Concert Soap & Skin - 24/03/2010 - L'Alhambra

Par Peg | le 13/04/2010 | Les autres articles sur le Rock Indépendant

Chrysalide
Concert Soap & Skin - 24/03/2010 - L'Alhambra Soap&Skin, de son vrai nom Anja Franziska Plaschg, jeune auteure-compositrice-interprète autrichienne, n’a pas encore franchi le cap de la vingtaine qu’elle peut déjà se vanter d’avoir totalement envoûté la presse musicale de son pays natal.

Sorti il y a tout juste un an, son premier album "Lovetune for Vacuum" (Pias), s’est très rapidement placé dans le top 10 des meilleures ventes d’albums en Autriche. Très vite, un accueil très chaleureux a suivi en Allemagne, en Belgique et en France. Inspirée par de grands noms tels que Bjork, Kate Bush, PJ Harvey, elle est souvent comparée à Nico, ancienne égérie du Velvet, dont elle reprend d’ailleurs le très beau « Janitor of lunacy » sur son premier maxi.

C’est au grand air, en profonde campagne autrichienne, qu’elle grandit parmi les porcins, un élevage tenu par ses parents. Elle succombe dès sept ans à la passion de la musique. Pianiste et violoniste de formation, elle a su marier instruments classiques et sonorités électroniques avec subtilité. Son personnage, dont Anja parle elle-même à la troisième personne, n’est autre que l’incarnation de ses angoisses pour qui seule la musique sert de rédemption.

A ce sujet, elle explique que "Les interrogations sur le bonheur et le malheur, sur savoir si ça fait mal et avec quelle intensité, semblent se dissoudre dans les activités créatrices".

Son univers invite à un émouvant voyage mortuaire, mélancolique et lunaire porté par son énigmatique fragilité.

Pour son deuxième passage à Paris, elle se produit dans le cadre du festival annuel « Les femmes s’en mêlent » dont la programmation est très souvent truffée de magnifiques chrysalides inconnues en attente d’éclosion scénique.

Le plus souvent seule sur scène, piano à queue et ordinateur portable en guise de partenaires, elle a débarqué à l’Alhambra, accompagnée d’un ensemble qui ne s’exprimera qu’à des moments très précis, et finalement plutôt rares, dans le but d’intensifier l’émoi de son auditoire. Son entrée en scène au son d’étranges samples de grouinements de porcs parait manifestement être un choix identitaire qui dévoile une personnalité forte et assumée.

Rien que par sa troublante fragilité mutine, son teint diaphane et sa beauté singulière, elle réussit à émouvoir. Alors quand viennent les premiers bruissements de cordes de piano, cette jeune sylphide noie peu à peu son auditoire dans un torrent d’accords plaqués desquels émane une maturité inattendue. On se demande alors forcement ce qui nourrit cette âme fragile dont la musique invite à explorer les affres de la mélancolie avec tant de passion.

Telle une poupée de cire, Soap&Skin est articulée par des fils dont les mouvements décomposés et saccadés ne font que contribuer à la tension dramatique qui émane de sa musique. Colères et frustrations de cette adolescence dont elle sort à peine se transforment en poésie presque anxiogène tant il est évident que ce mode d’expression a pour origine une démarche thérapeutique inconsciente

Bien qu’elle n’ait qu’un seul opus a son actif, Soap&Skin livre une prestation dense, interprétant la quasi-totalité de son album, sans oublier les somptueux « Thanatos » et « Spiracle » ou encore « The Sun », dont les plaintes éthérées et les audaces acoustiques ne peuvent laisser insensible.

Au final, pas un mot à son public, seul l’esquisse d’un petit sourire gêné, Anja n’a pas pour habitude de s’exprimer autrement qu’en musique « si j’avais des choses a dire je serais écrivain » dit-elle d’ailleurs.

A une époque révolue, elle aurait pu sans conteste compter parmi les artistes d’un projet collectif tel que This Mortal Coil, qui réunissait Lisa Gerrard (Dead Can Dance) et Liz Fraser (Cocteau Twins) alors à leur début, et qui marqua les premiers pas et quelques grandes heures du magnifique label indépendant 4AD…

Une artiste à suivre, à regarder grandir, tant elle doit encore avoir de secrets à dévoiler…
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