Hellfest 2016 - Day 1

Par GnoK | le 20/09/2016 | Les autres articles sur le Métal

Vendredi 17 juin



DELAIN
La file d’attente des photographes est longue comme ma e (dédicace à cet enfoiré de Guillaume B. absent pour cause réelle), ça ressemble presque à un enclos à bétail. Plus exactement à une file d’attente pour l’abattoir. Ils ne sont pas entassés comme dans un wagon à bestiaux, mais arborent un regard bovin des plus appropriés. Hey les gars, profitez un peu de la musique !
En parlant de musique, l’intro messianique est prometteuse. Je suis curieux et enthousiaste quand le lead chant est une femme. L’éventail de fréquences vocales étant plus large, on peut tomber sur de bonnes surprises. Hélas mes attentes furent douchées par la pluie. Le métal symphonique sonne comme un mix improbable pop rockeux. Le« BONJOUR HELLFEST » lancé par Charlotte Wessels motive le public qui sous l’impulsion de la chanteuse se lance dans un impressionnant numéro de synchronisation headbangienne. Je me dis que bon c’est plaisant pour un réveil progressif, d’ailleurs ça bourrine un peu plus sur Mother Machine mais bon…
…il me faut ma double dose de café sonique, je me presse pour aller bouffer du COWARDS, je m’approche attiré irrésistiblement par les riffs rageurs, la saturation crade, et le chant éructant. Bref je renaîs sur les accords fiévreux de Birth of the Sadistic Son. La Warzone porte bien son nom : les basses ressemblent à de la mitraille qui tord de douleur le public enragé. Bon pas le temps de traîner, je laisse dernières moi les dernières notes furieuses de Wish for Infamy et j’entame mon pèlerinage vers la statue de Lemmy.
Que dire à part oh putain de merde c’est abusé comment ça défonce le cul. Le sculpteur Jimmix a fait un travail de dingue pour rendre hommage au mythique Monsieur Kilmister. D’ailleurs tout le site de la Warzone est foutrement bien réalisé. Je n’y étais pas mais j’ai du mal à imaginer le bordel que ça devait être pour Body Count l’année dernière.



AUDREY HORNE
Ca démarre comme un bon V8, un ronronnement tout en puissance sur Redemption BLues. Le premier solo Blues pose l’ambiance. On n’est pas là pour rire même si le son ressemble plus à un bon rock efficace qu’au black metal dont sont issus quelques membres du groupe. Le public ne boude pas son plaisir et répond avec enthousiasme aux imprécations de Torkjell Rod. Les riffs s’alourdissent sur Going Nowhere, le pit devient plus remuant, bon signe ! Je commence à apprécier et c’est avec regret que je pars pour ma mission suivante :
SURVIVRE dans les files d’attente du merch. Je ne suis pas ce qu’on pourrait appeler un bon client du capitalisme alors quand une amie me fait comprendre avec insistance que je DEVAIS lui acheter une chemise femme taille S brandée HF. Et que tu comprends si tu la prends pas maintenant elle sera vendue en moins d’une heure, et que bon elle sera très triste, et que s’il le faut elle va y aller mais que bon comme je suis à côté ce n’est pas plus mal que j’y aille, car voyez-vous elle n’as pas le temps. Me voilà donc à attendre comme un galérien sous le soleil. Le bon côté des choses c’est que le merch est situé idéalement entre les deux Mainstages et Altar, certes ce n’est pas l’ambiance de la fosse mais au moins on se prend moins de coups dans les tibias tout en profitant de la musique et de l’odeur musquée de ses voisins et en maudissant les liens indéfectibles de l’amitié. Perdre une longue heure à poireauter me permet de constater le débit impressionnant des articles achetés par les festivaliers qui s’extirpent du comptoir les bras chargés de sacs. Enfin arrive mon tour, je met la main sur un catalogue, je passe commande et suis rapidement et efficacement servi. Job done!



NASHVILLE PUSSY
Le monde commence à envahir le Mainstage 2 , c’est le premier gros remplissage de la journée. Quand on voit le line-up, une pensée vient tout de suite à l’esprit : il y a de la parité dans le bourrinage avec une guitariste, une bassiste, un batteur et le chanteur. Sacréeette dégaine de vieux routier, entre Travolta bedonnant et Steven Seagal bien portant. Les titres s’enchaînent au rythme d’un semi remorque qui trace dans la nuit. Le groupe enflamme le public avec I’m so High, j’imagine une scène de baston générale en mode Redneck Rampage dans un vieux bar miteux ou un club de strip-tease paumé. Transition parfaite pour parler de la tenue fantasmatique de Ruyter Suys : une parodie de tissu dévoile la lingerie à l’effigie du drapeau confédéré. Lingerie qui peine à contenir l’opulente poitrine de la guitariste. Long live General C-Lee-vage !
Petite pause méritée pour le chanteur vantant les mérites du “only bar with Jack Daniels on the Hellfest” en trinquant avec le public avant de repartir chargé à bloc avec Everybody’s Fault but Mine. L’énergie se communique aux pogotteurs qui se réveillent également. La reprise de Can’t you see de Marshall Tucker Band sonne comme un hymne au Tennessee, hymne qu’il célèbre en buvant sa bière dans son chapeau, yeehaa Good Night Motherfuckers !



ALL PIGS MUST DIE
Bon alors j’avoue je ne connaissais pas ce groupe, je me suis laissé séduire par son nom plein de prose animalière. Et je ne suis pas déçu c’est un gros meatgrinder dans le pit, ça bourrine, charcute et désosse à tours de bras. Tu fourres tout tes problèmes dans un bon gros mixeur. Une fois le couvercle refermé tu appuies sur le bouton et tu laisses tourner une demi-heure, les RPM montent et transforme tout ça en grosse bouillie primale, nourriture idéale pour alimenter le maelstrom de rage et de fureur qui se déchaîne dans le pit.
Bon c’est sûr que dans le processus il y a du déchet au niveau de la texture et de la saveur mais on s’en fout, on est là pour se gorger d’élixir, pour piétiner le sol et hurler un défi à la vie. Et au milieu de ce tumulte, je me sens plus incongru à écrire mon report que tous ces tarés déchaînés autour de moi.
Une déflagration saturée ébranle l’air, un onde de choc déferle sur le public. Tu te résignes et acceptes de te la prendre de plein fouet et de pleurer sur tes tympans saignants. Hébété, survivant d’un bombardement sonique, tu te contrefous de toute ta vie pourrie, de tes collègues relous, de ton boulot de merde, de ton poste aussi utile qu’un limiteur de son dans une usine sidérurgique.

Je m’exfiltre poliment du chaudron et file au VIP où je suis reçu à coup de Honey Jack, c’est traître comme un Brutus qui aurait pris des cours de real politik avec Machiavel. Je ne pense pas pouvoir mieux décrire le côté mielleux sodomite. A croire que tout le monde carbure à ce lubrifiant vu que j’entends distinctement un pétillant « Ouah espèce d’enculé !».



BAL DES ENRAGES
On ne présente plus la joyeuse troupe du Bal Des Enragés qui réunit avec brio entre autres des membres de Lofofora, Parabellum, Tagada Jones. En quelque sorte la french touch du punk/rock/metal alternatif. Réputés pour leur show plein d’énergie, le groupe ne fait pas mentir sa réputation et fout le feu au public avec des covers furieux navigant d’un Sabotage Beastie Boys au Refuse/Resist de Sepultura en passant par Killing in the Name de Rage. Le pit bouillonant comme du lait sur le feu.
Alors que je me pose sérieusement la question sur la pertinence du terme french touch vu le début de setlist anglophone , je suis rassuré en entendant les notes rassurantes de Cayenne de Parabellum. Les paroles toutes en subtilité de « Mort aux vaches, mort aux condés » nous rappelle au souvenir de ce Copkiller franchouillard. Alors je vous raconte pas l’ambiance quand ils reprennent Antisocial de Trust. On pourrait entendre les déambulateurs s’entrechoquer avec les cannes de marche. Les vieux briscards dont je fais partie sont les plus nombreux à brailler joyeusement. Ah putain ma hanche me fait mal. Vive le feu des Bérus me rappelle surtout que ce sont mes rhumatismes qui crament.



HALESTORM
Allez, on change d’ambiance, j’ai donné rendez-vous à des potes devant HALESTORM, on papote, on bitche et comme ils bossent dans le social media on lance Tinder juste pour voir. La pêche est pas extraordinaire, il n’y a pas que le son de saturé, le réseau aussi prend cher. Enfin bon il y a de la jolie poulette partout dans le festival devant et sur scène. Des esprits taquins diraient que j’apprécie les groupes avec un lead chant féminin uniquement pour la plastique, ce qui n’est pas entièrement faux. Mais en fait ce qui m’intéresse c’est le large éventail de voix et donc les surprises sur lesquelles on peut tomber. Bon et aussi parce qu’on peut relativement mieux distinguer les lyrics.
Pas de bol pour le morceau d’intro, le son est pourri mais assez bourrin pour pouvoir apprécier la prestation sur Love bites. Lzzy est toujours aussi talentueuse que généreuse. Elle se donne vraiment sur scène. Alors quand retentissent les paroles de I Am the Fire le public commence (enfin) à s’exciter pour de bon, la remerciant comme il se doit. J’avais été agréablement surpris de leur prestation dans une salle de concert et de les voir sur une scène digne de ce nom où Halestorm peut montre la pleine mesure de leur talent me fait rudement plaisir.

BEHEXEN
Après la douceur sucrée place à l’aigre-doom avec du black metal finnois. C’est un changement radical d’ambiance avec le décorum de temple. Avec des titres aussi évocateurs que King of the Dark Dreams, My Soul for his Glory on est sur de pas tomber sur du béni oui-oui sirupeux.White face, cérémonial, chants gutturaux et riffs cradingues renforcent le côté païen. C’est plus du chant mais bien des psalmodies de magie noire. Du Gosp-hell awaits en quelque sorte. Avec cette scène couverte et les croix inversées, on se croirait sous le chapiteau d’une paroisse de satanistes dégénérés qui feraient passer les adeptes Charles Manson pour de vieux fans de Benny Hill.
Tout à coup une accalmie, un papillon en profite pour passer devant moi, je suis fasciné par ce petit moment de calme et de volupté. Ce n’est pas du luxe. L’expression un ange passe me vient à l’esprit, mais il doit raser les murs et cacher son auréole dans son caleçon vu que se balader ici c’est tendu du slipknot pour ainsi dire. D’ailleurs il a dû se faire repérer car une déflagration sonore éclate le mur, réduisant le pauvre chérubin en un tas de chair rose et de nuages de plumes rougies.



MASS HYSTERIA
C’est toujours un plaisir de revoir de vieilles têtes, de retrouver les voix qui t’ont accompagné pendant ta vie d’apprenti rageux (bon dieu je suis vieux). Je suis resté fidèle à mes préceptes d’insoumis ainsi que Moustapha Kelai vu qu’il se considère « Toujours aussi engagé, enragé et révolté. »
Engagé politiquement quand il dénonce avec véhémence la Police et la Loi el Khomri.
Enragé quand il vomit sur les Etats-Unis et leur passion particulière à foutre le bordel dans le monde.
Révolté devant la connerie humaine des hooligans et des casseurs.
La couleur est annoncée rapidement : « Ici pas de hooligans, pas de casseurs. Que des furieux et des furieuses. Nous faisons partie de ceux qui bouffent la vie. On emmerde l’euro ». Je regarde furtivement autour de moi en espérant que personne n’a remarqué que j’ai tiqué quand on a parlé de foot, ouais je sais chacun ses tares). Ouf personne ne m’a démasqué trop occupé qu’ils étaient à entamer un Circle Pit aux cris véhéments de « Energie Libre » du chanteur.
Mouss et Yann le guitariste descendent dans la fosse au milieu de la foule, dans l’oeil du cyclone pour un Circle Pit mémorable. Le temps qu’ils remontent, mes clameurs vindicatives de HAVOK retentissent au loin. On a plus 20 ans nous les gars. Et effectivement revoir ces groupes vétérans te rappelle à la triste réalité du temps qui passe inexorablement.
Mais malgré tout comme il le dit si bien : « Plutôt le bruit que le silence et la mort », alors ouais on vit on s’éclate, on rit, on pleure, on crie, on prend des coups. Et ce n’es pas sa dédicace à Charlie Hebdo et ceux qui tombent aujourd’hui qui nous fera oublier qu’il faut vivre pour pas que leur mort soit inutile. Les riffs puissants d’Enfer des Dieux illustrent bien que l’enfer des hommes c’est leur amour des dieux. Putain que l’actualité est brûlante.
Un Pogo spontané prend naissance devant moi, surgi de nulle part ma pote C. s’y engouffre, suivie d’une bite géante (et gonflable). Pas le temps de l’interpeller, je la perds de vue entre les plis boursouflés de cette masse de chair palpitante qu’est la foule. J’hésite à me faire happer aussi mais mon instinct de survie, mon carnet de notes et mes rhumatismes douchent instantanément mes velléités de bain de jouvence. Pas sûr qu’une lessive à 90° et 6000 tour/minute aurait pu me faire rajeunir.
Pour le dernier morceau, Mouss réclame le plus gros Wall of Deat du monde : de la fosse jusqu’au fond. C’est un peu ambitieux à Clisson, qui avouons le quand même est l’épicentre du métal au moins pour ce weekend. Le public en manque de réactivité se fait railler sous les quolibets du chanteur : « On est pas dans un salon de thé » précède « Hey il est tout pourri votre Wall of Death ». Et alors tel un Moïse moderne séparant les eaux, il divise la foule en deux masses hystériques de viandards. La tension monte, le calme avant la tempête d’une bataille rangée du temps jadis. « FURIA » est scandé comme un cri de guerre. C’est le signal : les deux armées se ruent l’une sur lautre, s’entrechoquent dans une mêlée épique. Mouss mouille la chemise et se fait porter par la foule en liesse, c’est un véritable showman.



ANTHRAX
L’intro monumentale est un peu gâchée par le son toujours aussi dégueux sur les mainstages. Cette fois la réactivité des ingés son permet de corriger rapidement ce qui aurait pu être un fiasco vocal. Quand je vois le visage du chanteur Joey Belladonna en gros plan sur les écrans géants, je me dis que mon métal, celui la même qui accompagna mon adolescence, avait pris un sacré coup de vieux. Moins fébrile mais toujours aussi punchy. A la question nonchalante « Are you ready to get caught », une voix derrière moi répond d’un tonitruant « In the Mosh ». Difficile de ne pas se rappeler le remuant Caught in the Mosh. La fosse semble en tout cas ne pas l’avoir oublié en provoquant une cohue digne des pires ouvertures de soldes d’une grande enseigne de prêt à porter féminin.
Malgré son âge Joey court toujours partout tel un lutin facétieux. D’ailleurs il s’empare d’une caméra et filme le public, nous gratifiant des pires cadrages qu’un amateur e pourrait exécuter. Cela illustre parfaitement le titre Evil Twin tellement il semble être possédé par un alter ego complètement fucked up, un Monsieur Loyal Mauvais, un chauffeur de salle au lance-flammes. Le bordel s’intensifie avec Antisocial. Chanter ce morceau devant un public français c’est un peu comme offrir des fleurs à sa daronne pour la fête des mères. Juste qu’il n’y avait plus de roses chez le fleuriste mais des cactus. Big up pour Anthrax ce groupe mythique membre du très select « Big Four ». Avec la venue de Megadeth et de Slayer au Hellfest, cette édition 2017 a un peu des airs de « Big Three ».

TURBONEGRO
Dès leur arrivée on peut constater avec enchantement que le terme costumes de scène n’est vraiment pas usurpé, même si comment dire on est loin des poncifs du genre. Leur longue carrière a eu le temps d’explorer le genre vestimentaire en long et en large. Point de jeans moule-burnes, de veste en cuir cloutée, de bracelet de force toute option, on a ici du grand gonzo foutraque. Je partage avec eux le credo « Ne pas se prendre au sérieux » et avec des titres comme You Give Me Worms et Hot for Nietzche il faut avouer qu’ils ne font pas ça à moitié. Des bonnes sonorités rock, le tout saupoudré d’un zeste de punk et d’un trait de métal. Ca reste un peu mou sur scène mais c’est rafraîchissant comme du Super Vomit (sic). Ca vaut le coup rien que pour leur dégaine improbable et la horde de leurs fans en uniforme : les Turbojugend.

KORPIKLAANI
Vu le style assez particulier de ce genre qu’est le folk metal scandinave, je suis vraiment étonné de voir autant de monde attendre la montée sur scène du groupe. Alors autant le groupe précédent ne se prenait pas au sérieux, autant Korpiklaani eux ne se prennent pas pour des stars. Ce côté franchement simple les rends particulièrement sympathiques. Ici pas de fioritures on va à l’essentiel, c’est brut de décoffrage. Bon après faut assumer les solos de violons et de chanter en finnois. Purée je comprends rien à leur VO, mais au final pas tellement moins qu’avec des groupes de doom ou de hardcore anglophones. Leurs mélodies en sont cependant aux antipodes, on tend plus vers des chansons de marins qui te racontent leurs virées en mer et leur retour de biture. Ou alors des guerriers en route vers une bonne grosse baston et aussi leur retour de biture. Le public nombreux est très enthousiaste, au point qu’on pourrait presque lire la (bonne) surprise sur le visage du chanteur Jonne Järvelä et des musiciens. Cela se traduit par une sur-motivation du groupe qui donne tout, au cas où ça ne recommence pas. Vu ma tête qui headbang sur les riffs enfiévrés de violon du morceau Kylästä keväinen kehto (nan mais va falloir faire quelque chose pour les titres) je pense qu’ils n’ont pas trop de soucis à se faire.



MAGMA
C’est barré et hypnotique comme un film de Kubrick. C’est sophistiqué. Ouais c’est français ;). On n’est pas là pour flatter l’ego des artistes vu le casting pas du tout glamour. Le concert ressemble à une expérience mystique à la limite du chamanisme. Tu remplaces juste le peyotl par plusieurs grammes de zeuhl, de la bière, mais alors vraiment beaucoup de bière, de la junk food bien grasse et du bourbon en digestif. Tu te retrouves sous le chapiteau et avec le monde autour de toi tu commences à suer à grosse gouttes et les yeux clos, viennent les premières visions (de citrate de bétaïne et de smecta).
Ce rock expérimental aux notes jazzy sonne comme du Frank Zappa, mais avec plus de stéroïdes. Chaque mouvement amène une variation rythmique, un changement d’ambiance tout en restant dans cet atmosphère onirique. Après cette phase chamaniste on passe limite à des prières païennes sensées invoquer une entité surnaturelle. Les voix prennent plus de place, renforçant encore plus le côté barré et psychédélique. Dans la famille Chéper je demande… en fait non je demande rien, il y a vraiment tout ce qu’il faut.
Au moment où je me dis qu’on ne peut pas partir plus en vrille, Christian Vander le chanteur me prouve le contraire avec l’intro au-delà de l’avant-garde, à au moins deux années lumière d’avance. Et c’est dans un final dantesque et pyrotechnique que Magma explose au son d’une chorale vulcano-lyrique. Les jeux de lumières frisent le risque d’épilepsie, le rythme effréné est à la limite de la syncope. Suis-je dans un opéra funk rock ou assisté-je à une séance de magie mené par un sorcier fou lançant des incantations dans une langue inconnue aussi effrayante qu’envoutante.



CONVERGE
C’est un peu secoué par cette expérience mystique que je me dirige hébété vers CONVERGE. Le retour à une réalité plus crade se fait quasi instantanément au son d’un doux hardcore brut. J’ai l’impression que ces jeunes gens sont payés à la note jouée. Ce qui expliquerait pourquoi le batteur maltraite autant ses peaux (le tanneur en lui s’en donne à cœur joie), que les gratteux s’acharnent frénétiquement à effilocher leurs cordes, que le chanteur cherche à réinventer le tremolo. J’ai envie de lui crier « Calme toi mon gars et prends une pastille pour la gorge, demain t’es aphone, tes cordes vocales ressembleront à du barbelé rouillé et ta gorge à une tuyère de réacteur d’une fusée après un décollage. Ouais bon c’est peut-être l’effet recherché. Un mec me demande si j’écris les paroles. On éclate d’un rire franc. Le son a beau avoir la densité du plomb, il reste paradoxalement audible. L’intro du set est en mode bétonneuse, on fait pas dans la déco d’intérieur mais bel et bien dans le BTP, avec le cortège de marteaux-piqueurs, burineurs, disqueuses et autres outils de destruction auditive. L’ambiance est explosive, le public déchainé ! Je regrette de ne pas pouvoir rester et gagner qqs niveaux d’acouphènes mais putain je ne peux pas rater la tête d’affiche du soir…

RAMMSTEIN
C’est mission quasi impossible pour se faufiler vers le Mainstage 1. La foule est dense comme un kouign amann au plâtre. Impossible de voir le groupe sur scène et avec la plupart de mes voisins nous nous contenterons des écrans géants, qui à cette distance ne le sont plus vraiment. Avec autant de recul je prends cependant la mesure, ou la démesure du dispositif de la mise en scène : projecteurs, superstructures métalliques, un compte à rebours géant annonce l’arrivée triomphale du groupe au son de nombreux « Ja, Nein, Rammstein ». Maquillage, costumes, jeux de lumière, tout est étudié pour une efficacité maximale, à l’allemande.
De prime abord la langue teutonne n’est pas la plus mélodieuse, mais se marie bien à l’indus. C’est une marque de grand talent que d’assembler orchestration, sonorité lourde, chants gutturaux et d’en faire un tout crédible, une Heavy Metal Symphony qui débute sur Reise Reise. Soudain un puissant jet de flammes illumine la nuit. Toute cette lumière me déglingue plus la gueule qu’un millier de perceuses. Mes rétines ont à peine le temps de cautériser que la pyrotechnie prend le relais, illuminant la scène et particulièrement une plateforme où est juchée Till Lindermann. Certes vu la distance il est pas plus grand qu’un timbre poste mais ne boudons pas ces 2 minutes de plaisir.
Chacun sa façon de vivre la musique, l’instant : devant moi deux gamins sautillants contrastent avec le reste de l’ambiance plutôt statique, le public est trop occupé à digérer ce son riche et super dense. Presque dans la continuité, je suis témoin de la jeunesse victime de l’alcool. Minable comme un huissier de justice venu saisir tes meubles pour 10 balles d’impayés. C’est un miracle qu’il ne se soit pas encore vautré plus de deux… pardon trois fois. Et vu les pathétiques tentatives d’approche nuptiale qu’il a entamé avec une jolie fille devant moi il a bien fait de rester à ramper par terre. La foule l’engloutit et tel un rappel à l’ordre les paroles lancinantes de Du Hast me tire de mes rêveries d’écolier rêveur, les lance-flammes s’emballent, je comprends mieux pourquoi la tyrolienne n’est pas fonctionnelle ce soir, le pauvre passager se serait cru en plein ciel londonien pendant le Blitz, de la mitraille et des explosions partout. J’ai une propension à digresser qui m’emmène au bout du set, après un rappel de bon acabit un dernier Wall Of Death se prépare : il est invoqué par cette incantation « Fuckers on the left destroy the Motherfuckers in the right ». Mis à part cet fulgurance du public, je constate en tout cas qu’au-delà des régies on était plus là pour voir Rammstein que de le vivre. Vu la concentration au m² de corps on a au moins évité les mouvements de gnous en panique fuyant un lion. Le bon côté des choses c’est qu’il a été plus facile de changer de scène.



ABBATH
On reste dans la thématique de la flamme mais avec ABBATH plus dans une ambiance Péplum avec un porteur de torches cracheur de feu. A peine avons-nous le temps de nous mettre dans l’ambiance que BOUM ! ça bourrine dur, le guitariste grinde au point qu’on pourrait penser qu’il râpe sa main en gruyère. C’est brut de décoffrage, les interactions avec le public sont du même registre. Elles se limitent à quelques onomatopées grognées en direction de la fosse. Mais étonnamment c’est amplement suffisant pour assurer un retour positif. Les paroles éructées annoncent la suite, malgré une diction plus qu’hésitante, on reconnait « I am Abbath, We are Abbath ». Les riffs rageurs répondent à la batterie en surrégime. J’ai l’impression de me faire taser les tympans tellement je prends pour cher. Les éclairages sont aussi de la partie noyant la scène dans une teinte sanguinolente. L’atmosphère s’alourdit et les longs morceaux instrumentaux n’aident pas à nous extirper de cet étouffement. L’oppression est palpable. C’est le premier groupe du festival qui me fait honteusement tripper. Je goûte au bonheur simple d’un bourrinage en règle, sans pincette ni bullshit.



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Photos
© P.Cremin - Blackstage Photography
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