Ez3kiel - Bataclan - 09/12/2014

Par GnoK | le 29/12/2014 | Les autres articles sur le Rock

Orgue de Barb4ry
J'ai toujours eu du mal à classer un groupe par genre. Ne me méprenez pas, la plupart des artistes rentrent dans une case, beaucoup n’en sortent jamais et répètent inlassablement leur ouvrage tels des Sisyphes modernes. Ez3kiel a su se libérer de ce carcan et a réussi avec brio un mélange, une fusion de genres qui force le respect. La richesse de leur répertoire, de leurs influences est vaste : électro, hip-hop, dub, rock, classique, indus, métal.

C’est donc tout naturellement que le bal est ouvert par le Chapelier Fou. Formation éclectique mêlant avec talent des sonorités electro, pop et classique dans un subtil mix de violon, violoncelle, clarinette et synthé. Le rythme est entraînant, plein d’énergie et crée une atmosphère propice à l’arrivée tout en puissance d’Ez3kiel.

La part belle est donnée aux sonorités très rock du nouvel album Lux. Cet opus est majoritairement instrumental, c’est donc une apparition fugace que fait la voix de Pierre Bottron sur le titre Anonymous. Niveau immersion, je me suis senti comme à un concert de Mono: de longues ballades post-rock ponctuées d’explosions d’énergie pure. Malgré l’absence de voix, le groupe arrive à nous transporter avec autant d’envie et à nous remuer les trip(e)s. J’ai savouré ce concert comme un critique culinaire, chaque petite touche de leurs influences passées m’amenait vers une expérience totale. Mes sens en éveil, répondant à mon environnement.

La présence scénique du trio était sublimée par le jeu de lumières. Mais peut-on encore parler de jeu devant la débauche de moyens mise en oeuvre pour créer cette atmosphère. Outre les classiques diffusions vidéo, spots et lasers, trônait derrière les musiciens un impressionnant mur de projecteurs pivotants mus par une conscience collective : littéralement le quatrième homme sur scène. Cela n’a évidemment rien d’étonnant, car Yann Nguema (ex-bassiste du groupe reconverti avec brio en metteur en scène) officie en coulisse pour nous faire vivre une expérience sensorielle autant sonore que visuelle. La musique nous transporte tellement que paradoxalement l’ambiance est plutôt posée, autant sur scène que dans le public. Mais il faut l’avouer que de temps en temps il est appréciable de ne pas se faire piétiner par des rangers ou prendre un coup de coude que ne renierait pas un boxeur thaï.

Alors oui certains peuvent préférer les débuts electro-dub plus innovants de BARB4RY, les expériences symphoniques de NAPHTALINE ORCHESTRA, les envolées rageuses et leur plongée dans les ténèbres (HINT vs Ez3KIEL). D’autres regrettent que du trio de musiciens fondateurs, aucun ne fasse partie de la formation actuelle, mais avec autant de participations, de guests et autres associations éclectiques (on se souviendra notamment des groupes DAAU et HINT) l’âme du groupe peut-elle être réduite à 3 membres ? En tout cas on assiste avec leur dernier album Lux à un retour aux fondamentaux : formations réduite et esthétique soignée. La sublimation de leur talent.

Pour tout cela, Ez3kiel est un grand groupe, car tout en évoluant il a su rester cette entité protéiforme, cette chimère insaisissable qui fascine et envoûte autant les nouveaux fans que les vieux briscards.



Photos
© P.Cremin - www.blackstage-photography.com
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