Depeche Mode - "Delta Machine"

Par Scred | le 27/03/2013 | Les autres articles sur le Pop

Sainte éthique
J’ai détesté le nouvel album de Depeche Mode dès la première écoute. Moi, le fan indécrottable, fidèle depuis plus de vingt cinq ans, lorsque « Music For The Masses » (1988) a révolutionné mon petit univers, moi qui ai tout aimé, chaque évolution de style, musical, vestimentaire ou capillaire, j’ai honni ce « Delta Machine » à la pochette hideuse. Et puis je l’ai réécouté.
Depeche Mode - "Delta Machine" Parce que bon. Ce serait trop facile. Quatre ans après l’excellent « Sounds Of The Universe » (2009), les mecs n’avaient pas pu perdre la flamme à ce point là. La vérité est que le nouvel album de Depeche Mode se mérite… Je sais, voilà bien une formule bateau que le journaliste en panne d’inspiration vous balance lorsque le truc est bien mais pas top et qu’il n’a pas trop envie de déboulonner un monstre sacré… Et cependant, pour une fois, c’est très exactement le sentiment qui se dégage de l’ensemble. Enfin, j’aurai dû dire « 13 exactement ».

« Delta Machine » est un concept album qui avance masqué. Treizième album de DM, sorti un 13 mars, comportant treize morceaux, on reconnaît bien là les petites facéties de Martin L. Gore ! Son titre, banal au premier abord, décrit pourtant à merveille le contenu de l’album, comme bien souvent chez Depeche Mode et comme bien souvent, l’auditeur n’en prend conscience qu’après l’avoir compris, le contenu.

Enregistré dans le Tennessee, à quelques encablures du delta du Mississippi, « Delta Machine » annonce la couleur, nous sommes en présence d’un album…de blues ! Un blues authentique, n’en déplaise aux puristes, passé par la moulinette d’une machine glaciale et synthétique, avec pour résultat une musique qui laisse l’oreille désorientée mais qui trouve son chemin dans le cerveau pour finir par vous nouer les tripes.

Pas de tube en puissance sur « Delta Machine », Depeche Mode n’en a que faire désormais, juste des ambiances distillées de manière perfide, passant d’instrumentations Lo-Fi écrasées par l’intensité du chant d’un Dave Gahan qui tente de plus en plus de choses avec sa voix jadis quasi monocorde (« Welcome To My World », le très flippant « Angel ») à des atmosphères plus complexes, mêlant avec grâce guitares et claviers (« Slow », le tandem « Soothe My Soul »/ « Goodbye », traits d’union logiques entre « Personal Jesus » et « Dream On »).

Depeche Mode n’oublie pas d’être mélodique cependant, en témoignent des titres comme le remarquable « Should Be Higher », réminiscence obscure et probablement involontaire du « Hunter » de Björk, qui présente l’avantage de mettre en évidence le lien qui a toujours uni la chanteuse islandaise avec ses glorieux aînés anglais, « Secret To The End » qui fleure bon les grands classiques du groupe période « Violator » (1990) ou encore « Broken » qui renoue avec les productions à tiroir complexes chères à Martin L. Gore, mettant en valeur l’un des meilleurs texte de l’album.

Et puis il y a « Heaven », premier single extrait de « Delta Machine », plus accessible que le reste de l’objet avec son ambiance à mi chemin entre gospel et Portishead, une petite douceur pour le tympan même si, au final, c’est probablement l’un des titres que l’on retiendra le moins après plusieurs écoutes…

Donc voilà. J’ai détesté le nouvel album de Depeche Mode. Et puis je l’ai réécouté. Et adoré. Tout le monde peut se tromper !
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