puisque c’était l’époque du Grunge… Vous pouvez imaginer comment c’était simple pour nous, des gamins de 14 ans qui faisaient des covers de groupes de Hard Rock plus à la mode… Finalement, on a décidé de créer notre propre musique. Nous avons enregistré une demo que personne n’a voulu écouter puis une seconde demo qui n’a intéressé personne, puis nous avons enregistré un album que les gens comme vous ont accepté d’écouter et nous avons signé un deal avec un petit label qui était basé à 10 kilomètres de chez nous et que nous avons rencontré par accident… C’est comme ça que tout a commencé. C’était en 1995 et nous avons sorti notre premier disque en 1996. Et voilà 18 ans plus tard, nous en sommes à notre 10ème album ! Et je dois dire que les choses ne se passent pas trop mal !

Actumusic : et il me semble que tu es un des seuls musiciens du groupe hormis Tobias à avoir un rôle dans l’écriture des chansons.
Jens : Oui, c’est exact. J’ai un petit studio à la maison et je propose parfois quelques trucs, mais c’est Tobias qui compose la plupart de nos titres.

Actumusic : Bien sur, nous sommes là pour parler de ce nouvel album qui s’appelle Defenders of the Crown…
Jens : Oui, en fait, c’est la moitié du titre, le titre complet est « Space Police - Defenders of the Crown ». En fait, au début, on avait en tête Defenders of the Crown, car ça sonne monumental, très heavy metal, très mediéval et puis, Tobias a eu l’idée du titre Space Police, l’idée d’appeler l’album ainsi a fait son chemin. Peu de groupes de Heavy Metal appeleraient un album « Space Police ». Ca sonne un peu « freaky ». Frank Zappa, David Bowie ou Queen pourraient appeler un album « Space Police », pas un groupe de Heavy Metal. Donc ça nous a plu. On a longtemps hésité entre Space Police et Defenders of the Crown et finalement, notre producteur Sacha Paeth nous a dit : « Pourquoi ne mettez vous pas les deux, c’est un truc que personne n’a jamais fait ! ». On a pensé que c’était une blague, mais l’idée a fait son chemin. Quand tu répètes « Space Police – Defender of the Crown » plusieurs fois, tu te dis que ça fonctionne très bien et que c’est top. Ca sonne comme une trilogie, comme Indiana Jones and the Last Crusade. Ainsi, nous avons tout avec ce titre double : le côté sérieux, enfin sérieux côté Metal : Defender of the Crown, mais aussi un côté freaky avec Space Police. Bref, comme ça les fans gens ont deux titres pour le prix d’un !

Actumusic : Sur votre site web, vous titrez : « Defender of the Heavy Metal Crown ». Pourquoi ? Vous sentez le Heavy Metal attaqué ?
Jens : D’une certaine façon, oui. La scène Heavy Metal se prend souvent trop au sérieux. Quand on a commencé, le Heavy Metal parlait de rebellion, de liberté, d’envie de faire ce que tu veux et que personne ne vienne interférer. C’était le sens premier de cette musique pour nous. Et au cours de notre carrière, nous avons réalisé que quand nous faisons des choses avec lesquelles nous nous sentons à l’aise et pensons être dans la bonne directon, il y a toujours des gens pour venir nous dire : « Non, c’est pas comme ça qu’un groupe de Heavy Metal doit faire, vous devez plutôt faire comme ça ». Nous sommes un des seuls groupes à être à l’aise avec ce que nous faisons et faisons ce que nous voulons. Ca fait un peu cliché, mais c’est le cas. Donc si il y a un groupe qui défend le Rock n Roll, c’est bien nous. Donc « Defenders of the Metal Crown », ça nous va plutôt pas mal.

Actumusic : la couverture de l’album est assez étrange. Qui l’a dessiné et comment avez-vous travaillé avec l’artiste ?
Jens : C’est le même artiste qui a fait the Age of the Joker, un prof d’art graphique américain. Il fait principalement des visuels pour des trading cards. Pour ce qui concerne le visuel, nous voulions quelque chose d’original, qui attire l’attention. Le flic avec sa moustache, ça marche plutôt pas mal et dans 10 ans, les gens se souviendront encore de cette jaquette d’album. Mission accomplie !

Actumusic : quels étaient vos objectifs au début de l’album et comment a évolué le processus créatif ?
Jens : Chez nous, il n’y a jamais d’objectif, c’est un peu du pur feeling… On ne se fixe pas d’objectifs et on ne laisse personne d’autre nous en fixer ! Il y a peut être des groupes qui travaillent dans le style : « il me faut 3 ballades, 2 titres rapides, un trucs super heavy… ». Ce n’est pas du tout ce que nous faisons.

Actumusic : Vu le titre et l’artwork on pourrait imaginer que c’est un concept-album. Qu’en est-il ?
Jens : Pas du tout. Il s’agit de 10 chansons individuelles. On fait tout un peu dans le désordre : les chansons, les titres, l’artwork, donc au final, on peut nous prêter pas mal d’idées initiales mais en fait, il n’en est rien ! On rassemble des premières idées, on commence quelque part et on progresse au gré de nos humeurs et de nos envies.

Actumusic : quel est votre process d’écriture des chansons ? Combien de temps cela prend-t-il ?
Jens : c’est plutôt très rapide. Après un petit break après la tournée Avantasia, nous nous sommes retrouvés pour discuter. La maison de disque a suggéré de sortir le disque en avril. On est parti de cette date, en nous disant qu’on devait avoir fini en janvier, qu’on devait booker le studio en novembre et qu’on avait 9 ou 10 semaines de travail max avant et qu’on avait pas un seul titre écrit. Donc on s’est mis au travail. Ca nous a mis un peu de stress et une pression positive. On a travaillé un peu sous pression, y compris en studio car tous les arrangements n’étaient pas prêts. D’un autre côté, ne pas avoir le temps permet d’éviter de retravaillier les mêmes titres sans fin, jusqu’à perdre l’idée initiale. On a travaillé en mode : check-ok-next. C’est pour ça que l’album sonne plutôt frais. C’est un bon mix de nos racines et de ce que les fans aiment chez nous.

Actumusic : Avez-vous déjà tourné une video promo, en dehors de « Saber and Torch » ?
Jens : Saber and Torch était juste un teaser promo. Nous allons sortir une vidéo pour une chanson nommée « Love Tiger ». Elle est en cours de prod et nous sommes en plein process. Je ne peux pas en dire trop car c’est un truc que nous n’avons jamais fait avant…

Actumusic : Allez vous sortir une vidéo dans le style de « Robin Hood » ou « Superheroes » ?
Jens : Non, ce sera un truc complètement différent. Un truc que nous n’avons jamais fait avant. C’est étrange. Je suis vraiment excité au sujet de ce projet vidéo mais je ne peux pas en dire plus mais quand tu la verras, tu comprendras ce que je veux dire !

Actumusic : Les lyrics de « Saber and Torch » que l’on peut lire dans le teaser donnent une impression de sérieux, de message…
Jens : l’idée, c’est que des gens en attaquent d’autres, avec des critiques, des avis, et qu’il faut s’en affranchir. C ’est un peu l’idée de la chanson. Si tu veux en savoir plus, il faudrait demander à Tobias, car je ne sais pas exactement ce qui l’a inspiré. Ce que j’aime dans ce titre, c’est le côté dur, très Metal.

Actumusic : Ce titre peut être pris dans un sens politique, qu’en penses-tu ?
Jens : Tobias n’a jamais écrit de titre à caractère politique. Il écrit plutôt des chansons personnelles et ce n’est pas le rôle d’Edguy de pointer des gens du doigt, de leur conseiller de faire quelque chose ou pas. Vous pouvez trouver dans les chansons quelque chose qui vous touche personnellement mais ce n’est jamais un message voulu dans le sens où nous ne nous permettrions pas donner des conseils ou pire, des ordres, au gens.

Actumusic : le marketing de l’album se focalise sur la lourdeur, pourquoi ? Tu penses vraiment que c’est l’album le plus lourd de toute la discographie d’Edguy
Jens : Nous n’avions jamais fait un truc comme ça avant. Je peux te dire qu’à jouer, c’est très heavy et très proche de la limite de ce qu’on peut faire en matière de guitare rythmique. En ce qui concerne l’album, il faut mettre des étiquettes pour que tout le monde s’y retrouve et pour moi, la bonne étiquette, c’est « heavy ». « Age of the Joker » était plus une expérience, avec une musique dynamique, variée. Cet album est plus un retour aux sources avec une grosse production, un gros son. Je crois que tu as écouté l’album, donc tu vois ce dont je veux parler. Rien que le premier titre, « Sabre and Torch » qui est celui que nous avons diffusé pour la promo de l’album, a une rythmique très lourde, et au milieu, c’est très heavy. C’est vraiment du heavy bien lourd. Beaucoup plus que tout ce que nous avons fait auparavant !

Actumusic : Sur le site Web, vous écrivez qu’il est aussi lourd que des couilles de Diplodocus …
Jens : Oui. Ca c’est une blague de Tobias. Mais c’est vrai. Je ne vais pas te raconteur le truc habituel, que mon album est le meilleur de l’histoire du groupe et que tu dois écrire que tout le monde doit l’acheter, même si les groupes qui disent « notre nouvel album est le meilleur que nous ayons réalisé » sont sincères. C’est rare de sortir du studio et de se dire à soi-même : « on a fait un truc nul ». Quand tu as passé des mois sur un projet, c’est rare que tu aies lâché l’affaire et sorte en disant « on n’y est pas arrivé, le résultat est mauvais ». Concernant « Space Police », cet album est sincèrement le plus lourd, le plus heavy qu’Edguy ait produit. On a travaillé des mois dessus et on a vraiment le sentiment que c’est un excellent disque. Quand tu viens de finir un travail de plusieurs mois, tu en es fier et c’est normal. Même si un CD, c’est un document daté, il reflète où tu en es à un moment donné et donc cet album est ce qu’Edguy a fait de mieux en 2014 et de plus heavy !

Actumusic : Y a-t-il des guests sur l’album ?
Jens : Non, non, personne !

Actumusic : Votre line-up est très stable, y a-t-il un secret ?
Jens : Le secret ? Chacun dans le groupe sait écouter et parler. Donc dès qu’il y a des soucis, on en parle, on interagit et on règle les soucis. Ca a l’air simple mais cela nous garantit un certain calme. Bien sur, il y a des points de vues différents, des confrontations d’opinions, mais cela se règle toujours par le dialogue et une logique de compromis. Nous sommes cinq amis et nous apprécions et reconnaissons tous ce que chacun apporte au groupe. Aucun de nous n’abandonnerait l’aventure, juste pour une question d’ego et une confrontation qui prend une ampleur exagérée. Chacun est aussi conscient de ce que le groupe lui apporte. Nous savons mettre le groupe au dessus de notre ego et surtout, nous aimons ce que nous faisons, ce qui rend les choses plus faciles.

Actumusic : Partez vous prochainement en tournée ?
Jens : Oui, bien sur ! Nous participons à deux festivals en août et enchaînons sur la tournée Européenne. Nous allons revenir en France mi-octobre avec deux dates, notamment à Paris au Trabendo (Ndlr : cela a un peu changé depuis, finalement il y aura 3 dates, Lyon, Bordeaux et Paris, à la Cigale). Je suis très excité à l’idée de tournée à nouveau. Notre dernière tournée en première partie était il y a 3 ans. C’est sympa de repartir sur la route avec notre propre production, notre petit univers à nous…

Actumusic : Quel est ton pays préféré pour tourner ?
Jens : Oh, ça dépend beaucoup. Tourner en Allemagne, c’est très confortable, car on peut rentrer à la maison quand on veut ! L’Amérique du Sud, c’est top à cause du temps mais on a le jet lag. En fait, j’aime juste tourner, tant que le rythme reste raisonnable. Je préfère éviter les nuits à 2 heures de sommeil en enchainant les concerts où on ne peut pas être à notre meilleur niveau. En fait, être sur scène et avoir 2 ou 3 000 personnes devant nous qui apprécient le show, c’est le pied et ça vaut tous les soucis que nous pouvons avoir en tournée.

Actumusic : Te souviens-tu de votre show au Hellfest en 2012 ?
Jens : Yep, très bien. J’avais adoré ! Oui, j’en parlais avec un autre journaliste, notamment de Tobias qui se moquait des fans de Guns n’Roses.

Actumusic : A ce propos, quelle est la meilleure blague de Tobias ?
Jens : en fait, je n’en sais rien. Il en fait tellement. Ce que j’aime dans ce groupe, c’est que même si je fais partie du groupe, je ne sais jamais ce qui va se passer. Parfois, on a des moments géniaux comme au Hellfest, parfois, les blagues spontanées ne marchent pas. Et on se retrouve, ou il se retrouve, debout sur scène comme des idiots… Parfois, il y a des blagues qui tombent à plat et voilà… C’est moche ! (Rires)

Actumusic : Partages tu l’amour de Tobias pour les Gendarmes de Saint Tropez ?
Jens : Mouais, mouais... Disons que j'ai adoré les films quand j'étais enfant mais quand je les vois aujourd'hui... On va dire que c'est "charming" mais ce n'est pas le type de film que je mettrais pour passer une soirée romantique avec ma femme. Ce sont des films plus appropriés pour le Tour Bus avec mes potes !

Actumusic : Tu as participé aux 2 premiers albums d'Avantasia mais pas aux suivants. Y a-t-il une raison ?
Jens : Ben oui, on ne m'a pas proposé d'y participer ! Non, je plaisante. En fait, pour les 2 premiers, Tobias avait peur que les gens pensent quil allait se consacrer à Avantasia et qu'Edguy allait disparaître. Alors, pour éviter ça, il a intégré des musiciens d'Edguy. C'est toujours le cas avec par exemple Félix. Et c'est toujours important de montrer que les 2 vont continuer à exister.
Actumusic : Quel est le secret de Tobias pour rassembler sur scène un casting aussi fantastique que celui du dernier Hellfest avec Avantasia (Michael Kiske, Eric Martin, Ronnie Atkins...) ?
Jens : La qualité ! Et l'honnêteté ! Et le no-bullshitting. Tobias dit ce qu'il fait et fait ce qu'il dit. Et puis, aujourd'hui, c'est plus simple. Au début d'Avantasia, il devait convaincre les gens de le suivre, de participer. Avec le succès, tout est plus simple. Si Michael Kiske vient, c'est qu'il croit dans le projet, c'est une bonne musique, c'est un bon concept, Tobias est un mec super. Ca donne envie de venir !

Actumusic : il paraît que tu adores Nickelback. Pourquoi ?
Jens : Moi ? Oui, j'adore Nickelback, parce que c'est de la bonne musique. Pour moi, c'est un groupe injustement sous estimé. On a souvent l'impression en l'entendant à la radio que c'est simple et pas très travaillé. Mais en écoutant l'album attentivement, on s'aperçoit qu'il y a beaucoup de travail et que ces mecs sont excellents. C'est pour ça que j'adore Nickelback même si beaucoup de gens disent que c'est de la pop et que c'est commercial...

Actumusic : Qui est ton guitariste préféré ?
Jens : Paul Gilbert par exemple. J'aime les guitaristes qui combinent la technique et le feeling. Il y a beaucoup de gens qui cherchent à jouer super vite, vite, vite, encore plus vite... Et bien sur, ils oublient le feeling. Paul Gilbert peut faire des choses incroyables avec une guitare mais il n'oublie jamais le feeling. Quand j'ai commencé la guitare, j'adorais Kai Hansen (Ndlr : fondateur d’Helloween et de Gamma Ray). Il pouvait jouer à la fois très vite mais aussi jouer avec le feeling, très rock'n'roll. C'est ça que j'aime.

Actumusic : Si tu devais aller seul sur une ile déserte, quels disques prendrais-tu avec toi ?
Jens : Pourquoi j'emmènerais des disques sur une ile déserte où je n'ai pas de lecteur CD ? Bon ok, j'ai lecteur de CD. Mais rien pour manger, c'est pour ça que je prends des CDs, non ? Les 5 albums que je préfère, je dirais : “Back in Black” d'AC/DC, “Seventh Son of a seventh Son” d'Iron Maiden, “The Keeper of the 7 Keys” d'Helloween, “Operation : Mindcrime” de Queensrÿche et Billy Talent 2...

Actumusic : C'est très 80's...
Jens : Oui, ce sont les albums qui m'ont le plus insipiré. Tout commence en écoutant la musique des autres et moi, ce sont ces albums là qui m'ont marqué. Ce sont les classiques.

Actumusic : Et te souviens tu des premiers groupes que tu écoutais ?
Jens : Yes ! Scorpions “World Wide Live”. J'ai assisté à mon premier concert à 13 ans, dans ma ville natale. Je voulais absolument aller au concert, mais je n'avais pas le droit. Alors mes parents ont dit, tu peux y aller mais tu dois amener ta grande soeur... Bref, j'ai du amener ma grande soeur au milieu des metalleux à cheveux longs couverts de cuir...

Actumusic : A vos débuts, vous avez fait beaucoup de reprises. De quels groupes en particulier ?
Jens : Kiss, AC/DC, Bon Jovi, The Scorpions, Status Quo... Tout ce qui n'était pas grunge sauf Nirvana !
Actumusic : Smells like teen spirit ?
Jens : Et oui, comme tous les groupes d'ados de l'époque !

Actumusic : Et les groupes que tu aimes en ce moment ?
Jens : Justement, Billy Talent ! J'ai été bluffé la dernière fois que je les ai vus en live. En Allemagne, ils jouent dans de grands festivals. Il y a quelques années, j'ai eu la chance de les voir à Seattle dans un petit club, où nous jouions le lendemain. Nous sommes arrivés en avancer pour visiter le club et prendre nos marques. C'était un endroit très petit, intimiste. 350 personnes max et ces mecs jouaient là. C'était hallucinant. Souvent, j'aime les shows avec une grosse production, de la pyrotechnie... Ca m'a surpris d'apprécier à ce point, un show épuré, qui va à l'essentiel, dans un petit club. Quand tu retires la prod visuelle, il reste la musique et quand elle est aussi bonne, c'est génial. Ces mecs ont une énergie fantastique. Ce concert reste un des meilleurs que j'ai vus dans ma vie !

Actumusic : Et le titre d'Edguy que tu préfères jouer sur scène ?
Jens : « Lavatory Love Machine », très marrant à jouer sur scène. Et le plus souvent, ce que tu aimes jouer sur scène, surtout quand tu es fatigué, ce sont les chansons faciles ! Ca te permet de ne pas trop de te focaliser sur ton jeu et de pouvoir bouger, sauter partout !

Actumusic : Il y a beaucoup de groupes allemands qui ont beaucoup de succès. Pourquoi à ton avis ?
Jens : Difficile à expliquer sans se faire d'ennemis ! On va dire que nous, les allemands, nous n'avons pas vraiment le rythme dans la peau. Les sud américains ont la samba, les espagnols ont des rythmes dans la peau: ou le Flamenco et ce genre de chose. Je dois admettre que nous, les allemands, on n'a pas tout ça ! On n'a pas la blues, non plus... Ce qu'on sait faire, c'est marcher en cadence ! Si tu regardes les groupes allemands qui ont du succès, il n'y pas de groupe de blues ou style sud américain... Nous on sait faire des rythmes carrés et lourds, voire agressifs, comme Accept ou Rammstein. C'est avec ce type de musique que nous sommes les meilleurs. Pour jouer un rythme de heavy metal, pas besoin d'avoir un sens inné, comme le blues, c'est quelque chose qu'on peut apprendre. On peut s'entrainer. Alors que dans certaines musiques, soit tu as le truc, soit tu l'as pas et c'est mort !

Actumusic : Petit contre exemple... En France, on n'a ni le blues, ni le flamenco, ni la salsa, ni le Heavy Metal !
Jens : Euh oui... Vous avez le romantisme ! Pour en revenir aux allemands, nous avons un sens de l'exactitude, ce que l'on fait est généralement carré. Or, pour jouer du heavy metal, il faut être très précis, très structuré, organisé et discipliné, avec une bonne coordination. Et pour ça, on n'est pas trop mauvais. A mon avis, c'est l'explication du succès des groupes allemands. Mais c'est juste une idée personnelle.

Actumusic : Tu as joué sur la croisière « 70 000 Tons of Metal », ça t'a plu ?
Jens : Oui, beaucoup. C'est un peu particulier, tu peux amener des amis, c'est assez cool, tu rencontres du monde. C'était très intéressant. J'aime bien ce genre de truc un peu spécial.

Actumusic : Et te retrouver au milieu des fans, c'est pas un peu fatigant à la longue ?
Jens : En fait, quand tu es au milieu des fans, tu te souviens que tu es un fan toi même. Je me considère comme un fan. Donc me retrouver au milieu de 2 000 autres fans, c'est pas un soucis ! C'est vraiment marrant parce que l'atmosphère est très respectueuse. Bien sur, tu signes des autographes, tu te fais prendre en photo, mais c'est dans une bonne ambiance. Les gens respectent ta vie privée et ta tranquillité. Si tu es en train de manger, ils attendent que tu aies fini pour venir te voir. 2 000 personnes, ça a l'air beaucoup, mais très rapidement, tu connais tout le monde ! Pour les fans et pour les groupes, c'est super cool !

Actumusic : Et quand tu ne tournes pas, que fais tu ?
Jens : Encore de la musique ! Je fais un peu de sport pour être en forme mais sinon, je m'occupe de ma famille et je fais de la musique.

Actumusic : Et tu as des side-projects ?
Jens : Je fais mon propre truc, qui verra peut être la lumière du jour dans le futur ! Et sinon, je participe à un groupe de reprises d'Iron Maiden : 667. Un projet fun. Et je suis aussi dans un groupe avec des amis. Dans 667, je ne suis pas un membre permanent, je suis le 3ème guitariste. C'est confortable, parce que mon emploi du temps ne me permet pas d'être là à tous les concerts. Ne pas être un membre permanent est une bonne chose parce que les gens ne m'attendent pas alors que si j'étais un membre officiel, tout le monde voudrait que je sois là à chaque concert. Et il faut à chaque fois que j'explique pourquoi je ne peux pas être là. Donc je suis le "secret member", je ne suis pas sur la homepage. Je joue avec eux quand je peux et j'essaye d'être un special guest régulier. Et ce sont des amis, donc c'est fun !

Actumusic : Quelle est ta chanson préférée d'Iron Maiden ?
Jens : Il y en a tellement. J'adorer jouer “Wicker Man”, “Prisoner”, “Powerslave”, “Iron Maiden”...

Actumusic : Pour finir, tu as un message pour tes fans français ?
Jens : Pour tous nos fans en fait. D'abord, un grand merci à tous ceux qui nous supportent tout au long de l'année. Nous sommes totalement conscients que nous ne sommes pas responsables de notre succès. Bien sur, nous enregistrons des albums, mais ce sont les fans qui rendent possible l'enregistrement de l'album d'après, l'organisation de la tournée... Nous espérons que les fans vont aimer notre nouvel album et venir nous voir !

Actumusic : Merci Jens pour ton temps !




Photo
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