Hellfest 2016 - Day 3

Par GnoK | le 22/09/2016 | Les autres articles sur le Métal

Dimanche 19 Juin


La nuit de samedi à dimanche a été encore plus courte que la veille. Peut-on vraiment parler de nuit quand on somnole moins de cinq heures sans rêve ? Bon vu ce que mon informateur du camping m’a rapporté, j’ai au moins eu la chance de pas être tombé dans un traquenard. Plus précisément une embuscade. Mon indic se baladait avec un de ses potes et ils tombent nez à nez sur une énorme botte de foin au milieu du chemin. Un type court et se jette dans la paille, surgit alors de nulle part une bande de bandits de grand chemin qui le roue (gentiment) de coup de pied, transformant l’infortuné en un épouvantail de chaume. Ouais donc comme je disais, je m’en sors bien avec ma courte nuit.



NIGHTMARE
Si pour certains cette nuit fuit un cauchemar, pour ma part le groupe de power metal Nightmare va être mon petit dèj. La chanteuse Magali Luyten est aux petits soins, nous demandant si le Hellfest est bien réveillé, si on est encore au café, qui prend l’apéro ou s’il y a des Belges ici. Le public bon enfant lui rend une sympathique ovation. Les nouveaux morceaux Red Marble & Gold et Serpentine présentées en première exclu mondiale est leur récompense. C’est ce que le public attend, se sentir spécial, avoir la chance et l’insigne honneur d’être les premiers à découvrir quelque chose.
La chanteuse a une voix plus burnée que certains hommes et je dis ça avec beaucoup de respect pour tous les eunuques adeptes du chant de castrat qui peuplent la scène métal. Si tous les cauchemars et mauvais rêves sont aussi plaisants c’est sur que je retournerais bien me coucher. Un riff rageur sur Eternal winter me sort de mes songes. La douce voix de Magali me rappelle à l’ordre : « C’est pas parce que je suis une gonzesse que vous pouvez pas montrer vos nichons, ça fait plaisir aux autres. ». Ah le plaisir d’offrir, la joie de recevoir !
Hélas mon champ de vision est limitée je ne sais pas si de courageuses mélomanes donnèrent en pâture aux regards lubriques des mecs frustrés. C’est amusant de voir qu’à force d’interagir avec le public en le caressant dans le sens du poil on pourrait la croire en pleine campagne électorale, en mode séduction des électeurs. Moi personnellement je peux dire que ça a bien marché. A voté !



MUNICIPAL WASTE
La couleur est annoncée avec un énorme étendard où figure une image de Donald Trump se faisant sauter le caisson avec une arme à feu. Malgré mon érudition je ne reconnais pas le calibre utilisé dans l’illustration assez explicite quant à la position du groupe sur l’échiquier politique US. Je peux néanmoins dire sans me tromper qu’ils ne sont peut-être pas ultra-cons(ervateurs).
L’intro cristalline contraste un peu avec l’ambiance générale. Mais après un petit tour de chauffe le cristal se brise en mille morceaux, piétiné par un Circle Pit déjanté. Ce tourbillon humain s’est déclenché spontanément sur Unleash the Bastards, aucune invitation verbale nécessaire, la réputation du groupe a suffi et sûrement le titre du morceau qui doit servir de berceuses à la plupart des fans déchaînés. Ce vortex géant attire irrésistiblement les bourrins matinaux, aspirant les corps humains dans un gigantesque Thrash Compactor et dégueulant sporadiquement divers objets gonflables: ballons carmins, requins bleus, crocodiles verts, poupées rosâtres.
A la question du chanteur Tony Foresta «Holy shit what are you doing up early ? », la foulé hurle un « APERO ! » de circonstance. Après ce petit interlude la bétonneuse se remet en marche. Ca résonne nos oreilles comme un parpaing dans une machine à laver. Du bruit de la fureur. La machine s’emballe, les fossoyeurs se lance dans une sarabande déglinguée, le circle pit tourne comme un hamster en surrégime, bourré à la caféine et avec une pile de 9V coincée dans le fion.
« What the fuck is happening? You guys are wild men ! ». Voilà en gros la réaction du chanteur devant ce foutoir auquel il ne s’attendait pas. Un rouleau de PQ s’élance dans les airs. Ca tombe bien il va en falloir un bon paquet pour torcher tout ce merdier. Le vortex s agrandit, aspirant les pauvres égarés vers la fosse septique. Et on trouve qui dans leur fosse septique ? Deux anciens présidents républicains étatsuniens que deux chansons célébrent : I Want to Kill the President et I Want to Kill Donald Trump. Comme pour se justifier ou confirmer leur orientation politique le chanteur déclare tranquillement que « Not every American is an idiotic racist piece of shit, if you like Donald Trump, stand in the middle ». Il n’en fallait pas plus pour déclencher une onde de choc. L’enfant illégitime entre un pogo, un circle pit et un wall of death . Le chaos est indescriptible. Enfin i : « Holy shit you guys are RAD! ». Radiations c’est bien l’effet que laisse les retombées de cette explosion musicale.

INTERLUDE WTF
Entendu au détour d’un chemin :
Personne 1: c’est quoi tous ces t-shirts avec « crème » écrit dessus?
Personne 2: Avec quoi ?
Personne 1: Ben ceux la en rouge…
[silence]
Personne 2: Euh c’est écrit « crew… »
Personne 1: Ah OK !
[silence]



DEATH ALLEY
Sur ces entrefaites mes pérégrinations m’entraînent devant l’ALTAR. Mais après la bonne grosse raclée que je viens de prendre avec Municipal Waste, ce dernier me paraît bien fadasse, comme bouffer du plâtre ou s’envoyer une soupe au Smecta. Bon tu me dira vu les flaques de vomi qui tapissent le sol devant la buvette je me dis que ça pourrait être intéressant de vendre du citrate et du doliprane à la sauvette.
Je suis acceuili par un tonitruant “We are Death Alley and happy to be here today”. Je constate que c’est le cas vu l’énergie déployée par le chanteur. Bon je scotche aussi sur sa moustache old school et si on y ajoute ses favoris le tout suinte joyeusement le rétro. Public statique, mais le métal ce n est pas que du bourrinage. On peut aussi et on se doit d apprécier la musique, les mélodies, et parfois même les paroles. Et ouais mon gars, bon faut avouer qu’on s’en bat un peu la race des lyrics quand on est bourré ou nul à chier en anglais, de toute façon vu le son parfois inaudible on se dit que ses couillons d ingés y z'y connaissent rien.
L’ambiance est contemplative. Même les accélérations de riffs, la frénésie orgasmique des décibels n’arriveront à faire décoller les semelles du public. On s embarque dans une promenade onirique, bercé par le smooth du blues. Parfois le rythme s'emballe, on se lance dans une course poursuite. Y-sommes nous les poursuivants ou la proie? Au final on s'en fout, on fonce tout droit, à fond vers l’horizon.

TURNSTILLE
Oh purée, il y a encore des gens qui ont encore de l’énergie après 3 jours de festival pour bourriner la Warzone ! Nos amis punks de Turnstille rentrent dans le vif du sujet sur Fazed Out. Sur cette danse de guerre quasi tribale une (bonne grosse) poignée d’enragés foutent gentiment le bordel. . Certes on est loin du foutoir le plus remuant mais c’est assez vivant pour être apprécié. Et puis il ne faudrait pas rendre le déjeuner trop tôt non plus. Le tonifiant titre Keep it Moving illustre parfaitement la situation et me pousse à aller voir ce qui se passe ailleurs. La Warzone c’est comme le travail, faut y aller à petites doses.



VINTAGE TROUBLE
On m’avait prévenu mais c’est toujours surprenant de tomber sur du blues groovy. Un peu comme une oasis de douceur dans cet océan déchainé. Ranger dans une case c’est pratique, mais parfois celle-ci s’avère trop petite. C’est exactement le cas pour Ty Taylor et sa formation. Comment le décrire ? Réverend Elvis Brown serait une définition assez correcte. Il commence son sermon par un “Say hello to somebody you don’t know”, il n’y a pas mieux pour introduire le titre Total Strangers.
Après nous avoir demandé « Do you know how to do the wave? », il intimant le public à imiter les flots d’un cours d eau. Le prêcheur en quelques mots a mis le public dans sa poche et c’est là-dessus qu’il entame Run like the River. On est ferré comme des poiscailles par son Gosp-Hell. C’est tout naturellement qu’il descend dans le public et fend la foule comme un Black Moses. Après avoir traversé toute celle-ci (et je vous assure qu il y a du monde devant le Mainstage 1), il se fait porter triomphalement jusqu’à la scène dans une ambiance complètement folle au rythme d’entêtants « Run Baby Run ! »
Le public est en transe dès les premières notes de Strike Your Light. Un mot de lui et les mains se lèvent, un autre et elles se baissent. Un Get down fait s’accroupir le public et c’est une vague humaine qui se lève sur son Get up now ! Je ne vous raconte pas l’atmosphère électrique, je dévisage mes voisins en me disant que j’avais vraiment passé un excellent moment et que je regrette d’avoir loupé le début du show. Je ne referais plus cette erreur à l’avenir !

NO ONE IS INNOCENT
L’intro nerveuse de Nomenklatura est un rappel à l’ordre : ouais on a peut être 20 ans au compteur mais on est encore dans le putain de game ! Je ferme les yeux et je me retrouve seul dans ma chambre à hocher de la tête sur leurs riffs. Le son n’a pas pris une ride, enfin peut être une petite patte d’oie vite fait. En parlant de joyeux volatil, un mec arborant un somptueux t-shirt d’un festoche quelconque passe dans mon voisinage. Entre les différents noms de groupes on distingue un mot en particulier : Calogero. Oh bordel il se fait chambrer par tout ce que le Hellfest a de respectable, c’est une incitation à la raillerie, de la provoc ! Comme de foutre du MacDo devant Jean Pierre Coffe sous acide.
La chanson Charlie est une dédicace aux victimes de Charlie Hebdo et du Bataclan, Kémar Gulbenkian nous conjure de faire front à ces FdP de Daech. Et comme pour faire écho sonne le morceau Djihad Propaganda nous le rappelle. La rage est intacte, tout comme leur insoumission. Ni Dieu, ni maître ! Ca devient le foutoir dans le pit, c’est un peu le moment idéal pour Kémar de prendre un bain de foule sur Johnny Rotten, le public s’échauffe et ça repart de plus belle ! Ecouter NOII c’est comme revoir des vieux potes, on ne sait pas quand on va se retrouver, mais à chaque fois c’est toujours un plaisir.

GOJIRA
Encore une fois je regrette de ne pas m’être incrusté plus tôt dans le public tant le chemin est rendu impraticable foule compacte. Arrive mon sauveur un jeune homme bien motivé me propose de servir de chasse neige humain. Muni d’un animal gonflable dont le souvenir de l’espèce s’est évanoui comme bière au soleil, il me fait gagner vingt mètres et vu la densité du public, cela revient à 20 minutes de « Excusez moi, pardon, merci » condensées en trois. On est toujours plus clément avec les clowns. Je le lâche au détour d un chemin, je ne veux pas risquer la noyade.
La batterie pétarade, le moteur grogne, crache du plomb, entonne un lourd vrombissement continu. On ne peut pas dire que ce soit le gros déchainement sur scène, on est loin d’un show à l’américaine, comme si ce groupe jouait pour lui plutôt que pour le public. Ce n’est qu’une impression car ce dernier justement il s’en bat la race, il est ici pour se manger la déferlante Gojira dans la tronche. S abandonner aux salves dévastatrices des rafales soniques. Alors bon tant pis pour la chorégraphie
Pour beaucoup d’entre nous écouter du Gojira relève de l’expérience mystique. Le tissu même de al réalité se déchire, on pénètre alors dans un monde à part. Une réalité aussi inclassable que le groupe. Comment le définir d’ailleurs ? Ce groupe de Death Metal a toujours puisé ses sources dans la spiritualité, la nature et l’humain. Ouais c’est ça tu peux le dire, mais si tu n’oses pas je vais le faire à ta place : des putain s de hippies ! Oh Saint Cartman délivre nous du mal !
Je suis tiré de ma torpeur par un voisin me demandant comment j’allais, s’ensuit un dialogue de sourd (on entend effectivement rien), je comprends que c’est son 4ème Hellfest et que ca lui fait toujours plaisir d’être là. Plaisir partagé par tous vu qu’on découvre et dévore aussi 2 titres de leur nouvel album: Silvera et Stranded. Je me fait la réflexion Parfois tu regardes ta montre en te demandant quand est ce que ce fichu concert va finir, pour savoir combien de temps il te reste, si tu auras le temps d’enchainer avec un autre groupe sur une scène à l’autre bout du Fest. Un peu comme un condamné dans le couloir de la mort d une prison ricaine. La petite aiguille égrenant les secondes qui restent avant la quille. Et donc bizarrement non pas ici, pas maintenant. Le temps est aboli.
Après ces morceaux encore plus barrés que dans les opus précédents, le contraste est encore plus saisissant quand démarre un Wisdom comes plus couillu. Faster, Happier,More Destructive. Comme pour s’assurer que ce morceau a bien réveillé tout le monde, Joe Duplantier interroge le public : « Est-ce que vous êtes vivants ? » La clameur du public est une réponse plus qu’explicite. On se fait littéralement latter par le son de GOJIRA , tel le monstre éponyme piétinant allègrement l’humanité et ses futiles réalisations. Mother-Fucking-Nature !

BLIND GUARDIAN
Avec plusieurs années de recul je me remémore la découverte de ce groupe atypique de Power Metal. C’est un pote rôliste fan des Terres du Milieu de Tolkien qui m’initia. Bon à l’époque j’étais (encore) un peu plus radical niveau musique et j’ai toujours trouvé que le son ET le nom du groupe les faisait passer pour des sales hippies. Je sais ce que vous allez dire les préjugés c’est le mal. Et être victime d’ostracisme musical aurait du éveiller en moi plus de sympathie. Et bien non pour moi c’était des putains de tree-huggers, que j’écoutais en cachette. Et bien je me suis bien fourvoyé, c’est pas des peace and love qui iraient tuer les dieux du Valhala sur le morceau éponyme. Bon c’est pas du Deicide non plus hein ! Mais de les voir ainsi assumant totalement, revendiquant leur sources d’inspirations heroic-fantasy et mythologique, c’est surtout la preuve que tu peux faire de la musique épique qui envoie sans te trimballer tout le décorum en carton et les costumes cheap.



SLAYER
Slayer est mon groupe de référence, je me rappelle encore les dossards que j’arborais fièrement à mon adolescence pour mettre mal à l’aise les bourgeois et tous ces crétins gavés de pop music à gerber. A bon sang on ne rajeunit pas me dis-je tout en me frayant un passage vers le Mainstage 1, je tombe littéralement sur une jeune femme qui essaye de dormir quelques instants. Inutile de dire que c’est compliqué mais fort heureusement elle se réveille avec les premières clameurs de la foule. Le set commence par un Repentless bourrin issu de leur dernier album. Je vous invite d’ailleurs à mater les clips qui sont juste gorrissime à souhait. Les basses agressent mes oreilles. J’ai l’impression d’être en 1993 à les écouter trop fort pour effrayer les bourgeois, alors qu’en fait je n’effrayais juste que mon orthophoniste. Entre temps Tom Araya a une barbe blanche de papy, Jeff Hannemann n’est plus, Kerry King n’a plus de cheveux et Dave Lombardo est parti. Mais à part ça c’est toujours aussi jouissif de les écouter. Non ils ne sont pas ringards, ça pêche peut être sur le jeu de scène, mais on s’en branle complètement quand on voit que la simple force évocatrice de leur nom suffit à électriser les foules. Pute borgne : SLAYER !
Le rythme devient frénétique, et il contamine le public qui transforme le pit en grand accélérateur de particules s’entrechoquent des atomes en quête de réaction nucléaire. Et on peut limite parler de fusion tant le lien entre le groupe et le public est palpable. Tangible aussi est la tension dans le pit, War Ensemble est le signal de la curée : c’est dans les vieux pogos qu’ont fait les meilleures croûtes. Araya est souriant devant le profond bordel engendré devant lui. Les titres s’enchaînent et je me prends à regretter de ne pas pouvoir écouter du old school, du moins politiquement correct. Certes ce n’est pas le premier qualificatif qui vient à l’esprit pour ce groupe.
Quand retentissent les premières accords de South of Heaven je sais que mes prières sont exaucées. L’énorme toile qui meublait le fond de la scène tombe, relevant l’ancienne iconographie martiale du groupe. J’en mouille mon caleçon. Le son semble aussi avoir changé, plus brut, lourd et crade. Tu dépoussières les paroles que tu avais rangés dans le grenier de la vieillesse. Bon alibi pour ne pas aller se faire piétiner dans le pit qui se transforme lentement en un énorme ouragan de fureur avec Dead Skin Mask dont les couplets sont repris a cappella par un public conquis. A côté de moi la belle au bois dormant de tout à l’heure s’entraîne à balancer ses nibards toujours plus haut avec un acharnement qui confine à de la ferveur. Un Angel of Death dantesque parachève ce concert mémorable en rendant hommage à Jeff « Still Reigning in Blood » Hannemann. Je crois bien que j peux crever et aller le rejoindre au ciel (ou en enfer).

AMON AMARTH
Bon alors autant contrairement à Blind Guardian qui transpirait l’heroic-fantasy sans avoir recours à des artifices vestimentaires ou scéniques, il faut croire que nos gars d’AMON AMARTH ont la panoplie complète du viking métalleux : corps massifs, voix rugueuses, barbes hirsutes, bracelets de force, colifichets nordiques. Et le petit plus produit deux énormes têtes de dragons sur la scène figurant les drakkars dégueulant des hordes d’envahisseurs au son de The Pursuit of Vikings.
Faut avouer que le death metal mélodique sonne presque comme un oxymore mais ce surprenant mélange de genre est intéressant. Les morceaux Death in Fire et Runes to My Memory l’illustrent bien avec leurs chants inspirés, une mélodie entêtante et des riffs pesants. Certes on peut ne pas aimer l’iconographie nordique et tout le bullshit marketing qui peut aller avec, on ne peut en revanche rester indifférent devant l’énergie et le talent de ces bruyants barbares.



MEGADETH
L’intro de Hangar 18 commence à peine et ça bouge tellement que j ai l impression que mon téléphone sonne tout le temps. Le public accompagne le groupe comme un 5ème homme, brandissant son poing au rythme de chaque riff. On ne perd pas de temps, ça enchaîne. Le son cryptique sort tout droit des années 90, tu me diras ça ne jure pas trop avec la coupe très choucroutesque du leader Dave Mustaine. Ce qu’il ne dégage pas en énergie pure est compensé par sa technique. C’est je pense le critère qui fait que des Big Four, Megadeth n’a jamais été mon groupe préféré, à l’époque c’était même des baltringues à mes yeux (et mes oreilles). Ouais je sais faute avouée est à moitié pardonnée et je vous emmerde royalement. Avec du recul on peut quand même dire que je me suis bien fourvoyé.
Dave rend hommage à Nick Menza leur ancien batteur décédé cette année avec le morceau Tornado of Souls. C’est étrange de se rendre compte que ce festival sonne comme autant de retrouvailles avec d’anciens groupes qu’une énorme rubrique nécrologique avec son lot de dédicaces et de souvenirs. Le jour ou les figures emblématiques du métal que j’aime auront toutes disparues je sens que je vais partir pour une bonne grosse dépression. Ca ce s’arrange pas avec le mélancolique morceau A Tout Le Monde. Et malgré la polémique (à la con) lors de la sortie de cet album, moi je n’y vois qu’un glorieux hymne à l’amitié (pas que virile). A écouter ce titre t’aurais envie d’être son pote, ainsi que tous les gens cools voire même un peu les cons.
Encore un classique avec Symphony of Destruction. Le pit saute au point de se demander quand est ce qu’un trampoline a pu être monté sans que je ne l’aperçoive. A côté de moi un coupe de cinquantenaire se prennent en selfie pour garder un souvenir. Ca commence à vraiment être le bordel, ce qui est plutôt bon signe. Mais malgré le rythme endiablé, une jeune fille assise reste imperturbable et commence à scrupuleusement se démaquiller le visage et virer le vernis dégueulasse de ses ongles, apparemment pour ne pas faire de la concurrence cosmétique au groupe suivant.



GHOST
Ca démarre fort avec Spirit et son intro religionnesque entêtante. Comme un bourrage de crâne au catéchisme. En 3 notes c’est plié,le public est ferré et l’ambiance posée. Après de brèves salutations francophone-friendly, tel un pape sataniste (moitié homme de foi, moitié gourou),Papa Emeritus nous présente les Sisters of Sin qui vont à la rencontre du public pour une distribution d’osties et de calice de vin sur Body and Blood, a song about eating flesh and drinking blood. Je comprends pourquoi la religion a de beaux jours devant elle vu la motivation des festivaliers à se faire fourrer la bouche avec des trucs circulaires et un bon lubrifiant liquide.
Après une lente introduction instrumentale qui met en avant le talent des musiciens, Papa emeritus revient sur scène après un changement de costume. Cette fois accoutré comme un monsieur Loyal flippant pour nous présenter son petit carnaval des horreurs. Musicalement Cirice sonne propre mais je n’adhère pas à 100% il manque la fureur brute, mais il n’y a pas à tortiller du cul le spectacle est de toute beauté. Car il faut bien voir ce concert comme une représentation millimétrée où l’improvisation n’a pas trop sa place. Enfin disons qu’elle pourrait nuire à la fluidité de l’enchainement des morceaux.
Ah enfin ça commence à prendre forme sur Year Zero, l’attente d’une bonne vraie messe noire commençait à être longue. Nous sommes enfin récompensés par une débauche de Satanas et Lucifer en veux-tu en voilà. Poussez pas y’en aura pour tout le monde! Envouté par les jeux de lumières rougeoyants et la rythmique hypnotisante, le tentateur psalmodie répétitivement les paroles de sa voix douce et suave. La corruption se poursuit sur He is la suite n’est qu’un longue ballade onirique dans leur monde jusqu’au bruyant et remuant Mummy Dust qui nous rappelle que Ghost est quand même un groupe de heavy metal.
Pour clôturer leur show, Papa Emeritus nous appâte avec des promesses d’orgasme et nous sert un Monstrance Clock des plus enjoués. Après avoir distribué des capotes au pit, les Sisters of Sin remontent sur scène pour entamer un le refrain, accompagnés par un choeur d’enfants du coin. Entendre sous un feu d’artifice pétaradant des gamins chanter « Come together, together as a one. Come together for Lucifer’s son. » emplit mon cœur de métal en fusion.

BLACK SABBATH & DEICIDE
Bon j’ai déclare forfait au moment donné où mes genoux ont flanché et mon inspiration s’est tarie comme une citerne de bière en fin de festival. J’ai quand même pu écouter assez distinctement le chant du cygne de Black Sabbath. Ozzy Osbourne n’est plus dans sa prime jeunesse mais il faut croire que le rock lui permet quand même de tenir encore un peu la route vu les clameurs du public qui récompense ce groupe précurseur du heavy metal à qui on doit beaucoup.
Petite dédicace à Deicide. Leur death metal sataniste a fait de moi l’agnostique tolérant et compassionnel que tout le monde apprécie. Ainsi que la fortune de mon otho-rhino si j’avais pas ue la flemme d’aller consulter pour ces maudites acouphènes et ces problèmes de mémoire et concentration.
Cette première immersion (mon dépucelage du Hellfest) est décidemment fort savoureuse. Ce festival est un grand chaudron dans lequel sont jetés pêle-mêle des ingrédients aléatoires qui donnent au final une potion magique très appréciée (des coureurs cyclistes). Un melting pot de genres et de gens. Pour illustrer mon propos je citerais un illustre inconnu : « J’ai jamais vu ça autre part qu’ici. Je me sens chez moi ». Cela aurait pu être crédible si prononcé par autre chose qu’un ado sur la fin ou un adulte mal dégrossi. Mais je suis d’accord sur un point : se sentir entre gens « normaux » est appréciable. Pas de jugement. Pas le temps pour ça.




Photos
© P.Cremin - Blackstage Photography
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