Depeche Mode "Sounds of the Universe"

Par Scred | le 15/09/2009 | Les autres articles sur le Pop

La boîte à sons
Voilà bientôt trente ans que Depeche Mode invente des sons... Précurseurs de la musique techno au cœur de ce l'on a appelé la New Wave, leur succès et le fanatisme qu'il a suscité a pu être comparé au phénomène Beatles.
Depeche Mode "Sounds of the Universe" Rien que ça. Alors au sommet de leur art ils se sont même permis de sortir l'album "Violator", chef d'oeuvre parmi les chefs d'oeuvre, qui les a propulsés bien au dessus du lot des groupes à la renommée planétaire... Du coup, pas étonnant que leur nouvelle cible soit l'univers !

Martin L. Gore l'a bien compris, le fait même de s'appeler Depeche Mode n'encourage pas à les suivre, les modes... Tout l'intérêt de la chose réside dans leur création. Et en matière de création, il en connaît un sacré bout le blondinet au regard triste ! Preuve en est ce "Sounds of the Universe" stratosphérique. Treize titres délicieusement anachroniques, où l'on retrouve des ambiances que Depeche Mode avait un peu laissées de côté depuis plusieurs albums au profit de morceaux plus "live", guitare en avant et choeurs gospels à l'appui.

Ici, rien de tout ça... Le fantôme est de retour dans la machine et la machine en frissonne de plaisir ! Dave Gahan, après deux albums solos de très grande qualité, n'a quasiment jamais aussi bien chanté et se permet même d'abandonner sa voix ténébreuse et monocorde pour s'aventurer dans des aigus inattendus tandis que Martin L. Gore laisse s'exprimer ses tourments électroniques autour des thèmes qui lui sont chers : le sexe, la religion, la douleur. Universel quoi, d'où le titre de l'album.

Dès le titre d'ouverture, "In chains", le ton est posé. Un orchestre numérique s'accorde en une montée orgasmique pour ouvrir quelque symphonie futuriste et la voix de Dave Gahan s'élève au milieu des machines qui prennent vie petit à petit. Leurs pulsations mêlées à des sons étranges, organiques et industriels à la fois, habiteront l'album jusqu'à la dernière seconde. "Hole to feed" nous entraîne dans un faux rythme pour mieux dissimuler son contenu obscur et nous conduire vers "Wrong", le premier single et certainement le meilleur depuis "I Feel You". Sur une musique qu'Eurythmics n'aurait pas dédaignée à l'époque, le verbe se fait hargneux et il y a fort à parier que Depeche Mode n'aura pas eu tort de parier sur ce titre pour ouvrir les hostilités. "Fragile Tension" semble marier l'ancien et le nouveau, tout comme "In Sympathy" ou "Perfect" où l'on retrouve à chaque fois la patte du grand DM des années 80 mixée avec de légères touches de guitares, plus discrètes cependant que sur les dernières productions du groupe.

On surfe toujours sur la Cold Wave, avec des sons qu'on croyait oubliés depuis très longtemps.

Depeche Mode ne se contente cependant pas de recycler une technique qui a déjà fait ses preuves. Avec des titres comme "Peace" qui évoque presque un Lennon cybernétique ou "Come back", complainte lugubre et profondément sensuelle, le groupe affirme haut et fort qu'il ne compte pas vivre sur sa légende mais bel et bien continuer à l'écrire. Martin L. Gore l'illustre également avec "Jezebel", son apparition habituelle derrière le micro, où pour cette fois il a choisi un thème ambigu collant parfaitement avec son personnage.

Le disque se conclut sur un "Corrupt" qui aurait fort bien pu figurer sur "Violator", tant au niveau des paroles vénéneuses (" I could corrupt you, it would be ugly ") que de la musique qui fait fonctionner le cinéma intime à plein régime. Depeche Mode nous laisse le souffle court, un peu hébétés par ce qui viens de nous arriver tant on n'avait pas vu le coup venir (notamment à cause de la pochette abominable, c'est la deuxième fois de suite les gars !) mais forcément heureux. Prochaine étape, le Stade de France au mois de Juin, histoire de transformer l'essai.

Mais bon, je m'en fais pas trop, ces drôles d'anglais sont doués pour ça aussi...
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