Claire Lise - "La Chambre Rouge"

Par Scred | le 15/02/2012 | Les autres articles sur le Pop

Chambre avec vie
Je revois sa robe orange ouverte (au choix) au niveau du nombril, jeune fille à peine sortie de l’adolescence se faisant une place dans la salle d’un petit restaurant de quartier… L’Ogresse que ça s’appelait, oui madame, et ce nom (et le lieu) lui plaisaient tant qu’elle l’avait donné à son groupe et à une petite chanson.
Claire Lise - "La Chambre Rouge" Je revois son petit appartement parisien, modeste et charmant comme elle, retraite forcée d’une provinciale montée à la capitale pour « faire chanteuse » avec dans l’idée d’expliquer aux autochtones qu’il n’y a pas que deux villes en France, Paris et l’autre là… En ce temps-là, Claire Lise était comme ça. Frondeuse, chrysalide coincée entre chanson réaliste et humoristique, entre les Têtes Raides et Bobby Lapointe, maniant une poésie presque désuète avec une sensualité juvénile déjà très affirmée.

Ancrée dans son époque tout en refusant de rentrer dans un moule, elle revendiquait un érotisme frais et sincère mêlé d’humour sans jamais tomber dans la provocation à deux sous, croquant à belles dents sa blondeur d’ange, les déboires d’une secrétaire rêvant de subir enfin le harcèlement sexuel de son patron, ou nous offrant un mode d’emploi pour abuser de la situation (« Chanson érotique »), naviguant musicalement entre jazz et chanson française traditionnelle sans trop savoir où poser ses bagages, si ce n’est dans la loge d’une petite salle de concert confidentielle au public forcément trié sur le volet pour cause de manque de place.

Et puis, il fallait bien que cela arrive, c’était écrit… Le papillon a fini par éclore, la jeune fille est devenue femme et nous nous ouvre la porte de « La Chambre Rouge » avec un sourire gourmand, ne laissant dépasser que son visage pour ne pas révéler sa nudité ou nous la faire deviner. En treize titres, Claire Lise revisite son univers familier en abandonnant ses vieux vêtements de scène pour apparaître dans le plus simple appareil, débarrassée de ses oripeaux de chanteuse « à texte » pour libérer ses mots dans un style pop rock brillant qui lui sied beaucoup mieux.

Femme elle est, et des femmes elle parle… Souvent esseulées, elles font face à toutes les situations, de la maternité honteuse (« La Petite Porte ») à l’isolement des grandes villes (« Je Suis Morte ») en passant par le désert des sentiments (« Loin », où elle touche à la grâce douce amère d’un Mano Solo), la came (« Madame ») et bien entendu l’amour, forcément physique parce que sinon, on parle dans le vide (« Enlace », « Olympe de Gouges »).

Mais si les textes sont toujours aussi fins que la dentelle d’un soutien gorge dégrafé que l’on contemple avant d’en récolter les fruits, c’est bien la musique qui donne à cet album tout son cachet. Bénéficiant d’une production résolument actuelle, la belle se permet d’effleurer la sombre beauté d’une PJ Harvey (« Femme »), de mêler quelques sonorités électroniques évoquant la pop des années 70 avec des guitares limpides (« Tout est super ») et d’aller chasser sur les terres de Dionysos avec une ballade surfisante qui nous rappelle les meilleures heures du groupe de Mathias Malzieu (« Novembre »).

Mais il va falloir se faire à l’idée… Claire Lise ne nous appartient plus. Même si elle est encore loin de pouvoir remplir un Zénith, avec un album aussi ambitieux que « La Chambre Rouge », nul doute que les petites salles auront bientôt du mal à contenir son public, autrefois si intime, et désormais appelé à devenir légions. Mais ce sera bien fait pour elle…
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