Hellfest 2016 - Day 0

Par GnoK | le 19/09/2016 | Les autres articles sur le Métal

Clisson et lumières



Les rares personnes qui suivraient mes pérégrinations seront déçues, d’un point de vue mécanique le trajet a été fort banal. Le covoituRAGE s’est bien passé, entre deux morceaux de hardcore et de pagan. Plus nous nous rapprochions du Fest plus les aires d’autoroutes ressemblaient à un pèlerinage de métalleux sur la route de St Jack Da Compostelle. Les derniers kilomètres furent les plus ubuesques. C’est simple, les bouchons nous ont fait passer plus de temps à faire les 5 dernières bornes que le trajet Paris-Nantes. Quelques heures (et surtout quelques bières) plus tard nous nous extirpâmes du parking boueux pour commencer la longue et morne marche jusqu’aux portes du festival. Heureusement de joyeux lurons égayèrent notre lente progression en ponctuant notre parcours de punchlines mémorables. Petit florilège : « Tu peux chercher mon portefeuille et de la beuh ?», « J’peux pisser dans ton gobelet ?», « Mets ta bite sur mon épaule », « Y’a vraiment des mecs bizarres »,« C’est sympa, j’aime bien cette ambiance ».



A peine franchie l’entrée du festival je suis époustouflé par la qualité de la déco du Hellcity Square. C’est bien chiadé mais passé le charme de la première rencontre, je remarque le nombre conséquent d’échoppes et la file d’attente pour acheter les billets de l’édition 2017. J’ai un petit arrière goût pâteux de capitalisme dans la bouche, sûrement une déformation professionnelle. A force de bosser avec des pubards et des marketeux tu as tendance à voir le mal partout, mais après tout ce n’est pas si déplacé pour un festival « sataniste » ! Je relativise ensuite en me disant que d’une part c’est un boulot de passionnés mais c’est aussi un business, et l’argent c’est le moteur de la guerre. Et ce n’est pas Dassault qui me contredira hélas. Perdu dans mes pensées, je reviens très vite sur terre. En effet un mec annonce à tout le monde en montrant sa copine : « On va baiser !». Le sourire très gêné de la fille en dit long. Une clameur, un cri de guerre « Apéro » retentit derrière les portiques.
Le checkpoint dégueule un flot humain ininterrompu. Une véritable cour des miracles, Quasimodo et Belle inclus. On retrouvait pêle-mêle des pères et des fils, des mères et des filles, des familles, des clans de sauvageons torse nu avec pagne « peau de bête » et gobelet « corne », des bandes de potes enjoués, des nuées de poètes anglais : « Come on bitches, can you take a picture of my ass ? », défilés de bonnasses (ma rédac chef n’est pas féministe mais je risque de me prendre un coup dans les roubignoles) sapés en résille et cache-têtons (ce qui pour le coup est vraiment à la limite basse de l’habillement), des meutes de punks sans chien, des cohortes de True celtic warriors, des couples bigarrés, des tenues plus qu’incertaines, des déguisements bien chiadés, des cousins chinois de Chine. (me demandez pas comment je fais pour les repérer, c’est comme les berrichons, il faut du flair), des membres de la Turbojugend, moins glamour aussi des Sticky Fanboys. Mention spéciale à tous mes frères métalleux en fauteuil roulant, et énorme respect pour celui immatriculé IRON MAN !



BIERE EAU ET PQ
Ca n’arrête pas de débarquer, un peu comme un convoi de blédards aoûtiens chargés comme des sherpas, trimballant des télés, des magnétoscopes et des sacs TATI plein à craquer. Ouais je sais, parler de lecteurs VHS à des gamins qui n’ont connu que les DVD.
L’équipement d’aventurier trimballé laisse croire que la préparation est minutieuse ou que les galères passées ont forgé un empirisme à toute épreuve. Louis la brocante ne rougirait pas devant tant de bric à brac : tentes à montage instantané « 2 secondes », tonnelles premier prix, béquilles, table pliante, chaise de camping, bancs plastique cheap, glacières, tapis de fitness, matelas en mousse, chauffeuse élimée, matelas gonflable rustiné, pieu en bois de 2 mètres, caddie branlant, diables souffreteux, chariot ghetto style, cantine cabossée, malle défoncée, valises, brouette, bâche, tapis en bambou brillant ou en paille terne, duvet à la propreté discutable, tente old school 20 kilos (notice de montage incluse), pompe à air, landau, packs de bière et d’eau, rouleaux d’essuie-tout modèle familial, ghettoblaster édition banlieue morose… et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, je n’imagine même pas ce qui était caché aux regards inquisiteurs des gendarmes. Qu’ils semblent anormaux dans leurs uniformes. Mais en même temps les festivaliers ne sont-ils pas eux-mêmes en tenue réglementaire, avec leurs propres us et coutumes ?



PARLE A MON FUT MON FEST EST MALADE
Deux punkoïdes se revendiquant de Cannibal Corpse et complètement bourrés à la bière frelatée cherchent leur pote Nico. « Depuis hier c’est comme ça », je note que leur professionnalisme les a fait répéter leur numéro de spectacle vivant depuis la veille. Ils se posent à côté de moi. Par poser j’entends bien entendu qu’ils se vautrent par terre comme deux éléphants de mer. Nico t’es pas prêt de les voir tes amis. Entre deux questions existentielles, un des deux compères interpelle une personne parmi leur vaste public: « Je t’ai reconnu Sophie Favier !» Devant l’accueil plus que mitigé de l’audience, le moins bourracho des deux artistes se drape dignement de son costume de capitaine de soirée et entraîne son compagnon d’infortune à l’intérieur de l’Extreme Market.
La journée avance et la bière commence à faire son effet, les mecs libidineux matent sans complexe. Votre serviteur tel un parangon moderne de la bienséance et de la galanterie se garde bien de le faire (d’une façon aussi ostentatoire et vulgaire). Pour ne rien gâcher j’entends au détour d’une blague grasse : « Ma femme quand j’vais rentrer elle va prendre cher », en mon for intérieur j’espère surtout qu’elle va prendre des cours accélérés de krav maga afin de résister aux coups de boutoir romantiques de son cher concubin. Un jeune binoclard s’engouffre dans la tente du market, refermant prestement son étui à lunettes, mon œil monté sur rotule a le temps d’identifier un pochon de ganja d’une taille cyclopéenne. Un homme bedonnant affublé d’un somptueux t-shirt We Are Here To Drink Your Beer s’exclame :« Ben on va où ? » auquel l’assemblée répond « Ben au LECLERC ! ».
Les choses sérieuses commencent demain. Et il va falloir se lever tôt car comme dit le sage à son disciple:
- Demain vaut mieux être à 10 heures devant les portes sinon tu va te taper une heure de queue.
- J’adore les queues !



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Photos
© P.Cremin - Blackstage Photography
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