Hellfest 2013

Par Manue Fée C. | le 17/07/2013 | Les autres articles sur le Métal

Tour d'horizon v.2
Comme chaque année depuis maintenant sept ans, les portes du Hellfest Open Air Festival se sont ouvertes pour un weekend d'enfer, niché au cœur du vignoble de Loire.

Il est devenu l’un des plus imposants festivals français, troisième derrière les grosses machines tout public des Vieilles Charrues et Solidays. Il accueille plus de 100 000 festivaliers amateurs de métal venus de France, d'Europe, et de bien plus loin encore, pour une dégustation sonore dantesque de trois jours. 160 groupes, répartis sur six scènes se relaient sans relâche de 10h à 2h00 du matin sur la petite commune de Clisson en Loire-Atlantique.

Les six scènes, chacune globalement programmée avec un genre musical particulier : sous les magnifiques chapiteaux, La scène Temple est consacrée au black metal, la scène Altar pour les amateurs de death metal, et la Valley affiche une programmation plus Stoner et Sludge. La Warzone, qui accueille la communauté Punk et Hardcore, est installée cette année en extérieur et excentrée, derrière l'espace bucolique du "Kingdom of Muscadet", avec son propre bar (très accessible pendant tout le festival, comme ses toilettes). Et enfin, les deux gigantesques Main Stages, 1 et 2, qui accueillent côte à côte des groupes un peu plus grand public. Une organisation qui affiche clairement la volonté du festival de cloisonner l'espace, créant cette impression de petits festivals « familiaux », au sein du festival lui-même.

La diversité de la programmation proposée par le Hellfest est l’une de ses forces. Grâce à elle, le festival profite d’une large ouverture à une audience éclectique, attirant un public plus « classique », notamment de nombreuses familles. L’événement gagnant en ampleur et en renommée au fil de ses éditions, il parvient aussi à créer un effet de curiosité notamment auprès des habitants de la région. La présence cette année de ZZTop et Kiss, à la musique plus accessible que les groupes extrêmes, et connus d'un plus grand public, ont certainement aidé au déplacement des foules. Il n'y avait qu'à observer la densité de population du samedi pour s'en rendre compte. L'organisation a d'ailleurs annoncé la fréquentation record de 41 000 entrées pour cette seule journée. Le Hellfest en propose pour tous les goûts. Sans parler des nombreuses découvertes qui vont de pair avec une programmation proposant autant de groupes, aux styles aussi divers.

L’accueil sympathique des bénévoles est à relever, on ne les remerciera jamais assez de leur implication pour le festival, qui ne pourrait exister tel qu’il est sans ses 2000 bonnes volontés.

L’énorme Métal Market, où les commerçants voient liquidés comme des petits pains leurs stocks de tshirts, bijoux, CD, déco et accessoires en tous genres, est l’un des plus imposants sur festivals.

Les stands de restauration, variés, et aux commerçants gardant le sourire malgré le martèlement des décibels et le rush des heures d'affluence, sont regroupés dans une même zone. Ce qui confère encore un peu plus de convivialité au site, accentuant le côté « village métal ».

Dans ce royaume où la bière règne en maître (pas moins de 135 000 litres sont écoulés en trois jours), le muscadet et ses vignerons de la Vallée de Clisson arrivent malgré tout à se faire une place au festival. Crée par le collectif artistique Barbe Verte Crew, l'immense portique de près de 7 mètres de haut encadre l'entrée du "Kingdom of Muscadet". Cette sculpture de bois et d'acier, flanquée d'un côté d'un guerrier Bacchus, guitare en offrande, et de l'autre, d'une déesse de la vigne, enlacée de lianes, guide le festivalier à l'orée du bois, vers le petit verre de muscadet local, bien agréable.

Ce foisonnement de détails, ce souci de la décoration, donne un côté à la fois « Disneyland Métal » tout à fait régressif, et un aspect grandiose et impressionnant au site. D’autant plus à la nuit tombée, une fois les braseros allumés, et les spots illuminant terre et ciel. La façade de toile et d’acier de la cathédrale vous surplombe à l’arrivée, telle l’une des portes gardiennes des enfers. L’arbre Hellfest vous accueille de ses branches crochues, tout droit sorti d’un univers à la Tim Burton. Les structures de tôles des stands du Merch officiel et des bars posent un décor post-apocalyptique, à mi-chemin entre MadMax et le Far Ouest.

Tous ces détails contribuent à enflammer l’ambiance du festival et à laisser sa marque imprimée pour longtemps au fond de nos rétines… et de nos cœurs !

Le tout dans une ambiance générale de convivialité, festive et respectueuse : non, le métaleux n’est pas un barbare buveur de sang assoiffé de violence, hurlant des prières à Satan en sacrifiant les chats et les petits enfants au démon Décibel. Il se contente plus généralement de descendre quelques bières bien fraîches, remuer sa chevelure en rythme, se frotter plus ou moins vigoureusement à ses congénères selon son degré de contentement, et parfois se rouler dans la boue avec sur le dos le t-shirt (noir) d’un de ses groupes fétiches. Peuvent également être côtoyés certains personnages hauts en couleurs: une brassée de vikings, 6 danseuses étoiles velues en tutu rose-poussière, une diablotine-vampire à croquer, deux trolls, un lutin vert, une bassecour quasi au complet (coq, poussin, vache, cochon), quelques zombies, une Tortue Ninja, BioMan force Rouge, Tigrou, Stitch, Hulk … et j’en passe.

Tournons-nous vers le spectacle côté scène, après tout, c’est quand même ce qui fait se déplacer les foules! Certains groupes nous en auront mis autant plein les yeux que les oreilles, offrant des sets à la scénographie digne de leurs plus grands shows : pyrotechnie, lumières travaillés, masques, maquillages, costumes, accessoires, jusqu’à la structure de scène araignée et la tyrolienne pour Kiss, montée pour l’occasion dès le vendredi soir à la fin du dernier set, de nuit, sur la MainStage 1. Nous reviendrons avec force détails un peu plus loin, dans nos live reports des concerts. Des groupes semblant heureux de se produire ici, généralement pas économes de leur bonne humeur, offrant des sets énergiques, galvanisant des fans à la fête. On aura d’ailleurs noté l’omniprésence d’un certain Phil Anselmo : en bord de scène souvent, profitant du festival depuis les back stages, mais aussi dessus : avec Down déjà, deux fois, ayant très sympathiquement proposé de remplacer au pied levé Clutch absent, pour un second set. Mais aussi en guest, au micro, avec Accept et Voivod. Comme nous, il semble bien se sentir ici comme chez lui ! Les aléas techniques incluant retards, annulations et autres couacs restent inévitables, d’autant plus sur un évènement de cette ampleur. Mais les catastrophes semblent avoir été évitées avec réactivité, des solutions proposées, et l’information bien diffusée, comme pour ce remplacement de Clutch par Down programmé le jour pour le lendemain, ou autre exemple avec l’échange de scène et d’horaire entre Danzig et Ghost le dimanche.

On aura noté malgré quelques exceptions, une bonne qualité du son en général, et une bonne visibilité des scènes (la douce pente du terrain aidant).

Comme chaque année depuis 2006, la communauté métal a été au rendez-vous pour cet incontournable rassemblement annuel. Le cru 2013, avec son affiche éclectique et variée, a tenu ses promesses. Malgré la concurrence grandissante du petit frère montant Sonisphere, désormais programmé à la même période de l’année. Malgré les difficultés pour un site d’accueillir une foule si énorme, une commune voyant sa population multipliée par quatre ou cinq le temps d’un weekend. Même la météo, pourtant annoncée capricieuse, s’est rangée du côté des festivaliers, se montrant finalement plutôt clémente.

Avoir la chance de voir ou revoir des groupes mythiques des années 70 et 80 qu’on pourrai croire disparus à jamais (Def Leppard, Twisted Sisters, Europe, Kiss, ZZTop...), enchaîner sur des valeurs sûres du moment (Down, Korn, Gojira, Napalm Death, Neurosis, Stone Sour...) et découvrir la relève déchaînée, dont l’énergie contagieuse nous permet d’apprécier de nouveaux horizons musicaux (Unheart, T.A.N.K, Punish Yourself, Riverside, Lordi...), c’est ça, la magie Hellfest.

Plus qu’une hâte : Découvrir la programmation de la prochaine édition. vivement juin 2014 !

Photos
© P. Cremin - www.blackstage-photography.com
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