Grinderman - "Grinderman 2"

Par Scred | le 22/09/2010 | Les autres articles sur le Rock Indépendant

Mordant
Il y a de nombreuses manières de faire du bruit musicalement parlant… On peut mettre l’ampli à fond et asséner des riffs plombés, taper sur sa batterie comme s’il s’agissait d’un sac de sable, hurler dans le micro à s’en faire péter les cordes vocales, on peut même faire du larsen une marque de fabrique, etc. Et puis on peut faire comme Nick Cave et ses complices de Grinderman, ni armes, ni violence et sans haine.
Grinderman - "Grinderman 2" Car si les guitares de « Grinderman 2 » sont bruyantes, elles ne sont jamais violentes. Mieux que cela, elles sont vivantes, comme un animal dangereux enfermé dans une cave sombre qui gronderait de temps en temps histoire de rappeler sa présence. Usant et abusant de la wah-wah pour faire crier la bête, Grinderman construit chacune de ses chansons autour de la trame créée par ce son brut et désincarné, donnant naissance à une musique troglodyte et envoûtante.

Ainsi, sur « Mickey Mouse and the goodbye man » qui ouvre l’album, l’auditeur se laisse lentement emporter par une transe lugubre sans véritable mélodie, dominée par une basse lancinante sur laquelle Nick Cave laisse libre court à sa décadence sublime, croonant et hurlant à la lune comme un loup-garou en costume de dandy. Attention aux doigts, ça mord !

Les larsens qui annoncent « Worm Tamer » et « Heathen Child » nous font plonger encore plus profond dans la caverne grâce à une ambiance située quelque part entre « La Chaleur » de Noir Désir et les récentes excentricités de The Dead Weather, des groupes qui ont toujours clamé haut et fort leur vénération pour la musique des Bad Seeds et dont la filiation parait ici évidente.

« When my baby comes » et « What I know » calment le jeu pendant une poignée de minutes, concentrant leur beauté empoisonnée autour de la voix de Nick Cave avant de briser à nouveaux les chaînes du monstre sur « Evil », sorte de prière gothique lorgnant du côté des vampires de Bauhaus avec en toile de fond cette guitare qui semble souffrir le martyr, cherchant à se libérer de sa prison souterraine. Primaire, primal même et profondément excitant !

Enfin, après une petite parenthèse Bowie sur « Palace of Montezuma », Grinderman conclut sa descente aux enfers par le chef d’œuvre de l’album, « Bellringer Blues » qui n’a de blues que le nom malgré la slide guitar qui enveloppe le morceau du début à la fin. Entre vaudou préhistorique et psychédélisme tribal, Nick Cave nous emmène dans un voyage où l’utilisation de drogues même douces est à proscrire si l’on veut éviter l’accident de parcours…

En résumé, « Grinderman 2 » est un album à manipuler avec précaution, aussi tranchant qu’une lame de couteau, hypnotique et suave comme du velours, il pourrait bien laisser des traces à celui qui se laisserait mordre…
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