Gov't Mule - Trianon - 09/07/2012

Par Peg | le 20/07/2012 | Les autres articles sur le Blues

Double jeu
18h30, l'heure de l'ouverture des portes du Trianon sonne, le trottoir attenant à la salle est déjà jonché d'une queue interminable. Les plus fervents fans parisiens d'un authentique blues rock sudiste étaient au rendez-vous, et pour cause, l'un des plus grands représentants du genre était à l'affiche. Warren Haynes et ses acolytes de Gov't Mule venaient assouvir un manque évident de chaleur électrique et combler un grand vide de blues viscéral après 2 ans d'absence.

La soirée s'annonçait mémorable et pleine de surprises à l'annonce de la première partie assurée par Kenny Wayne Shepherd, suite à l'annulation du concert avec Robert Cray. Le jeune guitariste que certains avaient découvert très jeune en 1995 avec un brillant premier album " Ledbetter Heights " qui le placera d'ailleurs au rang d'un des plus grands espoirs d'un blues issu de l'héritage de Stevie Ray Vaughan. D'une timidité déconcertante sur scène, le désormais moins jeune Wayne Shepherd assure un set plus que convaincant avec le soutiens de son illustre batteur Chris "Whipper" Layton (batteur historique de Stevie Ray Vaughan) un compère de longue date, de Tony Franklin à la basse, Riley Osbourn au clavier et de Noah Hunt au chant. Un set dont la tension grandissante arrivera à son apogée avec une incandescente interprétation de Voodoo Child (Jimi Hendrix) où la timidité de Wayne Shepherd disparaitra pour laisser place au jeu de scène associé au morceau, initié par son auteur, portant la guitare à sa nuque.

Un intermède plutôt incongru ponctuera l'entre-deux sets. Philippe Manoeuvre, qui nous honorait de sa présence ce soir là, viendra saluer le talent de Gov't Mule, se déclarant fan de la première heure. Le critique se voit reçu dans les huées générales. Sa déclaration " nous sommes peu nombreux à aimer le bon rock " aura raison de la patience du public, pour qui la crédibilité de ce nanti du journalisme rock français semble désormais vivement remise en question. Manoeuvre s'étant largement fourvoyé ces dernières années en soutenant les BB Brunes et en participant à la " Nouvelle Star ". Un détail peut être mais non des moindres..

L'arrivée de Warren Haynes sur scène emballe systématiquement son auditoire. Son incroyable charisme et son éternel rictus enfantin lui attribue une incroyable aura. Plus qu'un remarquable guitariste, Haynes est aussi un incroyable vocaliste, tel un crooner du blues, bien que doté d'une humilité déconcertante.

La sérénité ambiante et l'osmose plus que perceptible entre Haynes et son bassiste Jorgen Carlsson, son batteur Matt Abts , son clavier et guitariste Danny Louis contribue à une performance scénique toujours plus subtile et chaude, suave et électrique.

"Railroad Boy" tiré de l'album "By a Thread" (2009) entamera un habituel long set de plus de quinze titres parmi lesquels " Rocking Horse ", " Blind Man in the Dark " ou encore " Streamline Woman ". Un concert de Gov't Mule ne peut s'envisager sans nombreuses reprises. On aurait évidemment adoré entendre " 21st Century Schizoid Man " (King Crimson) ou encore " Dazed and Confused " (Led Zeppelin) mais le groupe à tellement de cordes à son arc en la matière que chacun de leur concert offre de nouvelles interprétations de morceaux moins connus ou tout à fait historiques.

L'arrivée du rappel se fait malheureusement sentir. L'espoir d'un concert de plus de 3h30, de même qu'en 2005 au Trabendo, n'est plus possible dans les petites et moyennes salles parisiennes au couvre feu fixé toujours bien trop tôt. Dans l'attente de leur retour sur scène, quelques minutes seulement suffiront à cultiver l'espoir collectif de voir se réunir sous un même faisceau lumineux les deux leads, Haynes et Wayne Shepherd.

Leur arrivée commune mettra la salle dans un émoi entre excitation et béatitude. La présence des musiciens des deux groupes qui accompagneront les solistes sur les 3 derniers morceaux du set (2 rappels) donnera une touche finale grandiose au set. A noter la présence sur scène de Richard Cousins, bassiste de Robert Cray. Malheureusement absent, Cray présent à Paris pour quelques jours de promotion aura probablement préféré rejoindre son ami B.B King occupant la scène du Grand Rex au même instant.

Une soirée touchant à sa fin dans l'apothéose, réunissant des musiciens qu'il est rare de voir rassemblés sur scène, surtout en Europe. On enviera toujours nos homologues d'outre atlantique qui ont l'occasion d'assister régulièrement à des jams improbables. Malgré tout, le constat plus qu'agréable de voir des pointures offrir la même sincérité scénique hors de leur berceau nous motive toujours d'avantage à nous déplacer pour les voir sur scène. On reviendra !



Kenny Wayne Shepherd – setlist :
1. Never Lookin' Back
2. Somehow, Somewhere, Someway
3. Butterfly
4. Yer Blues
5. Shame, Shame, Shame
6. Blue On Black
7. Voodoo Child

Gov't Mule – Setlist :
1. Railroad Boy
2. Rocking Horse
3. Time to Confess
4. Trane
5. Eternity's Breath (Mahavishnu Orchestra cover)
6. St. Stephen Jam (Grateful Dead cover)
7. Captured
8. Steppin' Lightly
9. Streamline Woman
10. No Need To Suffer
11. Need Your Love So Bad (Little Willie John cover)
12. Blind Man In The Dark
13. Mule

Rappel - 1
I Feel Like Breaking Up Somebody's Home (Ann Peebles cover) (with Kenny Wayne Shepherd & Tony Braunagel)
That's What Love Will Make You Do (Little Milton cover) (with Kenny Wayne Shepherd, …)

Rappel - 2
32-20 Blues (Robert Johnson cover) (with Kenny Wayne Shepherd)
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