Motocultor Festival - Saint Nolff - 16 17 18 Août 2013

Par Manue Fée C. | le 29/12/2013 | Les autres articles sur le Métal

Premier Jour: Nouvelle Ere
Après une édition 2012 très satisfaisante au niveau de la programmation musicale mais avec des lacunes largement pointées, commentées, et décriées, sur le confort et les conditions d'accueil de son public notamment, le Motocultor était attendu au tournant pour son édition 2013.
Et on peut dire qu'une belle partie du défi aura été relevée ! Premier changement, et non des moindres : le site ! Dont découlera une grande part des améliorations ressenties sur cette édition. Le festival, depuis deux ans installé à la roots dans la prairie Sinagote, a bouclé ses valises et opéré une migration d'une quinzaine de kilomètres plus au nord, pour se poser sur un terrain habitué à recevoir une foule de festivaliers : le site de Kerboulard, à Saint Nolff.
Arrivée la veille sur les terres morbihannaises, l'équipe d'Actumusic :.com s'est vue offrir l'opportunité d'une visite en avant-première, et a pu découvrir grâce à un sympathique tour du propriétaire, les coulisses des installations du Motocultor 2013, la veille de l'ouverture de ses portes, pendant que l'organisation, débordée mais accueillante, mettait la main à ses derniers préparatifs, sous un soleil de plomb. Un plus grand Metal Market, un espace bar-restauration également agrandi, une plate-forme PMR à la taille doublée pour accueillir les personnes à mobilité réduite, des toilettes en dur, et régulièrement entretenues : l'accent a bien été mis sur le confort du festivalier.
C'est donc un site magnifique, niché dans son écrin de verdure, et taillé pour le festival, qui attend ses 12000 festivaliers (soit 1000 de plus que lors de l'édition précédente), pour leur offrir, avant la clôture de la saison des festivals, comme un ultime souffle de vacances bretonnes, sorte d'After à taille humaine de son grand frère Hellfest.

*Doors open...*
Malgré une volonté d'anticipation de l'engorgement à l'entrée du festival par la distribution des bracelets dès la veille aux festivaliers déjà présents sur le site, ça se bouscule au portillon pour l'ouverture de l'édition 2013 du Motocultor Open Air Festival. Un nombre restreint de files d'accès et un certain zèle du côté de la fouille de la part de la sécurité semblerait ne pas y être étrangers, mais nous parvenons néanmoins à entrer sans encombres, à temps pour le coup d'envoi de cette première journée du Motocultor : c'est parti !

Et c'est avec les joyeux Sticky Boys que la fête commence sur la « Supositor Stage » ! Le rock endiablé des parisiens démarre le festival en trombe avec une pêche d'enfer. Rythmique percutante et riffs accrocheurs, ils communiquent leur bonne humeur à un public logiquement discret et restreint en ce premier set du festival. « Public, montre que tu aimes la musique ! Montre que tu aimes la pluie ! Souris ! ». Leur Hard Rock est direct et festif, et (trop vite) clôturé par un non moins chaleureux « A tout de suite au bar ! ».

Belenos enchaîne, dans une ambiance plus obscure, robes de peaux et regards sombres, leur décoration de crânes de cerfs en place sur la « Dave Mustage ». L'introduction au chant clair ne semble pas très assurée mais le set démarre vraiment avec les growl puissants, un son lourd et planant. Le groupe joue un morceau supplémentaire pour terminer son set, « Fureur celtique », qui permet au public de s'offrir un petit pogo bienvenu pour s'échauffer en vue de la suite des réjouissances.

System Divide souffre d'un problème technique au démarrage, qui provoque un faux départ. Après une pause forcée faute de son, le set redémarre, mélange de métal moderne et mélodique, formé par le couple Sven de Caluwé (de Aborted) à la puissance vocale Grindcore, et de la flamboyante rousse Miri Milman (de Distorted), chanteuse lyrique de Death Symphonique. C'est un contraste saisissant entre brutalité et mélodie, puissance et féminité, même si un décalage se fait parfois légèrement ressentir entre les deux. Les deux guitaristes quand à eux envoient un déluge monstrueux de riffs surpuissants.

Coup de cœur un peu particulier envers Miseducation of Masses, dont certains des membres sont des bénévoles du Festival ! « On représente le Métal français d'en bas ! On est un groupe de pécores! On compte sur vous pour foutre le bordel quand même, allez! » Le ton est donné, c'est à la bonne-franquette et en tant que bande de potes que le groupe rennais investit la Dave Mustage. Il n'y a pas grand monde devant, et le pit n'est pas vraiment remuant malgré les beaux efforts du groupe, mais ils sont tout de même joliment acclamés et salués des cornes levées à la fin de chaque morceau. Ils nous offrent en prime deux reprises bien exécutées : de Morbid Angel et de Cannibal Corpse, qui ne peuvent qu'augmenter leur capital sympathie. Annulés lors de la précédente édition à cause d'un retard d'ouverture du festival du, on s'en souvient, à une autorisation tardive de la part de la commission de sécurité, ils prouvent cette année qu'ils sont bien à leur place face au public du Motocultor, pour porter les couleurs d'un Death Métal local efficace.

Introduits par le son de leurs sirènes, il aura fallu une poignée de secondes de leur premier morceau seulement à Angelus Apatrida pour commander, d'un seul geste, un circle pit aussitôt exécuté. La fosse commence à s'agiter pour de bon, et c'est donc le premier groupe à véritablement soulever la poussière du Motocultor 2013. Au troisième morceau, déjà les premiers slameurs ont été ramassés, et un second circle pit, encore plus gros que le premier, se déchaîne. Les thrasheurs espagnols déjà présents au festival il y a deux ans, sont venus cette année armés des morceaux de leur dernier album, « Call », sorti entre temps. Ils sont ici chez eux, décontractés et souriants entre deux gorgées de binouse, et remerciant chaleureusement leur public. Voix aigue et riffs heavy, un vent de folie aux sonorités quasi - eighties électrise la Dave MuStage.

Les niçois de Svart Crown, déjà présents sur les terres de l'ouest cette année en programmation du « Temple » du Hellfest, font flotter le magnifique Back drop « sexy zombie » à l'image de leur dernier album « Profane » sur le Motocultor. La foule s'est densifiée devant la Supositor Stage pour profiter des blasts de leur death métal complexe, riche, violent et ambiancé. Leur présence scénique ne dément pas leur renommée, ils sont considérés comme parmi l'un des meilleurs représentant du Black / Death montant en France. Nicolas Ranko Muller est impressionnant derrière les fûts de sa machine à blast, les gratteux headbanguent en rythme, et JB Le Bail le frontman n'hésite pas à en redemander au public, déjà extatique. Le pogo, ininterrompu de tout le set, a levé un nuage de poussière qui rend irrespirable l'air sous le vent. « On s'appelle Svart Crown ! C'est la première fois pour nous ici, merci d'être venus nous voir, merci beaucoup! ».

Visages grimaçants, faces et haut des corps peinturlurés de blanc, noir et sang (sauf pour l'un des membres, qui détonne au milieu de ses congénères, semblant avoir zappé l'étape maquillage d'avant-set), c'est Endstille qui entre en scène, prêts à ravir les fans de Black apocalyptique sanguinolent. Zingultus, qui semble s'être versé une louche entière d'hémoglobine, paraît fondre au soleil, sans pour autant se départir un seul instant de son sourire. Le son des teutons est saturé, lourd et écrasant, lancinant malgré toute sa violence, figeant le pit, qui reste statique, comme assommé, ou envoûté.

Les finistériens de Voight Kampff, vainqueurs du tremplin Motocultor de cette année, démarrent leur set devant un parterre d'à peine trois rangs de festivaliers. Ce qui ne les empêche pas de rester énergiques, souriants et communicatifs malgré le manque d'ambiance devant eux. Au moins, la poignée de pogoteurs qui leur rend hommage a toute la place de s'éclater et de se courir après. Leur formation originale (sans bassiste), nous offre un thrash rapide et technique tout à fait efficace, et ils nous gratifient même pour l'occasion de l'écoute d'un nouveau morceau, « Memories », pas encore enregistré.

Premier groupe dont le nom est scandé par la foule, très attendues par la gent masculine, les rockeuses de Crucified Barbara montent sur scène avec leur hargne habituelle, pour enflammer le Motocultor. Des étoiles brillent dans les yeux des festivaliers mâles, massés en nombre devant la Dave Mustage, et chaleureusement salués par les quatre diablesses à leur arrivée sur scène, bières à la main : « Cheers everybody, we are so happy to be here, so cheers ! » Le son sur cette scène principale est vraiment propre, et le Hard Rock des suédoises est lourd et percutant, les riffs redoutables, et les hits s'enchaînent : « The Crucifier », « Shut Your Mouth », « Rock Me Like The Devil », « In distortion we trust ». Les filles se permettent même de nous offrir un hommage des plus efficace à Lemmy Kilmister, avec leur reprise virile de « Killed by Death » de Motörhead, et maintiennent l’ambiance d'un bout à l'autre de leur set.

Le son est moins propre du côté de la Supositor Stage pour le démarrage du set de Destroyer 666, dont le charismatique frontman, K.K. Warslut, n'est quasiment pas audible sur le premier morceau. Le mal est toutefois rapidement réparé, et les pogoteurs ne se privent pas pour se lâcher au son du Black Metal Thrash des australiens. Leur jeu de scène est très énergique, et leurs compos redoutables, appuyées par leur chœur à quatre, chaque membre du groupe ayant son propre micro, et se relayant pour faire entendre sa voix, donnant une dynamique et une convivialité particulière au groupe.

21h, c'est un vent venu du grand nord qui s'apprête à s'abattre sur le Motocultor. Accompagnant le crachin qui humecte en douceur Kerboulard et ses occupants, les vikings d'Enslaved, visiblement très attendus, s'emparent de l'âme celtique du public breton. Une coupure d’électricité et le set des norvégiens va couper court. Mais ne se laissant pas démonter pour autant, les musiciens occupent la scène en attendant que le câble soit rebranché, s'amusant avec leur public, le batteur s'improvisant même un excellent chauffeur de « salle ». Repartis sur les chapeaux de roues au bout de quelques instants, Enslaved fait la part belle à leur dernier album, « RIITIIR », sorti il y a un peu moins d'un an, et le set est particulièrement mis en valeur par un lightshow très travaillé.

Nous évoquions l'âme bretonne du public qui vibrait déjà quelques lignes plus haut, mais avec Eluveitie, c'est une véritable déferlante celtique qui résonne particulièrement intensément en ces terres d'Armorique, transformant le Motocultor en une gigantesque gigue endiablée. Les « Gwen Ha Du » flottent au-dessus de la foule la plus dense qu'on ait encore vue depuis le début de cette édition du festival, accompagnant de fervents slammeurs dans leurs vols-planés, certains décollant même depuis la régie, située 30 mètres face à la scène. « Luxtos » (« La jument de Michao », plus connue comme « J'entends le loup, le renard et la belette»), et « Inis Mona » (« Tri Martolod », également connue « grâce » au succès, à la fin des années 90 de Manau : « La vallée de Dana »), sont des morceaux familiers du public breton, dont les refrains, connus par cœur, sont repris à gorges déployées dans une ambiance de Fest Noz (galettes-saucisses en moins) des plus festives. « You guys, every single one of you, are a fucking great audience, thank you ! ». Les Helvètes sont acclamés et se voient gratifiés d'un joli wall of death, orchestré depuis la scène, en français dans le texte, par un charismatique Chrigel Glanzmann, qui semble, lui aussi, ravi d'être ici. Le reste de la setlist fait la part belle à leur dernier album, « Helvetios », sorti en 2012. Le son métal folk mâtiné de death mélodique d'Eluveitie est un mélange de violence et de calme, de puissance et de douceur. La foule d'instruments folkloriques lui donne sa dimension traditionnelle, vielles, violons, flûtiaux et binious, accompagnant des riffs tapageurs, les blasts de la double pédale suivis par les notes aiguës de la flûte, impressionnante de rapidité, et la voix puissante du frontman de celles, claires et féminines mais non moins puissantes, de Mery Tadic et Anna Murphy.

Micro lumineux en main, armé d'un métal frontal et groovy, c'est un Dez Fafara en grande forme qui déboule sur la Dave Mustage pour écraser le Motocultor de toute la puissance de Devildriver. Le set démarre comme à leur habitude avec « End of the line ». Et avec les premiers accords qui fusent, pression et température montent rapidement dans le pit. La légende dit qu'ils ont été détenteurs du plus grand Circle Pit au monde, en tout cas le charisme du frontman, également chanteur de Coal Chamber, n'est plus à démontrer. Très communicatif, il commande son public comme un véritable chef d'orchestre, tenant le pit d'une main de fer, circle-pits et autres walls of death se déclenchant sur simple demande. Souriant, narguant, « I want to see your middle finguer ! », et réclamant slam et circle pit à tout va, il habite véritablement la scène, et communique au public quelque chose de généreux et instinctif, invitation au rentre-dedans sans se poser de question ! Le bassiste Chris Towning (guitariste de Bury Your Dead), est loin d'être avare en énergie lui aussi. Le voilà qui se perche à trois mètres de hauteur, au sommet des baffles, faisant friser la crise cardiaque au technicien qui s'y accroche pour s'efforcer de les maintenir stables, le temps pour lui d'effectuer un superbe saut de la mort. Côté son, batterie percutante et riffs ardents, le set est carré et les titres s'enchaînent sans répit. « The appetite » et « Ruthless » sont deux morceau issus de « Winterkills », leur nouvel album qui sort le 27 août. « Heart on to Heartache » est annoncée comme « The love song », on est prévenus. « Clouds Over California » est accueillie avec grand enthousiasme par le public. Un wall of death se prépare, mais qui sera transformé en circle-pit géant à la demande du frontman, puis stoppé lui aussi, le temps de rappeler les bases de la fraternité (quand un de vos frères tombe, on le ramasse !). Après cet intermède de courtoisie, c'est « Meet The Wretched » qui clôturera le temps impartit à Devildriver pour retourner le Motocultor. Une belle heure de folie !

C'est au tour des belges d’Aborted d'offrir leur carnage le plus brutal, à la précision médicale, que ce soit dans leur musique ou dans leur poésie ! On retrouve sur scène une partie des musiciens de System Divided, vus plus tôt, et leur set du début d'après-midi semble les avoir boostés plutôt que fatigués ! A la batterie Ken Bedene défonce l'atmosphère de la violence de ses blasts, Sven « Svencho » de Caluwe ne se contente pas de chanter, il se plie en deux autour de son micro et fend l'air de la tête et des poings, et JB Van der Wal se sert de sa basse comme une arme de destruction massive. Leur set fera la part belle à leur dernier album « Global Flatline » sorti début 2012, dont le back drop couvre le fond le la Supositor Stage. Côté fosse, la place n'étant pas suffisante pour un circle pit au pied de la scène, qu'à cela ne tienne, ça galope joyeusement autour de la tente régie ! « Le prochain morceau parle de sodomie et de caca sur les nichons » voilà, âmes sensibles s'abstenir, les docteurs du gore annoncent la couleur.

Quelques notes de liturgie sombre introduisent Vader, grands Maîtres de la clôture de cette première journée du Motocultor 2013. « It's so hard to be the band who turns the lights off ! But we are so glad to see so many of you alive !! ». Majestueux et agressifs, puissants et efficaces, la légende polonaise assène une véritable leçon de death métal en guise de final. « Wings », « Carnal », « Silent Empire », « Return to the Morbid Reich », « Come and See My Sacrifice », « Dark Age », « Helleluyah!!! (God Is Dead) », c'est une setlist au format Best of de leurs classiques que joue Vader, issus de leurs seules compos (pas de reprise de black sabbath pour ce soir par exemple !). Malgré l'heure tardive, la ferveur du public est bien présente. Et côté scène, assurance, grimaces de circonstance, blasts tout puissants et envolées de riffs assurent un set des plus carré. Mais les bonnes choses ont une fin, et c'est sur la majestueuse « Marche Impériale » de Star Wars que Vader se retire, laissant reposer la poussière sur le Motocultor... jusqu'à demain.


Photos
© P.Cremin - www.blackstage-photography.com
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