"Les Enfers du Rock" par Philippe Manoeuvre et Marie Meier

Par Scred | le 31/10/2009 | Les autres articles sur le Rock

Dr Phil Good
Alors comme ça t’es rock critic ?

Cette phrase, je l’ai entendue un certain nombre de fois après avoir malicieusement balancé ma raison sociale au détour d’une conversation...
"Les Enfers du Rock" par Philippe Manoeuvre et Marie Meier Parfois sur un ton ironique, parfois incrédule, souvent curieux (enfin un gus qui ne va pas nous parler de la crise dans sa branche !) Seulement aujourd’hui, mon interlocuteur n’est autre que Philippe Manoeuvre, THE rock critic, l’une des plumes les plus inspirées de la presse rock et l’un de mes mentors avoués depuis... ben depuis le début en fait !

Le rock est une Eglise et l’on y rentre comme en religion. On y vénère des saints païens, on y trouve même une Trinité incontournable (Elvis Presley, Beatles, Rolling Stones) et pour relayer la bonne parole, on s’abandonne à la lecture des sermons de l’archevêché maison tout de cuir vêtu, les rock critics.

Dans mon cas, la révélation s’est faite grâce à une Bible de substitution, un hors-série de Rock & Folk daté de décembre 1991 paru à l’occasion des 25 ans du magazine qui regroupait les critiques de 250 albums immanquables, la base de toute discothèque qui se respecte.
Ce petit bouquin, je l’ai trimbalé dans tout mes déménagements, cochant mentalement chaque nouveau disque dont je faisais l’acquisition et m’imprégnant chaque jour un peu plus du style de messieurs Paringaux, Dister, Chatain et bien sûr Manoeuvre.

C’était clair dans ma tronche, un jour, je ferais ça moi aussi...

Ouvrir les oreilles des autres, ouvrir leur coeur à la musique qui noue les tripes et vendre leur âme au rock n’ roll.

Ce petit fasicule taché, déchiré, usé jusqu’à la corde, je l’ai apporté avec moi aujourd’hui, afin de le faire dédicacer par le père Manoeuvre, et pas n’importe où !

A l’année 1976, année qui m’a vu naître et où le grand journaliste a signé une chronique assassine sur le premier album des Ramones, prophétisant la rapide disparition dans les oubliettes de l’Histoire du rock des quatre garnements de New York City... Hilarité de l’intéressé qui me dédicace l’objet d’un « Persiste et signe » goguenard !

Beau joueur le Phil Man... D’autant plus qu’il n’est pas là pour ça à la base.

En effet, si j’ai eu la chance de lui serrer la pogne c’est qu’il assure en public la promotion de son nouvel opus, « Les Enfers du Rock », paru aux éditions Tana. Après « Etre Rock » l’an passé, qui regroupait une collection de citations diverses autour de la chose rock n’ roll (ma favorite : « Si c’est trop fort, vous êtes trop vieux » par Ted Nugent), Philippe Manoeuvre reprend la parole en son nom propre pour nous parler des rapports incestueux entre notre musique fétiche et le Malin, le Grand Fourchu, El Diablo, Lucifer bref, le Diable !

Depuis le blues primitif de Robert Johnson et sa fameuse rencontre à la croisée des chemins jusqu’au Roi Lézard, Jim Morrison, en passant par les Stones, Black Sabbath, Jimi « Voodoo Child » Hendrix, Led Zeppelin, etc. Un joli parcours musical émaillé d’anecdotes précises qui part d’une idée que Manoeuvre aurait eue pendant un concert d’AC/DC.

Et c’est là que se trouve la différence fondamentale entre un simple journaliste musical et un rock critic. Le premier nous décrit par le menu le pourquoi du comment que ce disque est bien, que l’artiste est un génie, tout ça. Le second va, au contraire, nous raconter une histoire. Un truc personnel, une part de lui-même, quelque chose qui va faire de l’écoute du même disque une véritable Expérience (avec une belle majuscule, comme l’autre...). Philippe Manoeuvre a choisi de nous faire partager une vision mystique, celle des armées du Mordor (référence récurrente chez lui) regroupées devant la scène du Stade de France pour applaudir AC/DC, telle une mer de cornes rouges clignotantes, vision qui déclenchera chez lui l’envie de voir combien de références explicites au Démon se trouvent dans sa volumineuse collection de mp3.

A partir de là, la machine est lancée et le prétexte se transforme en thèse pour nous affranchir sur un sujet qui lui tient à coeur.

Sympathy for the Devil ?

Et comment ! On apprend beaucoup de choses à la lecture de ce livre, on change souvent de disque pour accompagner les pages qui se tournent et on prend un Malin plaisir à le relire dans la foulée en variant les playlists. Car a l’instar de « You can’t always get what you want », cela finit trop vite, beaucoup trop vite.

Bah oui, you can’t always get...
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