Dick Annegarn - "Folk Talk"

Par Scred | le 24/02/2011 | Les autres articles sur le Folk

(re)Prise Acoustique
Dick Annegarn fait partie de ces artistes qui tracent leur route dans le monde de la musique avec une nonchalance qui n’a d’égal que leur longévité… Connu presque exclusivement des amateurs éclairés qui se repassent ses disques depuis plus de trente ans comme on se donne l’adresse d’un petit restaurant de quartier discret, l’homme mériterait à coup sûr une reconnaissance beaucoup plus large… Mais le voudrait-il ?
Dick Annegarn - "Folk Talk" Rien n’est moins sûr. Il est cependant rassurant de se dire qu’en 2011, on peut encore enregistrer la musique que l’on aime sans se préoccuper plus que cela des retombées médiatiques ! Car rien dans ce « Folk Talk » ne semble être fait pour attirer l’oreille des masses… Le fond pour commencer, une collection de reprises de standards du blues, du folk et du jazz américain. Pas top pour appâter le fan de Lady Gaga ça !

La forme ensuite… Dick Annegarn, du haut de ses soixante printemps, aime peu de choses en ce bas monde autant que sa vieille Gibson acoustique, fabriquée par des mains expertes en 1931 selon la légende. C’est donc elle que l’on entend tout au long de ces quatorze titres, elle et la voix chaude et abîmée d’Annegarn, à peine soutenue dans sa tâche par un duo de choristes natives de la Nouvelle Orléans. Ni plus, ni moins. Comme à la maison quoi !

Et force est de reconnaître qu’on n’a pas besoin d’autre chose pour être heureux… Quelque part entre un Johnny Cash moribond , un Bob Dylan fatigué et un Richie Havens vieillissant, Dick Annegarn promène son amour de l’Amérique comme s’il y avait vu le jour, lui le natif du plat pays où l’herbe est plus verte qu’ailleurs. « Careless Love » nous invite à poser là nos habitudes de production sophistiquée et d’arrangements alambiqués pour goûter à la beauté brute de la simplicité. Presque a cappella, la chanson hésite entre blues et reggae pour finir par nous emmener très loin, il y a très longtemps.

« Fever », aussi dénudée qu’une stripteaseuse sur le coup de deux heures du matin, s’offre à l’auditeur même si, selon la formule consacrée, on n’a pas le droit de toucher. Dick Annegarn, lui, ne s’en prive pas et revisite la chanson avec jubilation ! Ni basse, ni batterie, juste quelques gouttes de sueur et la température qui monte…

C’est d’ailleurs l’intérêt majeur de cet album, cette manière de s’approprier le « Don’t think twice it‘s alright » de Bob Dylan, le « Love Me Tender » d’Elvis Presley ou encore le « Georgia on my Mind » de Ray Charles, autant de chansons que l’on connaît plus que par cœur et que l’on redécouvre pourtant avec surprise au travers de l’interprétation très particulière d’Annegarn. Certains titres ne s’éloignent pas énormément des originaux malgré tout, « The House of the Rising Sun » par exemple qui s’inspire fortement de la version Dylan en y apportant cependant une chaleur qui faisait un peu défaut à celle du Zim. J’ai dit « un peu ».

Et puis il y a « Black Girl », ce morceau folk traditionnel popularisé par Nirvana sous le titre « Where did you sleep last night ? » qui reprend ici son sens originel et ses couleurs bleues bien éloignées du pathos un peu artificiel que lui avait conféré l’ami Cobain. Là aussi, j’ai dit « un peu ».

Tradition et nostalgie se bousculent sur ce « Folk Talk », quand la country de « Ox Driver’s Song » télescope le blues de « Oh What a Beautiful City » avant de rêver avec amertume à la « Saint James Infirmary » sur un air de Jazz oublié depuis longtemps, enfin pas par tout le monde… Dick Annegarn n’oublie rien, lui que le temps ne semble pas effleurer et nous offre avec cet album délicieusement anachronique une bonne raison de se souvenir de lui.
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