Interview Daniel Davis (Year long Disaster) - 31/03/2010

Par Scred | le 01/04/2010 | Les autres articles sur le Hard Rock

Un guitar hero très discret
Après avoir écouté le furieux "Black Magic" signé par Year Long Disaster...
Interview Daniel Davis (Year long Disaster) - 31/03/2010 Je m'attendais à tout de Daniel Davis, guitariste et chanteur de l'un des groupes les plus excitant du moment, sauf à ce jeune homme discret et élégant, d'une douceur confondante qui plane a des kilomètres des clichés de la rock star qu'il est pourtant en train de devenir.

C'est attablé dans un bar familier des habitués de l'Élysée Montmartre qu'il a bien voulu répondre à mes questions, légèrement perturbé par le climat parisien (on est loin de la Californie!), et se réchauffant comme il pouvait avec un cappuccino ! Et oui, le rock n' roll c'est aussi ça...

Actumusic : Comment avez-vous choisi le nom du groupe, Year Long Disaster (ndlr : « le désastre long d’un an ») ?

Daniel Davis : C’est venu d’un groupe d’amis à nous, The Hawkses, un groupe de rock instrumental. Un jour ils ont écrit une chanson, nous l’ont fait écouter et quelqu’un a dit, « ça sonne comme « a year long disaster » ! C’est comme ça que le nom est apparu. Par la suite, nous avons eu des problèmes personnels Rich (Mullins) et moi, la drogue et d’autres trucs, nous avions l’impression que tout ce que nous faisions allait de travers... On s’est alors dit que peut être d’autres gens traversaient le même genre de galères et que ce nom pour le groupe collait parfaitement avec notre vie.

A : « Black Magic » est votre second album. Le premier avait été très bien reçu par la critique et le public, est-ce que cela vous a mis la pression pour écrire ce deuxième album ?

DD : Non, pas vraiment. Après le premier album, je ne savais pas exactement où j’allais, c’était la première fois que j’enregistrais un disque ! Par contre, je savais que c’était cela que je voulais faire... J’ai pleinement réalisé que j’étais chanteur dans un groupe de rock, pas seulement un guitariste qui devais chanter parce que personne d’autre ne voulait le faire et du coup, quand nous avons commencé à travailler sur le deuxième album, ma vision du truc était plus claire.

A : Comment avez-vous choisi le thème de l’album, le livre de Mikhail Bulgakov « The Master and Margarita » ?

DD : Il m’a semblé que la magie exprimée dans le livre était comme une sorte de rebellion rock n’ roll ! Quand le rock n’ roll est apparu, si vous étiez dedans, vous étiez forcément du côté du diable, vous étiez destiné à l’enfer. Cette musique allait complètement à contre courant de ce qui se passait à l’époque dans la société. Dans le livre, lorsque le diable arrive à Moscou, il apparait comme sinistre et effrayant mais ce qu’il tente de faire, c’est bel et bien d’amener un regain de spiritualité aux russes qui sont enfermés dans leur absence de croyance. Quand on intellectualise trop les choses, on commence à perdre toute la spiritualité qu’il peut y avoir dedans...

A : Saviez-vous que c’est ce même livre qui avait inspiré Mick Jagger pour « Sympathy for the Devil » ?

DD : Oui, un ami m’a dit cela récemment mais je l’ignorais au moment où nous faisions le disque ! Quoi qu’il arrive, la musique vient forcément de ceux qui nous ont précédé, rien d’étonnant à cela. C’était vrai pour les Stones aussi...

A : A l’écoute de « Black Magic », je n’arrivais pas à décider si j’étais en train d’écouter un groupe anglais avec des titres comme « Stranger in my room » or « Foggy Bottom » ou un groupe américain avec « Show me your teeth » or « Sparrow hill ». Où donc bat votre coeur ?

DD : Dans les deux pays je pense ! Je suis né en Angleterre, j’ai grandi au Etats-Unis, je suis toujours un peu entre les deux... Le rock anglais et le rock américain se sont fortement influencés l’un l’autre. Mais c’est amusant que tu trouves que « Stranger in my room » sonne anglais, pour moi c’est plutôt l’inverse ! Question de point de vue...

A : Qu’est ce qui vous a attiré vers ce genre de heavy rock seventies, pourquoi ne pas avoir choisi un son plus moderne, plus actuel ?

DD : Pour moi, cette période est une période de découverte musicale, trop souvent sous-estimée. Beaucoup d’humour et d’honnêteté également dans la musique, des choses que le rock moderne a un peu perdu de vue... Le métal actuel, plus populaire, me semble un peu schizophrénique. De jeunes garçons qui chantent, puis qui hurlent, puis qui rechantent... C’est pas mon truc ! Bon Scott, voilà un mec vrai !

A : Votre famille est célèbre pour avoir écrit quelques unes des meilleures chansons de tous les temps (ndlr : « You really got me » des Kinks, excusez du peu !), quand avez-vous décidé : « ok, je peux le faire aussi » ?

DD : Quand j’étais adolescent, j’ai pris une guitare et cela m’a semblé la chose la plus naturelle du monde à faire ! Je pouvais parler aux gens de cette manière sans avoir besoin de mots. Maintenant, il est vrai que je n’ai jamais pensé à me hisser au niveau de ce qu’avait fait ma famille, ils ont écrit tellement de chansons géniales que ça aurait été peine perdue. Mais comme j’ai grandi dans cet environnement, les tournées et le reste, ce style de vie m’a donc semblé tout à fait normal ! Étant petit, je ne me rendais même pas compte de tout ça.

A : Votre père et votre oncle ont-ils eu une influence sur votre choix de carrière ?

DD : Oui mais personne ne m’a dit quoi que ce soit ! J’ai fais un choix viscéral, c’était personnel. En même temps, cela nous a rapproché avec mon père. J’ai vraiment commencé à jouer quand Nirvana a explosé, et dans le néant total qu’était le rock à cette époque, cela nous a permis de nous connecter d’une nouvelle manière.

A : Lemmy de Motörhead a récemment déclaré qu’il préférait que les gens écoutent sa musique illégalement que pas du tout ! Et vous ?

DD : Il a dit ça ? (rires) En même temps, il n’a plus vraiment besoin de faire sa promo ! Pour nous, internet est vraiment une arme à double tranchant... C’est génial pour se faire connaître, les sites comme myspace ou facebook, mais aujourd’hui les gens veulent tout gratuitement... Alors du coup, la maison de disque propose un single gratuit en se disant que les gens iront acheter l’album mais ce n’est pas toujours le cas. Par contre, s’il écoutent l’album en le piratant, peut-être viendront-ils au concert, achèteront un T-shirt, etc.

A : Certes, mais qu’en est-il de l’objet en lui même, du disque... Est ce que vous vendez plus de disques en format numérique sur iTunes que d’albums en CD ou vinyle ?

DD : Je ne sais pas... Je préfèrerai quand même toujours l’objet au support numérique. Quand j’étais plus jeune et que je m’achetais un disque, je rentrais chez moi et je pouvais passer des heures à regarder la pochette en écoutant la musique ! Aujourd’hui, je vois des gens qui écoutent leur album sur leur ordinateur portable avec un son pourri en plus ! C’est beaucoup moins intéressant...

A : Pour finir, je vous ai préparé une petite adaptation du fameux questionnaire de Bernard Pivot, une série de questions à répondre par un seul mot, sans réfléchir...

Quelle est votre chanson préférée ? « The Green Manalishi » par Peter Green

La chanson qui vous fait changer de station de radio quand vous l’entendez ? Tout Lady Gaga !!!

Le bruit ou le son que vous aimez le plus ? Le craquement du vinyl, ou un orchestre qui s’accorde

Celui que vous détestez ? Aucun, j’aime le bruit !

Votre juron préféré ? « Fuck » est un bon mot !

Un homme ou une femme que vous pourriez tatouer sur votre peau ? Pas de tatouage pour moi, mais si je devais choisir, ce serait Jimi Hendrix.

Le métier que vous n’auriez pas aimé faire ? Serveur

Si vous pouviez vous réincarner dans un objet en relation avec la musique, quel serait-il ? Une guitare bien sûr, une Les Paul...

Si le Paradis existe, quel musicien voudriez-vous y rencontrer et que voudriez vous qu’il vous dise ? (rires) Encore faudrait-il que j’aille au paradis ! Je pense encore à Jimi Hendrix ou à Bon Scott. Je ne voudrais pas forcément qu’ils me disent quoi que ce soit, par contre j’aimerais bien apprendre d’eux de nouvelles choses...
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