Eighties Matchbox B-Line Disaster - "Blood & Fire"

Par Scred | le 05/01/2011 | Les autres articles sur le Rock

Sombres Héros
C’est en 2002, lors de la sortie du premier album des Eighties Matchbox B-Line Disaster « Horse of the dog », que j’ai eu pour la première fois l’idée d’Actumusic… Oui Marty, comme je te le dis ! Comment donc, un groupe comme ça et (presque) personne n’en parle ? Il fallait répandre la nouvelle, faire sonner les trompettes d’urgence ! Malheureusement, l’internet était jeune (et moi aussi) et je me suis contenté de bassiner ma nana avec ce rock psycho punk gothique (rayez la mention inutile) jusqu’à l’écœurement, me disant qu’un talent pareil ne pourrait pas passer inaperçu bien longtemps.
Eighties Matchbox B-Line Disaster - "Blood & Fire" Las, une décennie plus tard le groupe de Brighton met la clef sous la porte, boudé par le public alors même que la presse spécialisée dans son ensemble n’a cessé de chanter leurs louanges… Le plus rageant dans tout ça, c’est que les Eighties Matchbox B-Line Disaster nous laissent comme dernier souvenir un album coup de boule, leur meilleur à ce jour, même pas un chant du cygne, un hurlement désincarné d’un cygne qu’on égorge au coupe ongle !

La vie est injuste, c’est un fait. Surtout lorsque l’on doit essayer d’exister dans une Angleterre phagocytée par les Libertines et les frasques de Pete Doherty. Les Eighties Matchbox B-Line Disaster ont essayé, en vain. Pourtant, ils ont tout ! Une rage primaire pour commencer, qui s’exprime sur des titres comme « Monsieur Cutts », « Under my Chin » ou l’épuisant « Mission from God » avec son refrain psychotique. Une classe immense ensuite, comme en témoigne le terrifiant « So long Goodnight », sorte de chanson de marins dopée à la testostérone qui nous rappelle le Noir Désir des grandes heures.

Et puis enfin, et c’est le plus énervant, une manière de réinventer un rock sombre et dur empruntant autant aux Cramps qu’aux Sisters of Mercy en passant par les Damned ou les fantaisies de Jello Biafra… Les guitares résonnent sinistrement, comme échappées d’une cave humide et obscure sur « Don’t ask me to love you » ou « Never be the same », faisant un écho lugubre à la voix profonde de Guy McKnight qui n’a jamais si bien chanté. « Man for all seasons » réveille l’instinct de chauve-souris qui sommeille en chacun de nous, une soif de sang frais à peine étanchée par un « I Hate the Blues » offert comme une vierge au sacrifice…

Quel dommage vraiment. Un titre comme « Love turns to hate » devrait pourtant mettre tout le monde d’accord ! Mais voilà, trop sombre, trop pur, trop intense peut-être pour une jeunesse habituée aux productions léchées, aux punks qui prennent leur douche et aux junkies qui font la couverture de Voici… Vous imaginez Sid Vicious ou Johnny Thunders poursuivi par les paparazzi ? C’est là que le bât blesse. Les Eighties Matchbox B-Line Disaster font peur, pour de vrai.

Ici en tous cas, on portera leur deuil avec fierté et conviction. Album du mois, le premier de l’année, à plat ventre dans la poussière car c’est bien là que nous retournerons tous, au fond de la cave.
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