Interview Glenn Hugues (Black Country Communion) – 30/06/10

Par Scred | le 28/09/2010 | Les autres articles sur le Hard Rock

La Voix et les mots
Rencontrer Glenn Hugues, « the Voice of Rock », a quelque chose d’impressionnant, c’est communément admis… Pourtant, l’homme mince et souriant qui me reçoit dans sa chambre d’hôtel confortable et qui m’offre une tasse de thé avant même que j’ai eu le temps de m’asseoir dégage tant de sérénité que la pression qui pouvait peser sur mes jeunes épaules s’évapore instantanément. Glenn Hugues, c’est quarante ans d’histoire du rock n’ roll, c’est le « Burn » de Deep Purple bien sûr mais c’est aujourd’hui Black Country Communion, le groupe excitant du moment, qu’il emmène avec une joie presque juvénile en compagnie de Joe Bonamassa, Derek Sherinian (Dream Theater) et le très attendu Jason Bonham, fils de qui vous savez. La voix du rock avait envie de causer, tant mieux, on avait très envie d’entendre ce qu’elle avait à dire…
Interview Glenn Hugues (Black Country Communion) – 30/06/10 Actumusic : Glenn, tu as commencé la musique dans les années 60, en plein cœur du mouvement hippie, à une époque où le blues et le rock n’ roll commençaient à durcir le ton…

Glenn Hugues : Absolument !

A : Tu as joué successivement avec Trapeze puis Deep Purple, l’un des groupes fondateurs de ce que l’on appelle aujourd’hui le hard rock. Comment des gens aussi paisibles ont-ils réussi à produire une musique aussi violente ?

G.H : C’est vrai que je me considère comme un véritable enfant des sixties. Je vivais en Californie pendant cette période et… (Hésitation)… en fait tout est parti des Beatles ! La première fois que j’ai entendu Paul McCartney et John Lennon, je me suis dit, « voilà ma vie ! ». Je suis le fils caché de « Sgt Pepper », c’est vraiment de là que je viens, tout comme des groupes comme Deep Purple ou Black Sabbath, on était tous des « enfants fleurs ». Mon vieux copain Tony Iommi (guitariste de Black Sabbath ndlr) a beau être l’un des guitaristes les plus heavy que je connaisse, il n’en reste pas moins un type extrêmement doux et trèèèès cool ! Pareil pour Angus Young ou moi-même, nous sommes des gens très différents de nos personnages de scène.

A : Pendant cette période, tu as également fait partie du « Butterfly Ball and the Grasshopper’s Feast », un groupe avec lequel la France à une relation très particulière puisque dans les années 80, dès qu’il y avait une interruption des programmes à la télévision, le clip de « Love is all » était diffusé pour le plus grand plaisir des enfants de ma génération qui adoraient voir « la grenouille » ! Etais-tu au courant ?

G.H : Vraiment ? Ah non, je l’ignorais… Sacrée bonne idée !

A : N’est-ce pas ! Ce qui fait que nous autres petits français, avons apprit à aimer très tôt la voix de Ronnie James Dio qui chante sur ce titre et qui nous a quitté il y a quelques semaines. Quelle a été ta réaction face à cette disparition ?

G.H : J’étais sur scène à Bologne, en Italie, la veille de sa mort et j’ai parlé de lui alors même que j’ignorais qu’il était dans un état critique au même moment. Quelques heures plus tard, j’ai reçu un appel de Wendy Dio qui me disait que Ronnie était au plus mal. Et malheureusement, le lendemain à mon réveil j’ai appris que Ronnie était mort dans son sommeil à l’hôpital… J’étais vraiment abattu. Ronnie, Wendy et moi sommes de très vieux amis, nous nous connaissons depuis le début des années 70, Ronnie n’est pas juste un mec que j’ai rencontré comme ça, c’est un ami que j’ai connu pendant plus de la moitié de ma vie ! Les gens le connaissent comme un dieu du métal mais pour moi, c’est l’une des plus belles personnes que j’ai jamais rencontré… On devra se souvenir de lui comme cela, un homme bien.

A : Ce sera le cas, je n’en doute pas… Revenons à votre carrière, après cette rencontre, vous intégrez Deep Purple pour deux albums (dont le légendaire « Burn », ndlr) studio et un nombre incroyable d’albums live, j’en ai compté 13 et encore, je ne suis pas certain de les avoir tous repérés ! Du coup, ma question est simple… Si je ne dois en écouter qu’un seul, lequel devrais-je choisir ?

G.H : Whaaa… (rires) Je pense que je choisirai « Made In Europe » !

A : Ah oui ? Le premier ?

G.H : En fait, j’étais avec Tom Morello de Rage Against The Machine l’autre fois, et il n’arrêtait pas de me parler de ce disque ! Beaucoup de gens ont adoré cet album et m’en parlent encore… mais en fait, en réfléchissant bien, je me dis que le concert de Long Beach en 76* vaut également un coup d’oreille !

A : Durant ces trente dernières années, vous avez collaboré avec beaucoup de musiciens talentueux, comme Gary Moore, Whitesnake, Mötley Crüe ou encore Tony Iommi avec Black Sabbath, et même The KLF, ce qui est plutôt original ! Vous aimez cette vie de mercenaire ?

G.H : Pas vraiment… D’ailleurs, depuis quelques années j’ai décidé de garder un peu plus ma musique pour moi, exception faite de Black Country Communion car ce groupe, c’est vraiment ce qui remplit ma vie en ce moment. Par contre, j’ai gardé de très bons souvenirs des sessions avec mon vieil ami Tony Iommi ! Aujourd’hui, j’ai la chance de pouvoir choisir avec qui je travaille, autant que ce soit avec des gens que j’apprécie pas vrai ?

A : Certes ! Parlons donc du présent, j’ai discuté avec Joe Bonamassa il y a quelques semaines, et il avait l’air très excité par le projet Black Country Communion mais il m’a aussi dit qu’il fallait que je voie avec vous pour les détails !

G.H : Allons-y !

A : Comment s’est faite la rencontre avec le reste du groupe ?

G.H : J’ai rencontré Joe il y a trois ans au NAMM Show à Los Angeles, le grand marché de la musique. Il était très fan de mon groupe Trapeze et il est venu me voir pour en discuter. J’avais déjà entendu parler de lui et je savais qu’il avait beaucoup de talent, et à force de discussions, nous sommes devenus amis. Du coup, très naturellement, nous avons commencé à traîner ensemble, à dîner ensemble et une chose en amenant une autre, à faire de la musique ensemble ! Et puis un jour, Joe est venu jouer à la House of Blues de Los Angeles et m’a dit : « Glenn, ce soir ce serait sympa que tu te pointes pendant le concert » ! Et c’était parti… Dès le lendemain, on a appelé Jason Bonham et Derek Sherinian, tout s’est fait très vite.

A : Est-ce que ce sera le groupe d’un album ou peut-on espérer plus ?

G.H : J’espère vraiment que cela va durer plus qu’un album ! J’ai déjà fait tellement de choses dans ma vie et il m’en reste encore beaucoup à faire et ça, ça en fait parti parce que c’est quelque chose que j’aime faire ! Ce groupe, c’est comme si je plantais un drapeau dans le sol en disant, « c’est ça que je veux faire ! ». Et puis, j’ai toujours adoré faire partie d’un groupe !

A : L’album démarre avec une chanson intitulée « Black Country » qui est, à mon sens, la meilleure chanson que Led Zeppelin aurait pu enregistrer ces derniers temps…

G.H : (rires) Merci !

A :…mais de rien ! Avec la présence de Jason Bonham derrière les fûts, l’ombre de Led Zeppelin devait être plus présente que jamais…

G.H : Je le pense en effet… Pourtant, je n’ai pas vraiment écrit en pensant à Zeppelin. Il se trouve que lorsque l’on veut faire un disque de rock n’ roll traditionnel avec un son énorme, on finit souvent par aller dans cette direction ! Et je voulais que notre album puisse figurer sans honte à côté des premiers albums de Led Zeppelin, Black Sabbath ou encore le « Live at Leeds » des Who, un truc vraiment puissant. « Black Country » est un peu notre « Immigrant Song » ou notre « Highway Star », un vrai hymne au rock n’ roll !

A : On retrouve également sur l’album le titre « Medusa », une chanson que vous aviez déjà enregistré avec Trapeze dans les années 70. Pourquoi cette chanson en particulier au milieu de toutes celles que vous avez écrites ?

G.H : C’est à cause de notre producteur Kevin Shirley ! Lorsque nous avons décidé d’enregistrer un album, nous nous sommes retrouvés en studio et Kevin a dit : « Les gars, vous n’avez pas encore de chansons alors autant vous échauffer sur un titre que vous connaissez et que vous aimez tous, comme « Medusa » par exemple ! » Et le titre a fini sur l’album assez naturellement.

A : Kevin Shirley a l’air de s’être énormément impliqué dans la création de l’album, étais-ce le cinquième membre du groupe ?

G.H : Absolument ! Je veux dire très clairement que Kevin tient une place majeure dans ce projet… C’est le producteur de Joe et un ami depuis 20 ans et il a fait beaucoup pour le son et la qualité de « Black Country Communion ». C’est vraiment un disque qui « sonne » Kevin Shirley !

A : Pouvez-vous nous décrire une journée type de travail en studio avec « Black Country Communion » ?

G.H : C’est très simple en fait ! De midi à huit heure, en session continue ! Tout a été enregistré en live, au bout d’une ou deux prises, erreurs comprises ! C’était vraiment important pour nous cette approche du direct… Même les vocaux ont été enregistrés dans ces conditions, ce que vous entendez sur l’album, c’est ce que vous verrez en concert ! Sur le morceau « Too late for the sun », les six dernières minutes sont en fait un jam, comme si les Allman Brothers rencontraient Led Zeppelin ou Free, c’est du rock de stoners joué par des mecs pas stoned (rires) ! Ce qui est d’autant plus étonnant que nous n’avions jamais joué tous les quatre ensemble auparavant…

A : Quand le public français aura-t-il la chance de pouvoir vous voir sur scène ?

G.H : Très bientôt… Comme tu le sais, Joe tourne énormément en ce moment et moi-même, j’ai quelques concerts solos à assurer mais tu dois savoir que mon but principal pour cette année sera de faire décoller ce groupe. J’ai dû vivre à peut près tout pendant ma carrière et pourtant, avec Black Country Communion, j’ai une motivation intacte ! Et puis cet album a été taillé pour la scène, les chansons sonnent de manière infernale en live alors nous allons faire ce qu’il faut pour aller donner un maximum de concerts avec le groupe.



*Glenn veut-il parler du “On the Wings of a Russian Foxbat: Live in California 1976” paru en 1995, à moins qu’il ne s’agisse du « California Jamming: Live 1974 », paru en 1996, le seul album live paru en 1976 étant le « Last Live in Japan », bien éloigné des plages de Long Beach !
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