Interview David (Sidilarsen) - Zombie Rockerz Party - 11/10/2013

Par Cynthia K | le 11/12/2013 | Les autres articles sur le Métal

Le 11 octobre 2013 avait lieu la Zombie Rockerz Party à la Cigale avec Sidilarsen, Punish Yourself et le Catcheur, la Pute et le Dealer. Après avoir passée un bon moment avec Véhixe des Punish, j’ai pu m’entretenir avec David, un des deux chanteurs des Sidilarsen.
Interview David (Sidilarsen) - Zombie Rockerz Party - 11/10/2013 Actumusic : Bonjour David,
Tu viens de sortir de scène après ta prestation à la Cigale pour la Rocker Zombie Party, et notre première remarque c’est que c’était trop court. On vous avait vus l’année dernière au Divan du Monde pour un show époustouflant de 2 heures, alors là, on reste sur notre faim ! Pourquoi un set aussi court?

David : Au Divan du monde, on ne pouvait pas faire plus long que ça. 45 minutes, c’est vraiment court. Psychologiquement ce n’est pas facile de ne jouer que ¾ d’heure mais ça faisait partie du jeu dans le contexte de la Zombie Rockerz Party.

A.M : C’est la seule date que vous faites dans ces circonstances ou bien ce sera pareil sur les autres ?

D : Non, on refait cette configuration, les groupes passeront dans le même ordre mais on jouera plus longtemps car dans les autres villes de France il n’y a pas les mêmes contraintes horaires que Paris. Par exemple, avant nous il y aura des prestations de magiciens ou autre. On joue en premier mais c’est juste un choix artistique le catcheur, la pute et le deale est le groupe le plus electro, mais les deux têtes d’affiches c’est nous et punish et on sait que punish marche mieux quand il passe plus tard dans la soirée. Punish, il faut rentrer dans le délire. Donc sur les autres dates, on jouera plus tard mais surtout plus longtemps. On jouera 1h00, 1h15. Là, Punish étaient un peu prioritaire car ils sortent leur album (Holiday in Guadalajara, sortie le 7 octobre 2013). Nous, on est entre deux albums, on n’a pas vraiment d’actu.

A M : On vous a vu sur Paris il y a 1 an quasi jour pour jour, que c’est il passé ? Peux tu nous résumer cette année ?

D : 2013 est l’année de la compo, beaucoup de composition pour cet album qui va sortir le 27 janvier 2014, Chatterbox. Il y a eu un gros travail d’enregistrement, de préprod, de mixage, etc…2013 a été consacré à ce nouvel album. En parallèle, on a quand même fait quelques dates car on ne peut pas s'empêcher de tourner. On ne refuse pas les gens qui nous proposent de jouer, c’est déjà tellement dur de tourner pour un groupe. Quand on veut nous programmer, on dit ok, on y va. On ne peut jamais être sûr que la date se fera l’année suivante, tout est tellement fragile. On a fait quelques dates mais c’était moins massif que 2012. On commence à voir pour faire un clip avec nos proches car tout est artisanal mais au sens noble. On prépare aussi un nouveau spectacle car on a envie de présenter quelque chose de différent.

AM : Faire une mise en scène ?

D : Ouais, on va bosser sur une mise en scène. On va rester sur quelque chose d’assez classique, sobre, même si ce ne sera pas si sobre que ça. On va travailler sur de nouveaux éclairages, une nouvelle approche. L’idée c’est de renforcer le coté dancefloor en lui associant du visuel.

AM : Tu as déjà une gestuelle, tu veux rajouter quoi ?

D : Ça existera toujours. On ne va pas arriver avec un show où tu t’en prends plein la gueule mais où tu ne vois plus les musiciens, ce n’est pas du tout ça. On veut garder le coté humain, on va travailler sur les contrastes avec des morceaux qui sont plus dans l’humain et d’autres qui seront plus dans l’electro et le visuel.

AM : La mode en ce moment c’est les projections, les images qui semblent interagir avec les musiciens, c’est dans cette direction que vous voulez aller ?

D : On va aller surement vers de la projection mais pas comme le font pas mal d’artistes, on ne veut pas un grand écran, genre en fond de scène. Tu sais un grand truc où tu te focalises sur le visuel donc du coup tu ne vois plus le groupe.
On veut travailler sur deux petits écrans qui vont masquer les amplis et ils vont parfois être utilisés comme des lights. On fera apparaitre des mots aussi pour renforcer les textes. On veut travailler sur des choses simples mais efficaces. Et ce ne sera pas sans arrêts mais selon les morceaux. Il y aura un équilibre. On veut créer une sorte de dancefloor sur scène afin de rapprocher le groupe du public. On veut faire comme une boite de nuit.

Comme on a le batteur qui joue sur séquence avec des machines et que c’est lui qui les pilote on pourra faire en sorte que l’image soit parfaitement synchro avec la musique. On prévoit qu’à un moment on quitte la scène pour que le batteur joue avec des machines et une interaction avec les images. On veut faire respirer le set, le faire vivre.

AM : Tu parles de faire quelque chose de plus novateur donc ça sous-entend avec un peu plus de moyen. Est ce que c’est le fait d’avoir pu étendre votre public qui vous le permet ?

D : Ca fait très longtemps qu’on a ce genre d’idées, très longtemps. C’est effectivement compliqué à réaliser. Le groupe commence à avoir un petit peu plus de moyen mais ce sont des moyens qui restent très modestes. On n’hésite pas à s'endetter s’il faut investir. On a acheté par exemple, un camion qui a été très vite rentabilisé. On a toujours eu cette démarche et là c’est un peu pareil que ce soit le show, le merch, c’est artisanal. Mais on a un retour par le public, on ne s’est jamais endettés pour rien, on s’est toujours remboursés. On est une asso, l’asso Sidilarsen, ensuite, on est intermittent du spectacle. Tout passe par cette asso, on demande aussi des subventions et des aides sinon on ne s’en sortirait pas.
Mais effectivement vu qu’on a gagné une certaine notoriété, on a plus facilement des partenaires. Ca reste un travail de partenaires, de relation, de rencontrer des gens, de réfléchir. C’est une grande famille, il y a beaucoup de gens qui s’investissent pour nous aider. Là, la future décoration de scène sera fabriquée à Toulouse. On aime bien, le local, le fait maison, tout sera fabriqué pour Sidi. On n’y est pas encore et je ne sais même pas si le projet aboutira. On a l’envie mais je ne sais pas ce que ça donnera au final.

AM : Peux-tu nous parler de votre prochain album qui sort le 27 janvier 2014, ou veux-tu tout garder secret?

D : Je peux t’en parler même si j’ai souvent remarqué que lorsqu’un artiste parle d’un album qui va sortir, l’artiste se trompe. On a la tête nez dans le guidon. Souvent quand je lis une interview où un artiste décrit son album en le disant plus ceci ou cela quand je l’écoute après je me dis «ben non, je ne trouve pas». Ce que je peux te dire c’est qu’on l’a fait avec beaucoup d’envies et de sincérité. Après chacun l'appréhendera comme il le ressent. Nous pensons qu’il y a un coté un peu plus live. On a essayé de faire en sorte que les gens ressentent plus l’énergie qu’on a en live. On nous fait souvent la remarque que les albums sont biens mais qu’on nous préfère en live, qu’on ressent plus d’émotion. C’est vrai que notre musique est plus destinée à la scène et pas trop au studio. On assume aussi d’avoir des morceaux qui sont de bons morceaux d’album et qui ne sont pas destiné au concert ; ça fait parti de notre évolution. Avant, c’était inconcevable qu’un morceau ne soit pas fait pour être joué en public. Maintenant, pour nous, un bon album est un équilibre entre les morceaux qui ont plus d’ampleur sur scène et d’autres qu’on ne jouera peut être jamais (en live) mais ce n’est pas grave. Y en a deux, trois dans chaque album et ça fait aussi partie de l’histoire d’un groupe d’avoir des morceaux comme ça.

Mais on écrit en pensant à la scène, on vient du théâtre pour trois d’entre nous. Du théâtre assez underground basé sur la créativité.

AM : Vous avez toujours dans vos albums un ou deux invités au minimum, est ce que là c’est le cas?

D : On a voulu être plus sobre. On avait besoin sur celui-là d’être 100% Sidilarsen mais il y a une invitée.

AM : Pour certaines chansons, vos invités prennent une grande place et cela vous empêche de les jouer sur scène. Est ce que ça ne vous ennuie pas d’écrire et d’enregistrer des morceaux en sachant que vous ne pourrez pas les jouer en concert?

D : Quand tu es au quatrième album, tu peux te permettre des écarts, ce n’est pas grave. Mais par exemple, le morceau «offensifs» avec Mouss et Hakim (Zebda), on pourra le jouer uniquement à Toulouse. Ce n’est pas un manque d’envie. Par exemple, au Divan du monde si on avait pu les faire venir ça aurait été top mais les mecs ne sont jamais dispo. Entre Zebda, Mouss et Hakim et d’autres projets, car ils ont des tas de projets, ils sont injoignables. Mais bon, on ne sait jamais.

AM : Vous pensez vous mettre à écrire en anglais ou vous êtes contre?

On n’est pas fermé mais l’anglais ce n’est pas ce qui nous attire le plus parce que premièrement j’ai un accent en anglais qui est lamentable mais cette raison n’est pas vraiment valable. La vraie raison est que quand on écrit, on pense en français car l’anglais ce n’est pas notre culture. On n’a pas envie de faire semblant. Quand on écrit notre musique, on ne joue pas, on se livre. On est deux à écrire Viber et moi. On ne peut pas tricher. On a un infini respect pour les groupes qui chantent en anglais. Je cite souvent Gojira qui sont sincères. Ils savent écrire en anglais et ils savent chanter en anglais. Nous, si on chantait en anglais, on pense que ça ferait une sorte de caricature. Peut-être pas une caricature mais un masque. Et on trouve que beaucoup de groupes de métal français qui chantent en anglais ont des chants pas très intéressant. C’est un style, ce sont des codes, «je fais du métal, donc je gueule en anglais.».

AM : Certains groupes, après quelques albums en français, sortent un album en anglais pour exporter, se faire connaitre à l’étranger, ça ne vous intéresse pas?

D : Ca, ça ne nous arrivera jamais. Nous, on pense, on est peut être un peu atteins, qu’un groupe français à plus de chance de s’exporter en chantant en français plutôt qu’en anglais. On a déjà parlé avec des labels étrangers comme des labels anglais qui nous disent qu’ils sont morts de rire quand ils voient des frenchies débouler avec leurs chansons en anglais. Les deux artistes qui ont vraiment cartonnés en Angleterre, c’est GAINSBOURG et Vanessa PARADIS. Quand on regarde de nos jours les rares artistes français qui ont percé à l’international, ce sont des artistes dans l’electro où il y a trois mots d’anglais. Mais ce n’est pas du chant. Quand on regarde la scène métal, un groupe comme RAMMSTEIN a réussi à se mondialiser. Sur le sol américain, ils avaient sorti une version en anglais d’un de leur album qui a fait un bide. Ils ont dû le réenregistrer en Allemand ; ça ne sert à rien de chanter dans une culture qui n’est pas la tienne. Sauf si tu le fais avec sincérité et que tu es habile dans l’exercice. On a joué dans des pays où ils ne comprenaient pas un mot, en Hollande ou en Roumanie, ils ont quand même adoré. Ils ont acheté des tee-shirts «retourner la France». Ils comprennent le message. Ensuite, tu peux t’intéresser, tu vas sur internet pour traduire le texte.

Pour nous, si on chantait en anglais, on perdrait notre sincérité, de l’émotion. Mais on ne sait jamais, sur un titre ou deux, ça peut être un exercice intéressant. Mais ça pourrait être en espagnol ou dans une autre langue. Mais ça ne sera jamais pour plaire à l’international ou pour faire un album destiné à l’export.

AM : Vous avez l’habitude de faire des promos pour vos albums pas très orthodoxes (distribution gratuite de singles dans la rue). Vous avez prévu quelque chose pour cette sortie ?

D : Oui et non. Oui, dans l’idée de faire différemment de la promo mais on n’a pas envie de refaire la même chose. On veut utiliser des méthodes originales mais respectueuses. On a envie de ce contact avec notre public. Pour nous, notre maison de disques c’est notre public. On n’a pas de maison de disques. Notre label, c’est notre public. Et c’est grâce à lui que l’on fait de nouveaux albums. On est dans un système où on n’a pas de maison de disques. A chaque fois qu’on a signé (avec une maison de disques) ça c’est mal passé. On a arrêté. Y en a qui travaillent très bien mais on ne les a pas rencontré.
On a envie de garder le contrôle pour que tout reste cohérent, on veut véhiculer des valeurs que l’on retrouve dans nos textes, ça nous permet de garder le contrôle sur nos textes.

AM : En général, on aime catégoriser les groupes selon un style. Pour vous, on ne peut pas. Ca ne vous a jamais intéressé de faire partie d’un genre musical?

D : Si, ça fait 17 ans qu’on existe et pendant plus de 10 ans, les médias ne parlaient pas de nous car on était dans aucune case. Quand c’était la mode du néo métal, on était trop électro, puis trop indus, puis trop rock... Bref, on avait beaucoup de mal, on nous mettait en quatrième division. Aujourd’hui, il commence à y avoir du respect car on s’inscrit dans la durée. On a un style de musique qui est anti-mode, on n’est pas esclave de la mode. Mais on s’est posé la question car on a tellement galéré financièrement. Maintenant, on n’a plus envie d’être dans une catégorie, car de toute manière naturellement, on n’y arrive pas, on va juste essayer de renforcer notre identité. On a essayé de nous recentrer sur une identité en n’étant pas trop schizo, en gardant la spécificité de sidi.

AM : Vous verra-t-on au Hellfest?

D : On va y arriver. En tout cas notre tourneur dit que pour la prochaine édition (pour 2014) c’est probable. La dernière, ça aurait été judicieux car il y avait pas mal de fusion mine de rien. Le Hellfest a montré un peu plus d’ouverture et tant mieux. Donc apparemment il y a des chances.
Quand ils voient qu’on tourne beaucoup et qu’au bout de 17ans on est toujours là, ils se disent qu’on a notre place.
On adore jouer sur des festivals très bourrins, ça nous est arrivé en France et en Belgique pour montrer ce que sont les Sidi sur scène. On sait que l’énergie va y être.

AM : Vu que vous avez toujours de bons retours sur vos lives, pensez-vous un jour en enregistrer un?

D : L’idée est là depuis de nombreuses années mais pour l’instant on n’a pas pris le taureau par les cornes parce qu’on n’avait pas les moyens de faire quelque chose qui nous satisfaisait. Le Divan du Monde ça aurait mérité mais les salles parisiennes demandent sur contrat de payer extrêmement cher si tu veux commercialiser un live et on n’avait pas du tout les moyens de faire ça, ce qui est dommage vu les deux heures de show. Il faut qu’on réfléchisse pour faire ça autre part en France. On pense au bikini (salle de concert à Toulouse), mais la salle est un petit peu trop grande et trop froide. Une salle comme le Divan du Monde serait le top mais pas forcement à Paris mais une salle chaleureuse. On n’a pas encore fixé les choses mais ce serait la prochaine étape. Il est vraiment venu le temps de faire un DVD, ça fait longtemps qu’on le sait.

Merci pour cette interview et à très bientôt peut être en Juin 2014.
Leur album, Chatter box, sort le 27 janvier 2014.

Le concert à la Cigale était certes trop court mais intense, le sol tremblait sous l’impulsion du public. Une ambiance de dancefloor qu’on retrouve à chaque fois. La set-list était sans surprise et à permis à tous les fans de s’amuser et de chanter. Une énergie et une générosité sur scène qui nous transporte et donne juste envie d’y retourner.

Set list :
Retourner la France, Surhomme, Le meilleur est à venir, Back to basics, Paradis perdu, Technotrone, La morale de la fable, Fluidité, Breathe, Samira.

Remerciements à Louisa de Math promo

Propos recueillis par Cynthia K.
Avec la complicité de Lucas T.

Photo par Cynthia K.
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