Gregg Allman - "Low Country Blues"

Par Scred | le 08/02/2011 | Les autres articles sur le Blues

Blues Brother
Voilà presque quinze ans que Gregg Allman, la voix des Allman Brothers faut-il le rappeler, avait laissé de côté sa carrière solo au profit d’un revival de son groupe historique. Las, les Allman Brothers sans le plus talentueux des frangins, le très regretté Duane, n’ont jamais vraiment réussi à réveiller l’enthousiasme des fans, ni maintenant, ni il y a quarante ans… Il n’en reste pas moins que Gregg Allman possède toujours l’un des organes les plus vibrants et émouvants parmi les chanteurs de blues blancs, une qualité qu’il met à profit de manière magistrale sur ce nouvel album.
Gregg Allman - "Low Country Blues" Et le gaillard n’est pas allé au charbon tout seul ! On retrouve à la guitare Doyle Bramhall II, digne fils de son père et une pointure du genre, qui était encore récemment en tournée avec Eric Clapton, ainsi que l’immense Dr John aux claviers, du beau monde quoi ! Au programme des réjouissances : du blues, du vrai, du qui déchire la nuit, qui sent le whisky répandu sous la table et qui vous noue les tripes « like it should ». Pardonnez-moi le petit écart linguistique, c’est plus fort que moi !

L’histoire commence mal, comme de raison… « Floating Bridge » traîne son groove lugubre et sombre comme les eaux du Mississippi qu’il enjambe, tout comme « Devil got my woman », où Gregg Allman pose sa voix torturée et cependant d’une justesse parfaite sur une guitare acoustique évoquant le fantôme de Robert Johnson avant d’être rejoint par le reste de l’orchestre pour donner au morceau une couleur hypnotique et démoniaque. « Je préférerais être le Diable que le mec de cette fille… ». Woah, tu m’en diras tant…

On passe par tous les Etats du blues en écoutant cet album, de Chicago, Illinois (« Little by little », « I can’t be satisfied ») à New Orleans, Louisiana (« Please accept my love ») en passant par Memphis, Tennessee (« I believe I’ll go back home ») ou encore les clubs enfumés de New York City (« Tears, Tears, Tears »), une véritable cartographie de la musique du diable dont le seul point commun est la voix inspirée de Gregg Allman qui livre ici une partition en tout point impeccable.

Il s’amuse même à singer Dieu en personne sur « Checking on my baby », faisant gronder le blues pendant que l’ami Bramhall fait claquer sa Stratocaster avec juste ce qu’il faut de reverb pour décoller la poussière du Tweed de son ampli. Frisson garanti ! L’album se conclut par un grand classique, « Rolling Stone » à l’ambiance trouble, traversé d’éclairs de slide guitar électriques et acoustiques pendant que la rythmique martèle ses coups sourds comme des cailloux cassés dans un pénitencier maudit où cette musique trouva sa raison d’être il y a bientôt un siècle.

Gregg Allman s’approprie l’héritage des grands noms du passé d’autant mieux qu’il fait partie de la liste et nous offre avec « Low Country Blues » un album superbe, classique et moderne à la fois, à découvrir d’urgence si vous êtes amateur de ces fameuses douze petites mesures qui viennent de là, enfin vous connaissez la suite…
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