Chroniques du Hellfest 2016 Part 2 – Samedi 18 Juin 2016

Par Scred | le 29/06/2016 | Les autres articles sur le Métal

Lemmy hear some noise !
Laissez-moi vous parler de la statue du commandeur… Non, pas celle qui revient d’entre les morts pour emmener Don Giovanni expier ses fautes en enfer, celle du commandeur Lemmy, qui vient faire exactement l’inverse pour ses fidèles présents au Hellfest ! Haute de quinze mètres, elle représente le leader de Motörhead basse en bandoulière, un sceptre siglé Hellfest à la main, faisant le signe de la bête de l’autre et servira désormais de lieu de recueillement (et de point de rencontre) pour les festivaliers !
Chroniques du Hellfest 2016 Part 2 – Samedi 18 Juin 2016 À sa base, outre une pierre tombale au nom du père Kilmister, se trouve un mausolée abritant les bottes et le chapeau de l’intéressé, et une pile grandissante d’offrandes, médiators, capsules de bière, pièces de monnaie et autres cigarettes… Il est amusant (et assez émouvant, avouons-le) de se dire qu’une fois le festival terminé, des gens viendront s’allonger dans l’herbe à l’ombre de cette statue, venus de Clisson mais aussi peut être de beaucoup plus loin, pour en boire une à la santé du Riffmeïster… Avant L.A, avant l’Angleterre, c’est chez nous que ce point de rendez-vous à été érigé, et ça, ça compte. Motörheadbangers pour toujours les mecs, et ouais.

Vous l’aurez compris, cette seconde journée du Hellfest sera hantée par le fantôme de Lemmy, nous y reviendrons. Pour le moment, c’est sous un ciel grisonnant que nous pénétrons dans l’enceinte du festival, direction le Temple pour aller boire une corne d’hydromel en compagnie d’Heidevolk. Les néerlandais n’ont pas leur pareil pour mettre le public dans l’ambiance pour bien débuter la journée ! Du folk métal héroïque, mélodieux et brutal à la fois, et qu’importe si les trois quarts des personnes massées devant la scène ne comprennent pas un traître mot de ce qui se raconte dans leurs chansons ! Le Hellfest comme programme Erasmus accéléré ? Pourquoi pas !

Changement radical d’univers et de continent avec les australiens de The Amity Affliction qui ouvrent leur set sur la Main Stage 2 avec leur dernier single « Shine On »… Entre blasts metalcore et refrains à la limite du vocoder, la foule semble s’y retrouver, votre serviteur un peu moins… Question de génération sans doute ! J’en profite donc pour aller me promener du côté de l’Extrême Market, histoire de faire mes soldes annuelles ! La place du village du Hellcity Square est toujours aussi accueillante, augmentée cette année par un stand proposant quelques éléments de merch des années précédentes à bas prix, genre « déstockage, tout doit disparaître » ! En voilà une bonne idée !

Mais pas question de traîner car c’est bientôt l’heure pour l’une des petites incongruités traditionnelles du Hellfest de monter sur scène, j’ai nommé Foreigner. Certes, Lou Gramm n’est plus à bord depuis longtemps, certes, du groupe original ne reste qu’un seul membre mais il en faudrait plus pour gâcher mon plaisir ! Parce que Foreigner et ma pomme, ça remonte à loin… Et apparemment, je ne suis pas le seul ! Fêtant les 40 ans d’existence du groupe, Foreigner et son hard rock compatible radios FM est la définition même du plaisir coupable pour le hardos de base… Comme Journey (l’an prochain Ben s’te plait !), Def Leppard ou Status Quo, Foreigner ne doit rebuter que les Black Métalleux incurables et dénués d’humour !

Peu importe d’ailleurs, en une heure de show Foreigner aligne ses classiques, de « Double Vision » à « Juke Box Hero » en passant par une version fédératrice de « I Want To Know What Love Is » reprise à l’unisson par l’ensemble des festivaliers à portée d’oreille de la scène, sans oublier le final avec un « Hot Blooded » qui nous rappelle sans équivoque l’importance du groupe dans l’histoire du hard rock en général. Juste incontournable.
Incontournables, Entombed A.D. l’est tout autant mais dans un autre style, c’est le moins que l’on puisse dire ! Le Death n’ Roll des suédois semble même avoir regagné de la puissance dans la nouvelle incarnation du groupe, forts de deux albums excellents dont le dernier en date, « Dead Dawn », sert d’ouverture à leur set avec un tonitruant « Midas In Reverse ». Bien entendu, le toujours jovial Petrov ne lésinera pas sur les classiques d’Entombed (« Left Hand Path », « Stranger Aeons », « Wolverine Blues », « Living Dead »), affichant un sourire réjoui devant le mosh pit bordélique qui s’empare de l’Altar ! Entombed A.D., c’est du brutal, mais c’est avant tout du fun ! Et une fois de plus, le groupe aura répondu présent.

Petit nouveau dans le line up du festival, c’est avec curiosité que je m’avance vers les Main Stages pour aller présenter mes respects à Joe Satriani. Là encore, que de souvenirs… Que d’heures passées, adolescent, à faire du air guitar sur les morceaux de « Surfing With The Alien », « The Extremist » ou encore « Flying In A Blue Dream » ! Tiens d’ailleurs, puisqu’on en parle, c’est sur les délicates harmonies de « Flying… » que j’arrive en vue de la scène pour découvrir professeur Satch en veste argentée, plus extraterrestre que jamais !

Une fois de plus, un grand bravo aux organisateurs du festival pour ce genre de pépite de programmation. Voilà typiquement un bonhomme que beaucoup de gens n’auraient jamais l’idée d’aller voir en concert et qui restera cependant gravé dans les mémoires de ceux qui ont pris un peu de leur temps pour profiter de son concert… « Ice 9 », « Summer Song », « Always With Me, Always With You », le génial « Satch Boogie » et bien entendu le fondateur « Surfing With The Alien », tout y passe et même si l’homme reste un peu maladroit dans ses tentatives de communication avec le public, on lui pardonne aisément tant sa classe est immense.

On ne peut pas en dire autant de Disturbed qui arrive à plomber l’ambiance en dix minutes ! Le son a beau être parfait, leur néo métal fait décidément trop penser à une musique de jeu vidéo… Obligés d’appeler en renfort Glenn Hugues (mais que venait-il faire dans cette galère) et Nikki Sixx pour reprendre les Who et Mötley Crüe, sans parler du massacre du « Sound Of Silence » de Simon & Garfunkel et du « Killing In The Name » de Rage Against The Machine, le groupe américain a sans doute ravi ses fans mais pas votre serviteur !

De toutes façons, je me sens d’humeur punk aujourd’hui… Et ça tombe bien puisque Bad Religion s’apprête à prendre d’assaut la Warzone ! Parrains historiques du punk californien, le groupe n’a pas la réputation de faire dans la dentelle et le démontre une fois de plus en décochant un historique « Fuck Armageddon… This Is Hell » en guise d’apéritif, avant d’enchaîner sur les trois premiers titres de « The Process Of Belief », l’album du retour en grâce. Greg Graffin est au top de sa forme et Dieu que ça fait plaisir (sans jeu de mot), tant tellement tout le monde a été nourri au sein de Bad Religion, de Green Day à Pennywise en passant par Rancid…

Rebelote avec les titres cultes de l’album « Suffer » (dont « Delirium Of Disorder » et « You Are (The Government »), quatre à la suite s’il vous plait ! La nuit tombe et un pogo enthousiaste démarre sur le refrain d’« American Jesus », titre mythique pour un groupe qui ne l’est pas moins et qui a prouvé sans le moindre doute qu’on pouvait toujours faire confiance à des punks même après qu’ils aient passé la cinquantaine !


D’ailleurs, des punks ayant passé l’âge, il y en a un paquet autour de moi à ce moment précis… La raison en est simple et tient en trois mots, Ludwig Von 88 ! Je me demande ce que les visiteurs étrangers présents dans la foule pensent au moment où résonnent les premières notes des « Guerriers Balubas »…et me retrouve projeté près de trente ans en arrière ! Une guitare minimaliste à la saturation approximative, une boîte à rythme en guise de batteur, un chant monocorde soutenu par des chœurs au même régime, eh les mecs, mais c’est du rock alternatif !!! Enfin c’est comme ça qu’on disait à l’époque, incarnation hexagonale d’un punk à l’état brut, joué dans les caves des banlieues dites « rouge », c’était Béru et les Wampas, c’était la Mano, et bien sûr, c’était Ludwig…

Assez ironiquement, les mecs n’ont pas bougé ! Drôles et provocateurs (« Sur la vie d’mon père », « Fistfuck Playa Club »), oscillants entre punk à chien et ska reggae de « Louison Bobet For Ever » à « Club Med » et « HLM », les mecs font mieux que raviver de bons souvenirs, ils assurent méchamment ! Je m’extirpe du pogo général pour reprendre mon souffle vers les gradins et je débarque en pleine bataille de… copeaux de bois ? En effet, le public mû par une envie de joyeux bordel s’est mis à ramasser par poignées la sciure qui recouvre le sol des gradins et se l’envoie à la tronche dans une ambiance potache ! Après tout pourquoi pas ?

Le temps de me dépoussiérer et je file à l’Altar parce que les enfants, Napalm Death est en ville ce soir ! Le groupe de Birmingham est plus une entité qu’un groupe à proprement parler… Sous le nom de Napalm Death se cache l’âme et les tripes du grindcore originel, une violence sourde et canalisée dans un but unique, dénoncer la connerie humaine à grand coup de parpaing dans la gueule ! Et la formation actuelle fait le job méticuleusement, enchaînant les titres presque sans reprendre leur souffle, juste le temps de replacer certains dans leur contexte. Sachant qu’un morceau de Napalm Death dure en moyenne une petite minute, cela vous donne une idée de l’ambiance !

Du coup, la transition avec la fin du show des Twisted Sisters en plus que brutale ! La bande de Dee Snider et Jay Jay French n’en perdent cependant pas leur charme… Excessifs, flamboyants, rock n’ roll jusqu’au bout des paillettes, et par dessus tout fidèles au poste depuis tant d’années, Twisted Sisters incarne ce que notre musique fétiche a de plus simple à offrir : du plaisir ! Et un message clair reflété par le morceau que je groupe est en train de jouer alors que je m’approche de la scène, « I Believe In Rock n’ Roll » avant d’enchaîner sur leur classique ultime « I Wanna Rock », repris en cœur par la foule massée devant les deux Main Stages.

Mais tout ceci n’est que l’apéritif… Car en ce samedi 18 Juin, il y a un homme auquel tout le monde pense, Mr Lemmy Kilmister. Tout le monde sait que quelque chose va se passer, un hommage, un clin d’œil, quelque chose mais quoi ? Lorsque Phil Campbell monte sur scène aux côtés des Sisters, on commence enfin à avoir une petite idée… Visiblement ému (et un peu entamé), l’ancien guitariste de Motörhead prend son courage et sa guitare à deux mains et entame une version speedée de « Shoot’Em Down » sous la supervision joyeuse mais ferme de Dee Snider, avant d’embrayer sur un « Born To Raise Hell » d’anthologie pendant lequel chacun d’entre nous à pu envoyer un peu de Mojo à l’homme en noir…
Achevant leur concert sur l’obligatoire « S.M.F. », les Twisted Sisters tirent leur révérence pour de bon, souriants et le sentiment du devoir accompli se lisant sur leurs visages. Quarante années de service, merci les mecs, beau boulot !

C’est le moment choisi par les organisateurs du festival pour dévoiler leur véritable hommage à Lemmy, un petit film retraçant sa vie projeté sur les écrans géants accompagné de la musique de Motörhead balancée à plein volume, suivi d’un feu d’artifice avec en guise de bouquet final le message « LEMMY R.I.P. » illuminant le ciel de Clisson et enfin… Phil encore ?

Décidément pas dans un bon jour (et on le comprend), Phil Campbell fera un petit discours, remerciant les fans pour leur soutien et leur fidélité, évoquant quelques anecdotes sur Lemmy, bafouillant la plupart du temps, avant d’annoncer la rediffusion d’extraits du dernier concert donné par Motörhead au Hellfest en 2015… Triste spectacle au sens propre du terme. Pour l’avoir vécu en direct, je me souviens du malaise ressenti devant l’état de Lemmy, ma douleur à le regarder souffrir en donnant tout ce qu’il lui restait comme forces… Le sentiment, un an plus tard, reste le même.

Heureusement, Korn est là pour me remonter le moral ! Curieuse phrase quand on y pense pas vrai ? C’est pourtant le cas, les p’tits gars de Bakersfield étant en forme olympique, débarrassés de la plupart de leurs artifices et envoient un show limpide et efficace, un sourire mauvais aux lèvres ! Que des classiques, « Here To Stay », « Somebody Someone », « Shoots And Ladders », « Blind », un petit « Twist » pour la route, Korn déroule et nous rappelle que ce que l’on a un jour appelé le Nu Metal a commencé avec eux, cet étrange choc d’une culture influencée par le hip hop mais nourrie au sein d’un métal flirtant avec le hardcore… C’est sur les dernières notes de « Freak On A Leash » que je quitte le site du festival, le visage radieux de Head en tête (pléonasme) et le besoin de recharger les batteries pour la dernière journée à venir qui s’annonce bien remplie… À demain !
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