Derek and the Dominos - "Layla and other assorted love songs (Deluxe Edition)"

Par Scred | le 05/05/2011 | Les autres articles sur le Blues

Oeuf de Pâques
Coïncidence ou pas, il semblerait que la période de Pâques soit propice aux résurrections diverses et variées… Alors qu’un certain nazaréen est censé s’être levé de son tombeau quelque part en Palestine, Dieu en personne nous offre la renaissance de son plus bel enfant, j’ai nommé « Layla and other assorted love songs », et ne venez pas me dire que je blasphème, puisqu’il est encore et toujours question d’amour !
Derek and the Dominos - "Layla and other assorted love songs (Deluxe Edition)" Bon, l’amour en question est peut être un peu coupable en l’occurrence, il faut bien l’admettre. Dans les dix commandements, il est dit quelque part qu’on ne doit pas convoiter la femme de son pote. C’est comme ça, pas de bol les mecs. En même temps, lorsque cela a pour conséquence un album comme « Layla », avouez qu’il serait dommage de se priver d’un péché mortel !

Petit résumé des faits pour ceux qui n’étaient pas encore nés ou qui débarquent… En 1967, Eric Clapton fait deux rencontres déterminantes pour son avenir immédiat, le Beatle George Harrison qui va devenir l’un de ses meilleurs amis et avec qui il fera gentiment pleurer sa guitare et la femme de ce dernier, une certaine Patty Boyd, mannequin de son état et belle à damner un saint. Et c’est bien ce qui va arriver, Clapton tombant fou amoureux de la miss et s’enfonçant de plus profondément dans la déprime et les substances diverses pour oublier son amour et sa culpabilité.

Pour faire vite, l’apothéose de sa douleur se traduira par cet album magique, compilation de blues célébrant les amours impossibles, les femmes intouchables, les injustices du cœur et autre joyeusetés que nous les hommes connaissons si bien… « Why does love got to be so sad » ? Parce que sinon, ce serait pas drôle, justement !

Outre l’intensité de l’interprétation d’un Clapton mû par sa souffrance et les conditions d’enregistrement épiques de l’objet (écoutez donc cette version de « Key to the Highway » où l’homme est raide bourré tout au long du morceau), la qualité de « Layla » s’explique également par l’excellence des musiciens qui composent les Dominos, notamment Bobby Whitlock aux claviers et le regretté Duane Allman (du Allman Brothers Band) à la guitare.

Le résultat de tout cela, c’est un album unique dans tous les sens du terme, un petit moment de grâce coincé entre la séparation des Beatles et la fin des swinging sixties, probablement l’un des plus grands albums de tous les temps, qui n’a pas pris la moindre ride en quarante ans. Et oui quarante ans déjà et à cette occasion, God en personne a daigné redescendre sur terre pour nous offrir un petit supplément de parole divine, en l’occurrence une belle portion de ce qui aurait pu être le second album de Derek and the Dominos, resté enfoui dans les cartons depuis tout ce temps.

Au programme, six titres tiré des sessions avortées de 1971 dont l’incroyable « Evil », le déchirant instrumental « Snake Lake Blues », ou encore « Got to be better in a little while » en version jam histoire de prendre la place de la petite souris planquée au fond du studio et en version complète, mixée comme il se doit afin d’en prendre plein les gencives. On retrouve d’ailleurs cette chanson dans un petit live de quatre titres enregistré au Johnny Cash Show en compagnie de Cash lui-même qui rejoindra le groupe sur un « Matchbox » d’anthologie, « It’s too late » et « Blues Power » complétant la setlist.

On retrouvera également sur ce disque bonus une version inédite en album de « Tell the Truth » jouée à deux mille à l’heure et produite par Phil Spector avec sa face B « Roll it over », également introuvable, sans oublier l’inévitable outtake des sessions originales de « Layla », « Mean Old World » bien connu des amateurs de Clapton puisqu’elle figurait déjà sur l’édition anniversaire des vingt ans de l’album.

Au final, c’est bien d’un miracle qu’il s’agit. « Layla and other assorted love songs » nous revient dans des habits neufs qui n’ont rien d’anecdotiques et nous permettent enfin de profiter de l’une des plus excitantes aventures musicales du XXème siècle dans son intégralité. Alléluia !
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