Dave Grohl - "Sound City"

Par Scred | le 13/04/2013 | Les autres articles sur le Rock

Ever Mind
L’histoire du rock n’ roll n’est jamais un fleuve tranquille, et c’est très bien comme cela. Elle s’écrit par accidents, avec des hommes et des femmes que rien ne prédestinait à en écrire les plus belles pages. Prenez Dave Grohl par exemple… Lorsque Kurt Cobain tire lâchement sa révérence, qui peut prédire l’incroyable parcours du mec qui jouait de la batterie dans Nirvana, ce garçon discret, bien rasé, les cheveux toujours propres ?
Dave Grohl - "Sound City" Car Dave Grohl ne fait décidément rien comme tout le monde… Ou plutôt, il fait les choses comme tout le monde devrait les faire, avec passion, générosité, simplicité et intelligence. Et une mémoire solide. La mémoire… Dave Grohl n’est jamais avare de confidences, chaque journaliste ayant eu la chance de lui parler pourra en témoigner, rare sont les musiciens ayant une parole aussi libre et abondante et une fois de plus, il nous en donne la preuve avec ce petit bijou de rockumentaire, j’ai nommé « Sound City ».

En 1991, Nirvana débarque dans les studios californiens de Sound City pour y enregistrer « Nevermind ». L’histoire est en marche. Les studios en question ont déjà vu défiler des pointures, Fleetwood Mac, Neil Young, Grateful Dead… C’est en ces lieux que Foreigner enregistra « Hot Blooded » et que Pat Benatar mit en boîte « Hit me with your best shot », sacré palmarès donc… Mais voilà, en ce début des années 90, l’aspect rudimentaire des studios (de simples entrepôts aménagés) en rebute beaucoup et c’est sans réel enthousiasme que le trio de Seattle se met au travail, avec le résultat que l’on connaît…

Ce résultat, Dave Grohl l’attribue à trois facteurs, le talent du groupe d’une part, l’habileté du producteur Butch Vig d’autre part, et enfin la magie de la console de mixage Neve, un monstre de 24 pistes, véritable poumon des studios Sound City. Après le succès de « Nevermind », cette console verra défiler Rage Against The Machine, les Black Crowes, Metallica, Slipknot et même Johnny Cash ! On a vu pire comme baroud d’honneur…

Car au moment où Sound City ferme ses portes pour cause de domination du numérique à tous les étages, c’est précisément l’histoire de cette console que veut nous raconter Dave Grohl, et au delà celle des studios en eux-mêmes et d’une certaine conception de la musique, comment on la fait, comment on la vit, avec en fil rouge l’aspect humain de l’affaire.

Parce que le rock n’ roll, c’est avant tout une bande de gars réunis dans une pièce avec des instruments… Et c’est ce que Dave Grohl nous propose dans ce document précieux et sur l’album qui l’accompagne, produit par le susnommé Butch Vig. Le bonhomme a battu le rappel de ses troupes, des amis (Krist Novoselic, Josh Homme, Corey Taylor, les Foo Fighters), des personnalités ayant marqué de leur empreinte Sound City (Stevie Nicks, Trent Reznor, Rick Springfield) et un certain Paul McCartney…

C’est bien évidemment le point culminant du film et de l’aveu même de Grohl, « un moment où j’ai ressenti que la boucle était bouclée ». Et de quelle manière… Autour de Krist Novoselic et Pat Smear, dernière formation complète de Nirvana, Macca s’amuse, oublie son âge, dirige la session en improvisant des paroles sur un riff infernal digne du MC5, et nous explique sans avoir besoin de mots le pourquoi et le comment du rock n’ roll.

On pourrait passer des heures à disserter sur les avantages de l’analogique par rapport à Pro Tools (sujet largement abordé dans « Sound City »), le bon vieux temps où la musique se faisait avec des bouts de ficelle, l’abondance de témoignages d’artistes prestigieux mais au final, tout se résume à cette dernière scène où un ancien Beatles prend un plaisir fou à faire de la musique avec Nirvana. Rencontre improbable et pourtant évidente.

Sound City n’est plus mais la fameuse console à encore de beaux jours devant elle puisque Dave Grohl l’a rachetée et installée dans son studio personnel, le fameux « 606 » afin qu’elle ne sombre pas dans l’oubli et la poussière. Après tout, c’est un peu grâce à elle qu’il est devenu ce qu’il est aujourd’hui. La mémoire je vous dis…
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