Chroniques du Hellfest 2016 Part 1 – Vendredi 17 Juin 2016

Par Scred | le 23/06/2016 | Les autres articles sur le Métal

Fünf, Sechs, Hellfest !
C’est une bien étrange sensation qui flottait dans mon crâne à la veille de cette onzième édition du Hellfest… Un coup de mou, une petite dépression rock n’ roll après les torgnoles à répétition que notre petit monde a encaissé ces derniers mois, du Bataclan et la trouille d’une nouvelle attaque à la mort de Lemmy en passant par le forfait de Down pour cause de connerie avancée de l’ami Phil Anselmo qu’on ne verra pas arpenter les travées du festival pour la première fois depuis… Wow, un bail ! Sans parler de l’impossibilité mathématique de retrouver une affiche plus belle que l’an passé, dixième anniversaire oblige ! Bref, le cœur n’y était pas. Et puis…
Chroniques du Hellfest 2016 Part 1 – Vendredi 17 Juin 2016 Et puis on arrive à la gare et on retrouve sur le quai une marée humaine de kuts bariolés portant haut les couleurs de nos groupes fétiches, Motörhead en tête, on entend un « Oooh » de protestation massif dans la quasi totalité des wagons lorsque le conducteur du train nous annonce qu’à cause de la coupe d’Europe de football et de ses supporters à la con, la vente de bière est interdite dans la voiture bar, on débarque à Clisson pour voir ses habitants souriants nous accueillir les bras ouverts en arborant des t-shirts Iron Maiden même si tout indique qu’ils ignorent tout du groupe (quoique…). Et là on réalise qu’il y a toujours une bonne raison de venir au Hellfest. Parce qu’on rentre à la maison, tout simplement.

Et en ce vendredi 17 juin, la maison est sacrément en bordel ! La faute au Bal des Enragés, premier supergroupe français digne de ce nom regroupant les plus barrés de nos zicos hexagonaux à tendance punk/métal pour un show de reprises idéal pour se chauffer les cervicales en prévisions des trois jours à venir ! « Ace Of Spades », « Sabotage », « Killing In The Name » et surtout un « Cayenne » monstrueux signé Parabellum, ça y est, pas de doute, le Hellfest est lancé !

Halestorm prend la suite des opérations sur la seconde Mainstage pendant que votre serviteur ronge son frein dans la (longue) file d’attente menant au stand de merchandising officiel afin d’acquérir l’un des nombreux T-Shirts du festival, comme tout le monde apparemment ! Et cette année encore, l’équipe de Guillaume Delautre a bien fait les choses, avec un superbe logo inspiré du Ace Of Spades de Motörhead afin de rendre hommage à Lemmy, un hommage qui ne sera pas le seul, nous en reparlerons… En attendant, énorme coup de chapeau (de cowboy) aux vendeurs du merch qui font face à la marée humaine avec courage et humour des heures durant, bravo les mecs !

C’est l’heure pour Mass Hysteria de monter sur scène et autant dire que j’attendais ce moment avec impatience ! Las, ce sera une semi déception… Malgré l’évidente qualité de leur dernier album « Matière Noire », lorsque l’on dispose d’une durée limitée en festival, on ne consacre pas 60% de son show à de nouveaux morceaux ! Ils sont où « L’effet Papillon », « Respect To The Dancefloor », « Contraddiction » ou « Knowledge Is Power » ? Mais bon, après tout, passe encore… Le principal bémol à apporter à la prestation du groupe reste l’attitude de Mouss sur scène, accumulant les clichés à la limite de la xénophobie (les méchants ricains qui sont pas beaux), les déclarations d’adolescent attardé (« on est pas des rebelles, on est des révoltés ! ») et les contradictions (tiens donc…) en affirmant avoir une attitude positive tout en conspuant et jugeant la moitié du monde civilisé, j’avoue avoir été soulagé quand ça s’est arrêté !

Du coup, parce que j’ai l’esprit mal tourné, pourquoi ne pas s’adonner à un petit combo made in USA justement ? Des New Yorkais d’Anthrax à Vision Of Disorder de Long Island, vive la bannière étoilée ! Les deux groupes ne sont d’ailleurs pas si éloignés que cela même si le trash métal de la bande de Scott Ian semble presque délicat comparé au hardcore sans pitié de Vision Of Disorder, il est clair que les seconds ont été biberonnés aux premiers ! Et cela me donne l’occasion de découvrir la nouvelle Warzone dont il faut vous toucher un mot parce que… Wow !

Plus spacieuse, la scène repositionnée afin d’éviter le goulot d’étranglement des années précédents, des minis gradins, c’est presque une Mainstage 3 désormais ! Et au regard des groupes qui s’y succéderont cette année, ce n’était pas du luxe… Nous y reviendrons.

Pour l’heure, il est temps d’aller inaugurer la scène de l’Altar avec les mythiques Vader de retour en terre clissonnaise avec un set aussi brutal qu’efficace ! Les Polonais se font plaisir en offrant à leur public leurs titres historiques (« Reborn In Flames », « Dark Age », « Sothis » ou encore « Silent Empire ») sans lever le pied, tout en ménageant une place aux morceaux plus récents (« Go To Hell », « Welcome To The Morbid Reich »), un sourire méchant aux lèvres.

De sourire, il n’est plus question avec les inquiétants Inquisition qui se font un devoir de mettre la scène du Temple à feu et à sang… Dès les premières notes de « Force Of The Floating Tomb », on comprend qu’on n’est pas là pour rigoler ! Et pourtant, c’est bien du bonheur qui se lit sur les visages des festivaliers (et un peu de douleur aussi, conséquence d’un headbanging soutenu) après une heure de show aussi sombre qu’excitant ! Altar et Temple même combat, son impeccable et accès facile, on nage dans le sang et le confort !

Dernière scène à visiter, la Valley et ça tombe bien puisque c’est les Melvins qui s’y collent ! Le groupe culte de Seattle pourrait presque sembler hors sujet et pourtant, en pères fondateurs du Grunge, ils ont toute leur place en ces lieux. Une place qu’ils défendent crânement avec leur son à la fois cradingue et diablement complexe (« The Kicking Machine ») et un vrai sens de l’éclate ! De toutes façons, ils le disent eux mêmes, qu’on aime ou pas, « the Melvins don’t give a fuck » !

C’est donc la mort dans l’âme que je m’arrache de la Valley après une demi heure de show parce que, juste à côté, les copains de Sacred Reich ont commencé à remuer des souvenirs ! Rondouillards et jovials, c’est au son de « War Pigs » que je retrouve les petits gars de l’Arizona, coincés quelque part avant le XXIème siècle avec leur trash/speed metal à papa, fédérant une belle brochette d’amateurs fidèles, un exploit considérant le fait que les mecs n’ont pas sorti de nouvel album depuis vingt ans !

Ce qui n’est pas le cas de Volbeat, impressionnante machine à fans qui prend possession de la Mainstage 1 alors que le soleil commence à décliner (derrière une épaisse couche de nuages !). On dira ce qu’on voudra sur le groupe Danois, il faut bien avouer que tout le monde les aime ! Et avec raison au vu de leur performance très rock n’ roll, accessible au plus grand nombre sans tomber dans la commercialité à outrance… Du rock pour le fun en somme, que demande le peuple ? Rien de plus en fait. Mettant largement en avant leur nouvel album « Seal The Deal & Let’s Boogie », Volbeat pioche aussi allègrement dans ses singles déjà(‘’’’’’’’rbvg devenus des classiques (« Sad Man’s Tongue », « Fallen », « The Mirror And The Ripper ») et réaffirme sa place dans le top 10 du métal pour les masses ! Ce qui n’est pas une insulte, loin de là.

Il est cependant temps d’aller se prendre une grande mousse et de s’installer confortablement pour accueillir les turbulents Dropkick Murphys dont la dernière performance au Zénith de Paris me donne encore la gueule de bois (pensez-donc, la salle était à court de bière et de whisky à neuf heure du soir !) Punks sans être « No Future », le rock celtique des Murphys est contagieux et autant dire que l’épidémie s’étend à une vitesse grand V sur toute la surface des deux Mainstages ! Une gigue générale ayant pour conséquence quelques litres de bière renversés dans la bonne humeur sur des festivaliers déjà bien entamés ! De « The Boys Are Back » à « Going Out In Style » en passant par « The State Of Massachusetts » et l’incontournable « I’m Shipping Up To Boston », tout y passe, y compris deux titres inédits de leur prochain album à dominante acoustique, petite cerise sur le gâteau.

Mais bon voilà, l’attraction principale de la soirée (de tout le festival ?) s’apprête à rentrer en scène, j’ai nommé Die Unglaüblich, Die Unmöglich, Die Einzigartig Rammstein ! Pour tout dire, n’étant pas accro au métal Industriel, j’étais plus curieux qu’enthousiaste à l’idée de découvrir le groupe allemand en action… Ben mon colon, tout le monde peut se tromper !

Certes, un concert de Rammstein, c’est de la mise en scène, des effets pyrotechniques, des costumes et une attitude mais c’est avant tout une musique passionnante, unique en son genre, exécutée (dans tous les sens du terme) avec une précision toute germanique qui n’exclut pas le plaisir évident que prennent les musiciens sur scène.

Ouvrant les hostilités avec un « Ramm 4 » tonitruant, extrait de leur prochain album qui promet d’envoyer du boulon, Till Lindemann impose d’entrée de jeu sa présence de clown morbide, à la fois drôle et malsain, monsieur loyal d’un cirque fait de structures froides et fonctionnelles que le groupe arrive à rendre vivantes par la puissance de leurs riffs, leur attitude foncièrement anti politiquement correcte (« Zerstören ») et une bonne dose de flammes ! Alignant une setlist parfaite (« Feuer Frei ! », « Reise Reise », « Du Riechst So Gut », « Du Hast », « Links 2-3-4 », la liste est longue…), Rammstein fait mieux que tenir son rang, il le surclasse !

Je me fais donc violence pour quitter la foule compacte pour aller rejoindre une Warzone désertée pour cause d’occupation allemande et mes petits chouchous de Kvelertak ! Et là, autant dire les choses telles qu’elles sont, les Norvégiens vont s’apprêter à remporter haut la main le prix du meilleur concert de la journée !

Dans un état plus troisième que second, Erlend Hjelvik coiffé d’un tout nouveau masque de hibou ouvre les vannes et nous envoie coup sur coup les deux premiers titres de l’excellent nouvel album du groupe « Nattesferd », à savoir « Dendrofil For Yggdrasil » (à vos souhaits !) et le très accrocheur « 1985 » ! Kvelertak sur scène, c’est toujours un bonheur… Le contraste saisissant entre un chanteur massif, viking pur souche torse nu et tatoué et le reste du groupe semblant habillé pour une soirée d’étudiants fait son petit effet et amplifie l’impression d’une bande de potes venus pour passer un bon moment en jouant leur musique…

Sauf que la musique en question est très loin des standards d’une soirée BDE !!! Enchaînant sur l’ultraviolent « Mjød » et le non moins brutal « Månelyst », Kvelertak déclenche un gigantesque circle pit dans lequel l’ami Erlend se jette à corps perdu (littéralement), micro en main au grand dam des agents de sécurité complètement pris au dépourvu ! « Evig Vandrar » aggrave encore les choses, entre poings levés, crowd surfing à gogo et refrain hurlé de bon cœur par un public de plus en plus nombreux, certainement attiré par le tremblement de terre généré par le groupe !

Achevant leur prestation épique sur leur titre éponyme « Kvelertak », les Norvégiens sont sur les genoux, à l’unisson de leurs fans qui quant à eux en sont au niveau des rotules, un sourire béat sur le visage, de la boue partout et le sentiment partagé d’avoir vécu un truc à part. En sortant de là, même les vieux potes d’Offspring qui terminent leur set sur la Mainstage ressemblent à des bisounours ! Direction la voiture en sautillant sur les dernières notes de « Pretty Fly (For A White Guy) » parce que demain, ça recommence… Y’a pas à dire, on a pas une vie facile !
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