Hellfest: Le Livre (Interview avec Alexandre Rebecq et Guillaume Delautre)

Par Scred | le 13/10/2015 | Les autres articles sur le Métal

Les Versets Sataniques
Le Hellfest a dix ans ! Ça, on le savait déjà… Ce que l’on ignorait par contre, c’est qu’à l’occasion de cet anniversaire, la bande de Ben Barbaud nous préparait un ouvrage commémoratif de ces dix années de festival, faites de joies aussi extrêmes que les musiques qui y sont représentées, de pas mal de galères aussi, de concerts mémorables, de pluies diluviennes et de sécheresse saharienne, la vie quoi ! Richement illustré, abondamment documenté, le livre du Hellfest fera figure de bible noire du plus grand festival de métal hexagonal, un superbe cadeau de Noël par anticipation et l’opportunité pour votre serviteur d’aller à la rencontre d’Alexandre Rebecq (responsable de la communication du festival) et de Guillaume Delautre (Merchandising) pour un entretien à bâtons rompus !
Hellfest: Le Livre (Interview avec Alexandre Rebecq et Guillaume Delautre) Actumusic : D’où vous est venue l’idée de faire ce livre ?

Alexandre Rebecq : Ça fait un bail ! (rires) C’est un bruit de couloir qui court depuis assez longtemps et que l’on a eu envie de concrétiser, un concentré d’anecdotes, de photos, d’idées autour de ce qu’est le Hellfest, et on s’est dit que l’arrivée de la décennie était une bonne occasion pour sortir ce bouquin ! Le déclencheur est venu de Bénédicte Beaujouan qui est la chef de projet, c’est elle qui a trouvé une maison d’édition susceptible de suivre le projet, qui avait une vision concrète de l’objet, vision qui n’était d’ailleurs pas ce que l’on avait en tête au départ…

A : C’était quoi votre idée à la base du coup ?

A.R. : On a toujours voulu un recueil de photos, mais la segmentarisation du livre a beaucoup évolué, les différents chapitres, tout ça… C’est un travail qu’on a fait ensemble, où Ben (Barbaud ndlr) est beaucoup intervenu, notamment dans le choix des photographes et des rédacteurs. On a également eu l’idée de demander à Phil Anselmo que l’on ne présente plus de rédiger la préface, tout s’est fait de manière naturelle. On remercie encore Bénédicte énormément parce que c’est grâce à elle que le livre a pu voir le jour, elle n’a jamais lâché l’affaire, même lorsqu’on a dû changer d’éditeur, elle s’est accrochée !

A : Arrêtons nous un instant sur l’ami Phil Anselmo…

A.R. : Il nous a fait le plaisir d’introduire le livre à sa manière, on a pensé à lui parce que c’est un personnage assez unique, qu’il est là tous les ans et qu’il a gardé, malgré son statut de chanteur mythique de Pantera, Down et tous ses autres projets parallèles, un côté proche, presque fan et il a bien conscience que s’il est là aujourd’hui, c’est grâce au public. Or ce bouquin, c’est un peu ça, rester proche du festivalier, montrer le Hellfest depuis son point de vue. Et puis Phil est chez lui au Hellfest, il va sur toutes les scènes, il est avec ses potes et surtout, c’est quelqu’un qui ne pose jamais de problèmes, il est super généreux avec l’organisation, les bénévoles, les fans… C’était vraiment un bonheur et complètement naturel qu’il participe à ce projet !

A : C’est un sentiment partagé par nombre de festivaliers, cette impression d’être à la maison lorsqu’on vient au Hellfest… Comment vous l’expliquez ?

A.R. : C’est assez particulier en effet, cela vient peut être du fait que nous mêmes, au sein de l’équipe, on est une bande de copains, je te parle du noyau dur là… Après, autour de nous, les gens qui composent le « Hellfest Crew » dont on parle dans le livre, c’est aussi des potes ou ça le devient avec les années ! Que ce soit les bénévoles, les exposants, les artistes et leur entourage professionnel, on fonctionne beaucoup comme ça. Du coup, de l’autre côté du rideau comme j’ai envie de dire, cela doit se ressentir au niveau du public ! Et au final, cela a même changé la mentalité des festivaliers qui venaient au départ au Hellfest POUR voir tel ou tel groupe, et qui viennent maintenant au Hellfest ET voient tel ou tel groupe ! On est très fiers de ça. C’est d’ailleurs pour cette raison que dernièrement nous avons écoulé 80% de nos places sans avoir annoncé un seul groupe, les gens nous font confiance ! Ils viennent pour l’expérience du festival, pour se faire une virée entre potes et moins pour voir un groupe en particulier.

A : Comment avez-vous pris cette décision un peu folle de mettre les places en vente avant même d’avoir une affiche ? Y’a-t-il eu débat ?

A.R. : Pas vraiment ! On était curieux au départ, il faut être honnête… Comme je t’ai dit, on sait que les gens nous font confiance, au point que certains achètent leur place pour l’année suivante pendant l’exploitation même du festival à tarif préférentiel, parce qu’il savent qu’ils vont revenir ! Nous avons toujours besoin de trésorerie pour faciliter les négociations avec les groupes, pour payer les prestataires de l’édition précédente, donc on s’est dit pourquoi pas ? On n’avait pas anticipé le raz de marée par contre ! (rires) Ce qui nous arrange puisque plus le festival affiche complet tôt, plus nous pouvons nous concentrer sur la programmation, les installations, etc, mais cela a aussi un revers, c’est que les fans sont d’autant plus exigeants puisqu’ils nous ont déjà accordé leur confiance ! Mais d’après ce que j’ai déjà entendu, je peux te garantir que l’affiche sera plus qu’alléchante !

A : Des Noms !

A.R. : T’as qu’à lire le blog de Zegut ! (rires) Plus sérieusement, pour des impératifs de promotion, de tournées, d’apparitions dans d’autres festivals, on ne peut parler d’aucun groupe pour le moment… Et puis pas mal de gens se fichent de la dizaine de headliners et viennent au Hellfest surtout pour les 150 autres groupes qui seront présents !

A : Avant d’être organisateurs, vous êtes des fans de musique, cela transpire dans votre discours… Comment gérer vous ce plaisir de travailler avec les gens qui vous ont donné envie de faire ce métier ?

A.R. : Là aussi, c’est le revers de la médaille ! (rires) J’ai commencé par travailler dans la production et quand tu approches un peu le business de la musique, tu découvres le côté sombre de la chose, de certains artistes, leurs doléances, en tant que fan ça n’a pas toujours été facile de travailler avec certains groupes par exemple, je me souviens de mon premier contact avec un groupe pourtant très punk comme Napalm Death que j’adore toujours cependant, mais avec qui cela ne s’est pas passé comme je l’imaginais, ou encore Satyricon… Dans tous les cas, il faut rester professionnel, c’est le plus grand respect que tu puisses donner aux artistes. Mais le plus dur, c’est quand même d’être programmateur ! Au Hellfest, c’est réparti entre Ben pour les Main Stages, Yoann (Le Nevé) pour la Warzone et la Valley et Hélène (Désoulière) pour l’Altar et la Temple et c’est là qu’il faut bien faire la part des choses entre ce qu’on a envie de voir soi même et les groupes que notre public aura envie d’aller applaudir, les pépites qui donneront de la couleur à nos scènes, les groupes en vogue que l’on est obligés d’avoir ! Pas évident. Nos découvertes personnelles, les groupes qu’on va chercher sur un coup de cœur doivent représenter une dizaine de noms, pas plus.

A : Nous sommes en septembre 2015, en quelques mois on vient de voir sortir les nouveaux albums de Motörhead, Iron Maiden, Slayer, bientôt Def Leppard… Il y a quelques semaines, le Figaro que l’on ne peut pas vraiment taxer de quotidien du hardos a publié un long article sur le Hellfest et le métal en général, est-ce que tu penses que le Hellfest accompagne ce revival métal en France ou qu’il en est peu ou prou à l’origine ?

A.R. : En toute modestie, je pense sincèrement qu’on a fait partie des déclencheurs, que le Hellfest a fait des petits. On est très heureux de voir fleurir les Motocultors, Extreme Fest, Fall Of Summer et cie, c’est des potes d’ailleurs, certaines de nos équipes y bossent aussi ! On est pas vecteurs de la musique, mais je pense qu’on est vecteurs des acteurs sans aucun doute. Le succès du Hellfest fait que c’est plus facile d’organiser un festival de métal en France désormais, vu que tout s’y passe bien !

A : En quelle année tu considères que le truc a explosé ?

A.R. : 2012, avec le changement de terrain, l’agrandissement des scènes, des groupes un peu plus grand public comme Status Quo, Lynyrd Skynyrd, c’est à partir de là où le festival s’est ouvert, où on est presque devenus à la mode ! Il n’y a pas que des métalleux au Hellfest désormais ! Et cela a permis également de véhiculer une image positive du mouvement, au delà des codes classiques un peu violents, la destruction, tout ça… Maintenant, il faut avouer qu’au départ quand Ben a proposé le festival à Clisson, il ne parlait pas de musiques extrêmes ! C’était censé être du rock, point barre ! On tend à se rapprocher un peu de ce mensonge fondateur désormais… Et le plus drôle, c’est que maintenant, les riverains, les prestataires, tout le monde parle de métal extrême comme si de rien n’était, ils en sont fiers ! (rires)

A : Un moment marquant en particulier dans ces dix années de Hellfest ?

A.R. : C’est pas tellement un moment, plus une émotion récurrente… Il faut savoir qu’on est bloqués en bureau de prod quand le festival commence, moi je ne vois pas le monde arriver pour te donner une idée. Et quand je rentre sur le site, je passe du jour à la nuit, tout le monde est là ! Et il y a une montée d’émotions assez forte, tu te dis que le boulot d’une année entière est devant toi et ça remue !

A : Un commentaire sur l’inflation des cosplays et autres déguisements débiles cette année ?

A.R : Ben c’est marrant quoi ! (rires) C’est un exutoire et peut être une manière de se faire remarquer aussi… Et c’est propre au Hellfest ! Je reviens du Fall Of Summer, et en dehors des vestes à patches, tu vois pas trop ce genre de trucs ! La prochaine étape, ce serait de rendre le camping aussi dingue que le site ! On y travaille…

A : Je me tourne vers toi Guillaume maintenant, parce que j’ai quand même envie de causer du merchandising du Hellfest, qui est un truc à part entière… Il est de notoriété publique que le fan de métal est un bon client en terme de produits dérivés et au Hellfest, le stand du merch est devenu incontournable ! Comment choisissez vous les designers, les modèles, les produits en général ?

Guillaume Delautre : Au tout départ, tout se faisait en interne avec notre collaborateur et pote Mush (Thomas Boutet, responsable du graphisme du festival) qui faisait tout, littéralement, les T-shirts, les affiches, la totale. Et puis le festival grandissant, il était débordé à cause des décorations du fest, du site internet, des publications de presse, du coup on a fait appel à d’autres copains en local, à des artistes de renom également comme Erik (Danielsson ndlr) de Watain qui nous avait dessiné des T-Shirts en 2012 mais en général, on essaye de travailler avec des mecs qu’on connaît. Mush continue d’en faire un par édition pour garder l’identité du festival, mais par exemple, deux des modèles de 2015 ont été dessinés par un membre du fan club du Hellfest, un Clissonnais qui se débrouille bien !

A : C’est toi qui gères l’ensemble du merchandising, le choix des produits ?

G.D. : Oui ! Depuis 2008. Quand Ben a réalisé qu’il y avait quelque chose à faire dans ce domaine, il m’a embauché. J’avais une boutique de fringues et de disques sur Nantes, étant métalleux de base, je connais bien les codes et ce que les fans aiment, du coup ça s’est fait très naturellement. En plus de ça, j’ai beaucoup de contacts au travers de mon ancienne activité, du coup je suis un peu au courant de ce que les gens ont envie de voir arriver dans nos stands… On ne réalise pas tous les projets mais une partie de ces suggestions arrivent à être concrétisées !

A : Les stands c’est une chose mais le Hellfest Shop sur le site internet du festival fonctionne toute l’année avec la majorité du merch de l’année précédente mais aussi quelques références de l’édition d’avant… Vous ne réimprimez pas des trucs des années antérieures ?

G.D. : C’est à dire qu’on n’a pas la place de stocker plus que ça ! On a déjà près de 150 références sur le site ! Il faut une certaine place pour pouvoir gérer tout ça et quand on décide de faire un retirage, on a un minimum de pièces à devoir produire. On ne peut pas le faire à l’unité, à la demande… Pour te donner un exemple, cette année on a vendu tous les T-Shirts pour homme, j’en ai donc fait un retirage qui a été épuisé en dix jours ! Le second retirage était totalement vendu en août, donc on en est au troisième retirage et là, on voit la demande se tasser. À moi de décider si on vit sur ce stock jusqu’au bout… Mais j’ai une petite exclu pour toi, on travaille avec notre graphiste sur une réédition de modèles marquants, c’était un projet qu’on avait pour les 10 ans mais qu’on a pas pu réaliser à temps, un modèle par année histoire de marquer le coup !

A : Vous avez envisagé des partenariats avec les groupes pour produire du merchandising officiel vendu dans vos boutiques ? Il y a déjà certains clin d’œil aux têtes d’affiches sur vos T-Shirts…

G.D. : Non, c’est trop compliqué ! Le business est devenu tellement dur que dorénavant, vous ne verrez plus les logos des groupes sur le dos de nos T-Shirts… Les clins d’œil auxquels tu penses (le clown pour la venue de Slipknot en 2015, le squelette barbu pour ZZ Top, etc.) sont des références innocentes et presque des coïncidences ! (rires) Certains se chamaillent pour la place du nom du groupe sur le T-Shirt, la taille du logo… C’est pour cela qu’on a même arrêté de faire des DVD’s, les demandes de royalties sont devenus trop importantes.

A : Et bien merci les gars, on a hâte de voir ce que vous nous réservez pour l’édition 2016 !

En attendant et pour patienter, le livre du Hellfest est en vente pour 35€ (une misère !) dans toutes les bonnes librairies depuis le 7 octobre, une lecture chaudement recommandé par la rédaction d’Actumusic au complet ! Une rédaction d’ailleurs représentée au cœur de l’ouvrage par sa rédactrice en chef, Peggy Cremin, coupable d’une sublime photo de Candlemass en page 227 ! Je dis ça…
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