Gov't Mule - "Mulennium"
Quelle que soit la réponse à cette question, il y a peu de chances qu’elle rende jaloux les privilégiés qui se trouvaient au Roxy Theatre d’Atlanta pour applaudir Gov’t Mule qui donnait ce soir-là l’un de ses traditionnels concerts du nouvel an.En fait de concerts, il s’agit plutôt de marathons où le groupe pérennise l’héritage du Allman Brothers Band dont Warren Hayes (chant, guitare) fait partie depuis la résurrection du groupe au début des années 90. Gov’t Mule étant à la base un jam band, chaque concert alterne compositions et reprises étirées en longueur au moyen d’étourdissantes sessions d’improvisations, bien souvent renforcées par la présence d’invités prestigieux.
Et ce concert du passage au nouveau millénaire (qui a quand même mis dix ans à sortir des cartons, on a failli attendre !) ne déroge pas à la règle. Quatre heures trente de musique répartie sur trois CD, c’est presque trop ! Je dis presque… Parce qu’à l’écoute de chaque galette, on a du mal à trouver quoi que ce soit à enlever histoire d’alléger un peu le pavé.
Le premier CD couvre le set d’ouverture, commencé à 23h18 au XXème siècle et qui finira très précisément à 00h28 au XXIème. Le groupe consacrera cette première partie à ses nouvelles chansons de l’époque tirées de l’album « Life before Insanity » (2000), dont la ballade éponyme et le très Zeppelinien « Bad little doggie », ainsi qu’à des morceaux plus anciens comme « Blind man in the dark » ou encore un « Towering Fool » plus sudiste que jamais augmenté d’un solo de guitare d’anthologie. Et puis c’est le décompte qui commence, enchaîné comme il se doit avec le « 21st Century Schizoid Man » de King Crimson, belle initiative ! La suite l’est tout autant puisque Gov’t Mule assène coup sur coup une version imparable et pleine d’espoir de « We’re not gonna take it » des Who et en guise de conclusion un jam hallucinant autour du « Dazed and Confused » de Led Zeppelin.
Vingt minutes de pause plus tard, le groupe revient en compagnie du bluesman Little Milton pour un set 100% Blues composé de titres originaux que Gov’t Mule avait enregistrés peu de temps auparavant avec Little Milton sur l’album « Welcome to Little Milton » et de reprises dont le légendaire « I can’t quit you baby » de Willie Dixon, ou encore une version torride de « It hurts me too ».
Il doit être environ deux heures du matin lorsque Little Milton cède sa place à un vieil ami des Gov’t Mule, Audley Freed, alors guitariste des Black Crowes. Histoire de garder tout le monde éveillé, le groupe enchaîne une série de reprises pied au plancher dont l’étonnant « Is it my body ? » d’Alice Cooper, « Power of Soul » (un titre peu connu de Jimi Hendrix), « Helter Skelter » des Beatles et même le fabuleux « Sometimes Salvation » des Black Crowes, une chanson qu’on a peu l’habitude d’entendre sans la voix de Chris Robinson et qui conserve ici toute son intensité.
Gov’t Mule termine ce second set (alors que nous sommes déjà sur le troisième CD !) dans une ambiance seventies avec le « 30 days in the hole » d’Humble Pie et « End of the line » des Allman Brothers avant d’achever le public en douceur avec trois titres qui comptent parmi les plus belles ballades de l’histoire du rock, « Out of the rain » de Tony Joe White, « I shall be released » de Bob Dylan et l’inévitable « Simple Man » de Lynyrd Skynyrd.
Il est 3h43 du matin en ce premier janvier 2000, Gov’t Mule vient de jouer pendant quatre heures et demi pour un public dont on a du mal à imaginer l’état après une telle performance. Pour se faire une idée, essayez donc l’écoute de ce « Mulennium » dans son intégralité, sans respirer ! Après cela, il y a des chances que le prochain concert auquel vous assisterez vous semble un peu fade…
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