Interview Glenn Hughes (Black Country Communion) - 13/04/11

Par Maggy | le 28/04/2011 | Les autres articles sur le Hard Rock

Chanteur Abandonné
Lorsque nous avions rencontré Glenn Hughes, "The Voice of Rock", l'an passé à l'occasion de la sortie du premier album de Black Country Communion, nous étions tombés sous le charme d'un gentleman du métal, un homme affable, généreux et causant, qui posait sur sa (longue) carrière un regard détaché, surtout avide de découvrir ce que l'avenir lui réservait. Un an plus tard, le second album de l'un des groupes les plus excitants du moment est prêt à sortir et pourtant c'est un personnage un peu plus sombre qu'a interviewé miss Maggy May, notre nouvelle recrue dont je salue l'arrivée dans l'équipe au passage... Confidences d'un homme que la vie n'a pas épargné, sans langue de bois s'il vous plait.
Interview Glenn Hughes (Black Country Communion) - 13/04/11 Actumusic : Bonjour Glenn ! Vous sortez un nouvel album avec Black Country Communion à peine un an après le premier…

Glenn Hugues: Plein de gens viennent me voir aujourd’hui et me demandent cela, pourquoi si vite ? Et bien pourquoi pas ?! Le truc c’est que je ne dispose pas de dix ans pour faire deux albums… Je n’ai pas très envie de jouer à la rock n’ roll star à 75 ans. Je vais continuer à faire ça pendant encore une dizaine d’années et après je ferai des choses en acoustique, ou alors de l’Opéra, je ne sais pas… En faisant deux albums en un an, on établit notre marque.

A : Où avez-vous trouvé le temps d’écrire cet album ?

G.H : J‘ai pris six mois pour le faire autour de l’été dernier. Kevin (Shirley, producteur de BCC, nouveau Phil Spector, ndlr) m’a expliqué que Joe (Bonamassa, guitariste virtuose, génie du blues, ndlr) n’avait pas le temps de le faire à cause de sa tournée et de son propre album alors j’ai dit « Ouaiiis, d’accord mais je vais avoir besoin d’aide ! » et on m’a fait comprendre qu’il faudrait que je me débrouille seul. Du coup, j’ai été un peu sous pression.

A : L’enregistrement a dû être assez rapide également…

G.H : Depuis la dernière fois que nous nous sommes vu en juillet dernier, je suis rentré directement chez moi à Los Angeles et j’ai consacré tout mon temps jusqu’à novembre à l’écriture de l’album. Je suis capable d’écrire des tas de chansons mais pour ce disque, j’ai vraiment prit le temps de polir chacune d’entre elles, pour être sûr que ce soit les bonnes chansons pour ce disque en particulier. J’en ai écrit d’autres d’ailleurs mais Joe et Kevin ont trouvé qu’elles sonnaient trop « Glenn » pour Black Country Communion, peut-être un peu trop funky, trop proche de mon style solo en tous cas… Tandis que des morceaux comme « Man in the middle » ou « The Outsider » avaient ce côté « épique » que l’on cherchait.

A : Kevin Shirley a également écrit de la musique sur « 2 » il me semble, ce qui n’est pas très courant pour un producteur ?

G.H : Oui il a contribué à l’écriture de certains passages, tout comme Joe d’ailleurs ce qui explique leur présence sur les crédits même si la base des chansons à été écrite par moi seul.

A : Vous avez également contribué au titre « Heartbreaker » sur l’album de Joe Bonamassa… Y a-t-il une différence entre votre travail sur Black Country Communion et le fait de le rejoindre sur son album solo ?

G.H : Tu sais, Joe et moi sommes devenus de vrais amis depuis le temps, cela fait cinq ans qu’on se connaît. Lorsqu’il n’est pas sur la route, il passe beaucoup de temps chez moi. Pourtant, je pourrais être son père !

A : En fait, cela m’amène à ma question suivante, comment votre relation personnelle influence-t-elle votre musique et inversement ?

G.H : Il semble penser que je l’ai aidé à perfectionner sa façon de chanter, ce qui est faux car Joe était déjà et est de toutes façons un incroyable chanteur. C’est le genre de gars qui va vous dire qu’il est encore un étudiant… Je le comprends bien puisque moi-même, et je te le dis du haut de mon grand âge, je serai toujours un étudiant. Jusqu’au jour de ma mort, je continuerai à apprendre. Du coup, il est autant mon professeur que je peux l’être pour lui.

A : Ce nouvel album semble à la fois plus heavy et plus apaisé que le précédent… Quel était votre état d’esprit au moment de l’enregistrer ?

G.H : Super ! J’étais dans de bonnes dispositions mais, et c’est un gros « mais » (« a big but » dans le texte, jeu de mot de collégien de la part de Glenn puisque traduit littéralement cela signifie « un gros cul » ! ndlr) , si tu réécoute les chansons en faisant attention au contenu des paroles, tu te rendras compte que j’y parle de choses sombres, de pertes de foi, de la douleur de perdre des gens que l’on aime dans « Cold » car c’est ce qui m’est arrivé récemment, j’ai perdu beaucoup d’amis… J’ai gardé un secret pendant plus de vingt cinq ans et je commence seulement à en parler sur « Little Secret », je déterre des choses de mon passé que j’avais gardé sous silence jusqu’à aujourd’hui. C’est fini le temps des chansons « Boys kiss girls, girls cry » et tout ça.

A : Quel genre de secret avez-vous gardé si longtemps ?

G.H : Je ne peux pas trop me permettre de pleurer mes morts en public, je le faisais seul car j’ai perdu cinq personnes en un an… (silence) Mais j’ai compris que cela me soulagerait d’utiliser cette douleur en musique. Le résultat est très beau sur « Cold » mais infiniment triste, il faut le dire… « Little Secret » parle d’une chose qui m’est arrivé avec une fille il y a vingt cinq ans et que j’ai gardée au fond de moi pendant tout ce temps, je n’avais pas la force de la laisser sortir et puis voilà, maintenant c’est fait. Je sentais qu’il fallait que je le fasse. Je ne l’ai pas revue depuis seize ans mais quand je l’ai laissée partir, j’étais dévasté, tout comme elle. Mais dans cette chanson, je ne raconte pas tout, pas nos plus sombres secrets en tous cas, je ne voulais pas l’embarrasser. Je ne suis pas un salopard !

A : Et « An Ordinary Son », que vous chantez en duo avec Joe ?

G.H : Ah, les paroles sont de Joe sur celle-ci. Cette chanson m’a réellement fait pleurer, je dois l’avouer. Cela ne parle pas de Joe et de son père, que les choses soient claires, mais c’est extrêmement sensible dans la manière dont le texte a été écrit…

A : Vous devriez chanter plus de chansons ensemble !

G.H : Sur certaines chansons, c’est Joe qui était censé chanter et pour être honnête, il n’a parfois pas eu le temps de le faire et c’est moi qui m’en suis chargé… Sur « Crawl » par exemple, à peine Joe avait posé ses parties de guitare qu’il était déjà sur la route à nouveau ! Voilà un truc qui m’énerve un peu avec ce groupe d’ailleurs. J’ai besoin que mes gars, mon groupe me donne plus de temps. Ils aiment ce groupe mais j’en suis le principal auteur et le chanteur et je veux plus de temps avec ces mecs ! Mais ce qui est bien, c’est que nous allons entamer notre tournée et que je les aurai tout le temps sous la main ! Tu verras, au Bataclan, cela se sentira sur scène. Notre groupe est bon sur album mais sur scène, c’est un autre monde ! C’est d’ailleurs mon souhait le plus cher, je veux que ce groupe soit le meilleur groupe de scène de tous les temps, car rien ne remplace ce que l’on offre aux fans en live…

A : Dernière question, je me doute que l’on a dû vous en parler des dizaines de fois mais je me dois de vous demander quelques mots à propos de Gary Moore… Où avez-vous appris sa mort ?

G.H : J’étais en train de remettre un prix à Los Angeles et j’ai appris la nouvelle à mon réveil le lendemain matin… J’ai trouvé ça dingue ! Je l’avais vu l’été précédent, il était en pleine forme ! Il avait un peu grossi certes, mais bon, il ne buvait pas énormément, ne se droguait pas. Il est mort dans son sommeil à ce que l’on m’a dit… C’est une belle façon de partir finalement. Plus on vieillit, plus on est face à la mort, plus on pense à elle et j’y pense de plus en plus souvent, cela s’entend sur l’album d’ailleurs.



Journaliste: Maggy May / Trad: scRed
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