Deafheaven - "New Bermuda"

Par Scred | le 05/10/2015 | Les autres articles sur le Métal

Rêve(olution)
Il y a bientôt deux ans de cela, je vous causais de l’électrochoc suscité par la découverte d’un album d’un autre monde, « Sunbather » (2013), chef d’œuvre inclassable signé par les californiens de Deafheaven. Pour vous résumer l’affaire, les mots me manquaient pour vous transmettre les émotions, le plaisir, allez, la fascination que cette musique avait provoquée chez votre serviteur et ce dès la première écoute… Rebelote, Deafheaven revient avec un nouvel album, le bien nommé « New Bermuda », et je me retrouve dans la même panade !
Deafheaven - "New Bermuda" Deafheaven n’a cependant pas rendu une copie identique à l’original, « New Bermuda » même s’il présente un air de famille très prononcé avec son aîné, marque une évolution dans le style du groupe, exercice relativement difficile lorsqu’il s’agit de donner une suite à un album unanimement acclamé.

Mais de quel style parlons-nous ici au juste ? Black Metal, Shoegazing, Noisy, les concepts parfois antinomiques se bousculent lorsqu’il s’agit de définir le son de Deafheaven, au point que l’on pourrait en inventer un nouveau juste pour eux, du genre « Experience Metal » ou encore « Brain Rock », car l’effet que produit cette musique se fait ressentir autant dans les tripes de son auditeur que dans les méandres de ses neurones…

Prenez un hurleur de Black Metal, mariez-le avec un guitariste autant influencé par Marduk que par The Cure, ajoutez-y un batteur capable de réduire sa grosse caisse en charpie au terme du premier morceau tout en se réservant le droit à des breaks pachydermiques et vous serez encore loin du compte ! Dernière chose, oubliez définitivement les clichés liés au Black Metal, fini les blasphèmes de pacotille, les maquillages à la con, les nostalgiques de la déportation, bref, toutes les clowneries du genre… Ici, on parle musique, point barre.

Et quelle musique ! L’enchaînement « Brought To The Water » / « Luna » suffirait à lui seul à mettre tout le monde d’accord, tout en donnant une indication sur la nouvelle orientation du groupe, à savoir l’utilisation de la guitare qui s’aventure vers des riffs identifiables, là où par le passé, l’instrument était surtout destiné à construire des nappes soniques destinées à porter la voix déchirée de George Clarke. Toujours présentes cependant, ces plages de bruits harmonieux maintiennent la structure et construisent ces ambiances propres à la gamberge.

« Baby Blue » nous plonge vers des territoires plus lugubres, plus classiques dirons-nous, on s’éloigne du soleil pour regarder le glacier dans les yeux en se permettant même le luxe d’un interlude presque… hawaïen ! Du Black Metal des îles quoi, hallucinant comme les champignons du même coin ! Parfaite introduction vers « Come Back » et sa longue intro langoureuse comme une fin d’après midi sur le sable avant que l’orage n’éclate sans prévenir, inexorable, brutal, joussif, comme la petite curiosité en forme de solo de guitare (le seul de l’album).

« Gifts For The Earth » clôt le débat avec élégance, évoquant ce qui aurait pu se produire si les Foo FIghters s’en étaient fait pousser une paire, passionnante cavalcade vers un ailleurs musical, une terre vierge encore à conquérir où Deafheaven s’empresse de planter son drapeau, une bannière à la fois sombre et lumineuse qui pourrait montrer la voie à d’autres si tant est qu’ils puissent suivre.

En attendant, on se contentera de remettre « New Bermuda » sur la platine, encore et encore, jusqu’à l’épuisement et la perte de connaissance, comme après un orgasme d’anthologie. Merci chérie, c’était génial.
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