Chroniques du Hellfest 2016 Part 3 – Dimanche 19 Juin 2016

Par Scred | le 08/07/2016 | Les autres articles sur le Métal

Sunday Bloody Sunday
Gros programme en perspective pour cette troisième et dernière journée d’orgie musicale au Hellfest comme en témoigne le monde sur la route pour pouvoir accéder au site du festival… Si l’on avait senti une légère baisse de fréquentation le Samedi soir malgré une affiche alléchante, ce n’est pas le cas aujourd’hui puisque dès notre arrivée, force est de constater que les deux Main Stages sont noires de monde !
Chroniques du Hellfest 2016 Part 3 – Dimanche 19 Juin 2016 Peut-être parce qu’aujourd’hui, après les performances attendues de Municipal Waste, No One Is Innocent et Vintage Trouble, c’est l’heure pour Gojira de prendre possession de la scène… Que d’étapes franchies par le groupe des frères Duplantier ! Il y a peu encore meilleur espoir de la scène métal française, Gojira s’exporte désormais à l’international avec un réel succès et il y a fort à parier que pas mal de leurs fans américains seraient surpris d’apprendre que leur nouveau groupe favori est originaire des Landes !

Mais pour le moment, c’est les fans français qui ont répondu présent, au point qu’il est impossible de s’approcher de la scène, il y a plus de monde que pour Korn la veille ! C’est dire… Gojira ne se laisse cependant pas impressionner. Avec dans leur musette un nouvel album (« Magma ») dont ils joueront trois titres (« Silvera », « Stranded » et « Only Pain »), ils ont toutes les raisons du monde d’avoir confiance en leur death métal conscient, aux textes toujours aussi affutés (« Flying Whales », « Toxic Garbage Island »), se permettant une pointe d’humour pendant « Backbone » puisque c’est l’anniversaire de Mario, le batteur blasteur (décidément carré comme une brique en live comme en studio).

Je m’éloigne lorsque démarre l’intro de « Vacuity » vu qu’aujourd’hui, c’est en mode marathon qu’il va falloir arpenter la pelouse du festival puisque Kadavar s’apprête à démarrer son set sur la scène de la Valley. Sans se prendre la tête (ce qui de toutes façons serait assez compliqué vu leur masse capillaire), les allemands de Kadavar étalent leur talent d’un autre âge sans chercher à s’encombrer avec une quelconque étiquette… Appelez cela du rock psyché, du classic rock, du vintage stoner, je pense que les mecs s’en foutent royalement. Du rock n’ roll pur et dur, en mode power trio, voilà ce qu’attendait le public de la Valley et il a été servi !

« Lord Of The Sky », « Doomsday Machine », « Black Sun » ou encore « Come Back Life » font toujours merveille dans leur dépouillement salutaire, fuzz et mèches en avant, qui a besoin de costumes et d’effets spéciaux pour nous chatouiller les tripes ? Pas eux en tous cas. C’est donc à regret que je m’extirpe de la tente envahie de vapeurs illégales pour aller tenter de me trouver une bonne place pour applaudir Slayer

Bien mal m’en a pris. Et pourtant Lucifer sait l’à quel point je cultise Slayer depuis des années mais cette fois, comment vous dire… Je me suis ennuyé comme jamais. Et je n’étais pas le seul si l’on considère que Tommy Araya lui-même ne réprimait même pas ses bâillements sur scène. C’mon man, mets la main devant la bouche, y’a des gens qui regardent !

Pourtant la setlist était bien, un petit « Fight Till Death » rarement joué sur scène, les grands classiques (« War Ensemble », « South Of Heaven », « Mandatory Suicide »), le final habituel (« Dead Skin Mask », « Raining Blood », « Angel Of Death »), bref, un programme huilé censé faire plaisir quoi ! Sauf que le cœur n’y est pas… C’est mou (un comble), ou peut-être avais-je l’impression d’avoir déjà vécu ce concert cent fois ? Impossible à dire…
Toujours est-il que dès les premières notes de « The Pursuit Of Vikings », je ressens très nettement la différence… Corne à la ceinture, entouré d’une fumée dense crachée par deux proues de drakkars, Johan Hegg et Amon Amarth offrent à leur public tout ce qui manquait à la bande de Kerry King, de l’énergie, de la folie, de l’éclate, du bonheur quoi !

Comme une horde d’Uruk Hai privés de dessert pendant un mois, Amon Amarth parcours son répertoire au pas de charge, la bave aux lèvres et le regard menaçant, prodiguant un death metal mélodique puisant ses influences autant dans les classiques du genre que dans un heavy metal somme toute assez traditionnel (« As Loke Falls », « Cry Of The Black Birds »), la mythologie nordique en prime brandie comme un étendard. Ne leur dites surtout pas qu’ils font du Viking Metal, ça les mettrait en pétard et qui a envie de contrarier un guerrier aux biceps gros comme trois fois mes cuisses, mmh ? Toujours est-il que le groupe est à la hauteur de sa réputation, distillant même quelques titres de leur dernier effort « Jomsviking » (« First Kill » et le brutal « Raise Your Horns ») avant de finir en apothéose sur leur incontournable « Twilight Of The Thunder God », laissant un public pantois, essayant tant bien que mal de se remettre de l’invasion musicale qu’il vient de subir !

Mais pas le temps de reprendre son souffle, car c’est déjà le moment de rallier la Warzone pour l’une des affiches des plus excitantes de tout ce Hellfest (pour votre serviteur en tous cas), Walls Of Jericho ! Le groupe de Détroit est un habitué du festival et chacune de ses prestations a toujours valu son pesant de protections acoustiques, c’est donc le cœur léger que je pénètre dans le circle pit qui se forme dès les premières notes d’ « Illusions Of Safety », premier extrait du nouvel album de Walls Of Jericho, attendu depuis fort longtemps (huit années tout de même)!

Aucune déception à l’horizon, Candace Kucsulain n’a rien perdu de sa force d’impact, et a même trouvé le moyen d’ajouter une délicieuse touche de féminité à son hardcore mâtiné de trash, ou alors est-ce parce que je la regarde toujours avec les yeux de l’amour… Hum, reprenons. Naviguant avec aisance sur leur entière discographie, Walls Of Jericho s’amuse à taper là où ça fait du bien quand ça fait mal, enchaînant « Trigger Full Of Promises » à « Feeding Frenzy » en passant par « All Hail The Dead » sans oublier la piqure de rappel sur les titres de leur excellent nouvel album (« No One Can Save You From Yourself », « Reign Supreme », « Fight The Good Fight » ou encore l’énorme « Relentless »), qui occupera la majorité de leur set sans que cela ne pose le moindre problème à leurs fans.

Bouclant la boucle avec un tandem gagnant « The American Dream »/ « Revival Never Goes Out Of Style », Walls Of Jericho réaffirme sa supériorité sur son petit monde tout en offrant au public du Hellfest une bonne occasion de transpirer en gardant le poing levé, parce que dans une tête qui headbang, il y a aussi un cerveau. Chapeau les mecs.

Du coup, le visage boursouflé de Dave Mustaine qui m’accueille après une telle décharge d’adrénaline a tout de la douche froide ! Même si Megadeth reste LA référence du trash à papa, même si leur prestation n’a absolument rien à se reprocher au niveau technique, même si ça fait toujours plaisir d’entendre « Symphony Of Destruction » enchaîné à « Peace Sells », à l’instar de Slayer plus tôt dans la journée, je m’ennuie un peu… Moins, mais quand même un peu. Du coup, j’en profite pour m’enfiler un sandwich au jambon rôti à la Taverne du Dragon en face des Main Stages pour pouvoir prendre une bonne place pour écouter Ghost.

Bon, Ghost. Personnellement, je pige pas. J’ai essayé pourtant, sur album. Peut-être est-ce le facteur X du live qui me manque ? Puisque tout le monde les aime (les vénèrent ?), ils doivent quand même avoir un truc ! À part les costumes de scène et les pseudos bizarres je veux dire ! Et bien non… Je repense à mon ancien camarade de débauche, l’ami Jacques Dezandre alias Gogol Premier, j’espère qu’il n’a jamais entendu parler de Ghost sinon il va nous faire une syncope !

Parce que pardon, mais le personnage de Papa Emeritus, il l’avait inventé il y a trente ans ! Et les nonnes, alors ? Laissez-moi vous dire qu’avec le Horde, elles étaient autrement mutines que celles qui s’avancent vers le public pour un simulacre d’eucharistie aussi provocateur qu’un pet dans une salle de cinoche ! Je craque sur le refrain de « Body And Blood » et vais me refaire une portion de frites tant tellement ça sent la soupe, dommage qu’ils n’en servent pas sur place d’ailleurs, ça m’éviterai d’accumuler les calories ! Histoire d’éliminer un peu, je me rue sur le Temple pour me décrasser les oreilles avec Enslaved, un bon rush de Black Metal norvégien à tendance progressive, rien de mieux pour se remettre d’aplomb ! Même si, soyons honnêtes, l’aspect progressif du métal prodigué par Enslaved est très relatif… Il y a des breaks en son plus ou moins clair quoi !

Mais peu importe, je me redirige vers la Main Stage alors que Ghost achève son set sur un morceau qui, allez, n’est pas si désagréable à écouter (« Monstrance Clock ») avec la chorale des enfants de Clisson en renfort sur le refrain, chantant innocemment (ou pas) un truc où il est question de se réunir en l’honneur du fils de Lucifer ! L’idée est à creuser, donnons leur au moins ça !

Et fort à propos quand on y pense puisque c’est au tour de Black Sabbath de monter sur scène… Dans ma tête, je m’étais dit : « bon, tu restes un quart d’heure et tu vas voir Paradise Lost, en plus c’est juste à côté d’une buvette, il y a le temps de reprendre une bière » ! On est organisé ou on l’est pas, que voulez-vous. Et puis vlan, patatra, dès le premier refrain du titre éponyme (« Black Sabbath », suivez les littéraires), je me retrouve coincé.

Coincé par la voix d’Ozzy, parfaite, par la présence de Toni Iommi, l’homme sans qui on ne serait pas aussi nombreux à aimer cette musique démoniaque puisqu’il en est plus ou moins le dépositaire original, par la basse lugubre de Geezer Butler, par le show en général, le sentiment d’être au bon endroit au bon moment, la vache, c’est le Sab’ quand même, les vrais ! Led Zeppelin n’existe plus, Deep Purple ne ressemble à rien, il reste qui de l’époque de la Genèse ?

Et pourtant, Ozzy je l’ai vu de nombreuses fois, en solo, avec ses potes, avec Sabbath mais ce soir, il se passe quelque chose… On y est. Soi-disant la dernière tournée de Black Sabbath, le groupe britannique pas encore brexité nous offre une prestation à la hauteur de sa réputation et des centaines d’autres groupes que sa musique a influencé ces quarante dernières années, sombre et psychédélisante (« After Forever », « Behind The Wall Of Sleep »), plaquant ses imparables titres mythiques sur la tronche d’un public médusé au point que même les gars de Paradise Lost (désolé les gars, une prochaine fois…) entre deux morceaux, prennent une pause en entendant « War Pigs » depuis leur scène et rappellent à leurs fans que merde, c’est le Sab’ quoi !

Notre bon vieux Ozzy commence cependant à fatiguer sur « Iron Man » après une version sublime de « N.I.B. », on lui pardonne tellement cette chanson est dure à chanter, et enchaîne sur un « Dirty Women » un peu plus rassurant avant d’exploser sur « Children Of The Grave », parfaite introduction à un « Paranoid » que tout le monde attendait, notamment une section entière de sapeurs pompiers placés juste à côté de moi qui se mettent à headbanger à l’unisson, quelle belle ville que Clisson décidément !

Ainsi s’achève donc cette onzième édition du Hellfest, toujours pleine de surprises, bonnes pour la grande majorité d’entre elles, et toujours aussi accueillante et fidèle à son titre loin d’être honorifique de meilleur grand festival français ! On est donc impatients de voir ce que nous réserve la prochaine édition car, comme le dit si bien Ben Barbaud, heureux père de l’événement, « See you next year Hellbangers ! »
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